
Afin de localiser la cité des Césars, un hypothétique eldorado dissimulé dans les immensités de Patagonie,
David Lefèvre se lance dans une lente descente du sous-continent américain. D’abord explorée dans les bibliothèques, l’énigme, qui l’a mis en route, oriente son parcours puis se fond dans son sillage. Des épisodes méconnus de la conquête espagnole, des destins insolites deviennent les jalons du voyage et décident de son orientation.
Marches solitaires et séjours prolongés du fait de l’hospitalité autochtone alternent avec des temps de réflexion sur la culture, le mode de vie ou les points de clivage des sociétés latino-américaines.
De la steppe argentine aux épaisses forêts du Chili, de l’île de Chiloé aux confins du détroit de Magellan, le voyageur est happé par une nature grandiose qui le modifie peu à peu, au point qu’il se trouve, au terme de dix-huit mois d’errance, confronté à l’impossibilité du retour.
Un très beau récit à l'écriture fluide où la nature et les hommes qui la peuplent sont décrits avec talent et passion, hommage à cette contrée du bout du monde.
Né à Fougères en 1973,
David Lefèvre interrompt ses études à 20 ans après une licence d’histoire-géographie. Après avoir travaillé un an comme gestionnaire dans une grande entreprise d’électronique, il boucle son sac avec l’idée d’aller chercher son université sur les routes.
Un premier départ le conduit en Amérique du Nord. Après une traversée coast to coast des États-Unis, il randonne dans de nombreux parcs nationaux. Il parcourt notamment une partie de l’Arizona en compagnie d’un sculpteur de kashinas hopi qui cherche des racines de cotton wood dans les sables.
En octobre 2004, il se rend au Mexique, dans la région du Chiapas alors en plein soulèvement zapatiste. Il côtoie les Indiens tzotzil en lutte contre le gouvernement central pour la défense de leurs droits.
De retour à New York, il se retrouve sans argent et convoie des véhicules. Il parcourt plusieurs régions de France au rythme saisonnier des cueillettes et des récoltes de fruits.
Il alterne ensuite divers petits boulots alimentaires dans l’idée de se frotter à la réalité précaire d’un monde pénible (opérateur sur presses à emboutir, peintre, chauffeur livreur) et des séjours en Asie (Turquie, Iran, Syrie, Ouzbékistan, Kirghizistan, Chine, Pakistan, Népal, Inde, Thaïlande, Malaisie). Il randonne en solitaire en Anatolie, au Rajasthan, dans le désert iranien du Dasht-e Kevir, réalise des treks classiques au Népal et excursionne sur d’anciens sentiers muletiers dans les monts Deosai, au nord du Pakistan. Une rencontre avec les aigliers des contreforts des Tian Shan constitue une autre expérience marquante.
En 2003, il se rend en Irlande sur les traces de Nicolas Bouvier qui y avait séjourné presque vingt plus tôt. Sur l’île d’Inishmore, il rencontre les deux personnages principaux du
Journal d’Aran et recueille leurs souvenirs. Il se rend ensuite à la Bibliothèque publique de Genève et, sous l’égide d’Éliane Bouvier, explore les archives manuscrites et iconographiques de l’écrivain suisse. Cette escapade irlandaise associée à ce travail de recherche donne naissance à l’écriture d’un essai intitulé
Dans le sillage d’un saumon genevois remontant à ses sources, qui sera publié dans la prestigieuse
Revue Europe en 2007.
Auparavant, un autre séjour à Genève avait donné naissance à l’exposition
Nicolas Bouvier, flâneur planétaire donnant à connaître à un large public le parcours multiple et l’œuvre de l’auteur genevois. Cette réalisation itinérante, toujours active à ce jour, a été régulièrement présentée dans divers espaces culturels, événements ponctuels et festivals à travers la France tels que les festivals Étonnants Voyageurs de Saint-Malo ou Artisans voyageurs à Angers.
Parallèlement, il continue à alterner voyages au long cours et sédentarité. Il exerce alors divers métiers. Il est initié aux techniques de la photographie à Udaipur, en Inde. Il est cuisinier en Angleterre et en Allemagne, barman puis berger en Irlande. Il commerce des pierres semi-précieuses.
De plus en plus attiré par les grands espaces, en 2003, il effectue un premier voyage en Amérique du Sud. Deux semaines de marche dans les salars du Nord argentin et traverse le désert d’Atacama au Chili jusqu’à la côte Pacifique.
En 2004, il se livre à une ascension du volcan Sajama, qui culmine à 6 542 mètres en Bolivie.
Entre 2005 et 2010, son attirance, affirmée pour les forêts et les steppes argentines, le pousse vers la Patagonie, où il effectue plusieurs séjours de trois à six mois.
Depuis 2010, il réside au Chili, où il exerce d’abord une activité de photographe. Installé au bord d’un lac de l’île de Chiloé, dans une région où la nature demeure intacte, il s’adonne à une vie frugale proche de l’autosubsistance. Il s’interroge notamment sur les limites du concept de pauvreté volontaire. C’est une expérience propice à la réflexion, à la contemplation et donc à l’écriture.
Parmi ses engagements, il entend sensibiliser le public aux dangers d’un projet de mégacentrales hydroélectriques par des entreprises privées sur les deux principaux fleuves de la Patagonie chilienne.
Dans ses récits, il aime faire office de cueilleur de mémoire. Il privilégie l’enquête, le témoignage et, en particulier, la parole donnée aux anonymes.