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Partie de pêche au Yemen de Paul Torday (J.C Lattès-2008)


 

Paul Torday est né en 1946. Après des études à Oxford, il passe l’essentiel de sa vie à travailler comme businessman en Angleterre. Il aime les voyages et notamment au Moyen-Orient. Le week-end il pêche à la mouche et parfois se lance dans l’écriture de romans qui ne le satisfont jamais tout à fait.
Une existence anglaise tranquille en somme. Pourtant, à 59 ans, vient un roman qui lui semble meilleur que les autres: "Lorsque j’ai eu terminé la rédaction de ce livre, je me suis dit qu’il fallait vraiment que j’essaie de le faire publier, j’avais essayé d’écrire d’autres romans auparavant, mais il ne me paraissaient jamais assez bons. Celui-ci me semblait différent.".
Sa passion pour la pêche au saumon ainsi que son attachement au Moyen Orient lui auront finalement apporté la matière nécessaire, selon un adage qui lui est cher : écris sur ce que tu connais. Ainsi naquit Partie de pêche au Yémen (J-C Lattès,2008), son premier roman, salué par toute la presse britannique comme l’un des évènements littéraires de 2007.

Pour montrer que le pays est capable d’envoyer au Moyen-Orient autre chose que des troupes, des avions espions et des armes, le gouvernement anglais y exporte des poissons. Vivants. Plus exactement, il soutient l’initiative d’un cheikh yéménite totalement loufoque, un poil visionnaire et fondu de pêche à la mouche, qui désire introduire la pêche au saumon dans un oued de son pays, le Wadi Aleyn.
Est appelé à la rescousse, pour mener à bien le projet, un scientifique comblé, Alfred Jones, un chercheur au Centre national pour l'excellence des pêches, à qui sa femme vient d’offrir pour leurs vingt ans de mariage une brosse à dents rotative, ce qui n’est pas très bon signe.
On comprend qu’il préfère s’intéresser aux salmonidés. Mais Allah en a décidé autrement, et cette comédie déjantée, comme seuls savent en faire les Anglais pour notre plus grand plaisir, nous entraîne, vers une question essentielle : qu’est-ce qui, de l’argent, de l’opinion publique ou de la morale, a le plus de pouvoir ?
Le livre est rythmé par une présentation particulière : interrogatoires, courriels, lettres, notes de journal personnel et par des personnages pittoresques sans être caricaturaux et une intrigue haletante.
Parabole ironique sur les folies de l'administration et de l'argent, Partie de pêche au Yémen est aussi l'histoire d'un homme presque banal dont le destin bascule par la puissance du rêve et bien sûr par l'apparition d'une femme.
Cette comédie originale au charme irrésistible n’en aborde pas moins des sujets sensibles : l’incompréhension entre l’Occident et le Moyen-Orient, le terrorisme, la guerre en Irak ou le rapport à la foi religieuse : "le contraste entre des gens qui prient cinq fois par jour et des gens qui font du shopping cinq fois par jour est vraiment marquant"…

Le livre a été rapidement adapté en feuilleton sur BBC Radio 4 et a remporté le Bollinger Everyman Wodehouse Prize du meilleur roman comique.
Paul Torday travaille en ce moment à un second roman qui devrait s’intituler Bordeaux et dont le personnage central semble prendre à la lettre l’expression : être ivre-mort !
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Le Tibet sans peine de Pierre Jourde (Gallimard-2008)

À la découverte du Petit Tibet....

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L'œil qui écrit de François Laut (Payot/Voyageurs-2007)


 

Nicolas Bouvier (1929-1998) : écrivain-voyageur ? Sans doute, mais d’abord écrivain tout court, et puis aussi Genevois, poète, photographe.
Un accordéon, une Remington et une cartouche de Gauloises sans oublier un Leica et un Nagra: c'est fort de ce viatique à la Prévert, jeté dans le coffre d'une minuscule Fiat Topolino, que Nicolas Bouvier quitte Genève pour l'Afghanistan un beau jour de 1953. Il part sur la route de l’Orient, d’abord en auto avec un ami peintre, Thierry Vernet, puis seul jusqu’à Ceylan et le Japon.
Le jeune homme ne le sait pas encore, mais de son long périple, des plaines anatoliennes jusqu'au Japon, il a quasiment dans sa besace la matière des trois livres qui font sa réputation aujourd’hui : L’Usage du monde, Chronique japonaise, Le Poisson-Scorpion. Il lui faudra du temps pour les écrire, il lui faudra voyager encore à travers le monde, et aussi voyager dans sa mémoire.
De ce grand périple va naître le chef-d'oeuvre de la littérature de voyage francophone du demi-siècle passé. Sans crier gare, son Usage du monde invente une troisième voie, joyeuse et poétique. C'est le récit ébloui, et douloureux à la fois, d'un parcours initiatique.
C'est peu dire, pourtant, que la consécration sera longue à venir: péniblement tiré à compte d'auteur en 1963, L'Usage du monde, livre culte que les initiés se transmettaient comme un talisman, est aujourd'hui un long-seller bien installé - Payot en a vendu 180 000 depuis sa sortie en poche, en 1992.
Nicolas Bouvier, disparu en 1998 à l'âge de 68 ans, aura donc à peine connu les frémissements de la reconnaissance.
Pour le dixième anniversaire de sa mort, François Laut a eu l'heureuse idée de signer une biographie.
Ce portrait, d'un très grand écrivain dont la quête de soi-même a donné naissance à une oeuvre universelle, se fonde sur des documents inédits : la correspondance de l’écrivain (notamment avec le peintre Thierry Vernet, son meilleur ami), ses feuilles de route et ses carnets.
François Laut, qui l’a connu, a également interrogé ses proches. C’est donc un Nicolas Bouvier intime qu’il nous raconte, introspectif, souvent déprimé, toujours ironique, pleinement artiste. On suit le Genevois dans les voyages qu’il n’a pas racontés et dans ce qu’il a vu ou écarté des voyages qu’il a racontés.
On le voit batailler en poète avec l’écriture et ses démons intimes ; on le voit vivre, aimer, souffrir en consumant son existence.
Les lignes qu'il écrit à la fin de sa vie, miné par le cancer, impressionnent par leur mélange de souffrance, de lucidité, de sérénité.
L'auteur du fiévreux Journal d'Aran restera pour avoir établi que dans l'expression "écrivain voyageur", c'est bien le premier terme qui compte: "un travail de forçat, puisqu'il s'agit de restituer avec un vocabulaire opaque, pesant, lacunaire ce qui avait été ressenti comme légèreté aérienne, transparence et mystérieuse polyphonie", notait-il.

Né en 1953, Parisien de mère genevoise, François Laut est agrégé d'histoire, il a enseigné en France et à l'étranger (Mexique de 1979 à 1981, Japon de 1989 à 1998), avant de se consacrer à l'écriture. Nous lui devons déjà, au Serpent à Plumes, (L'Amour) en 1994, Temps variable (1995), Révolutions (1998), Tête plongeante (2003).
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