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Wilfred Thesiger, Gentleman explorateur de Christophe Migeon (Editions Paulsen - 2017)

La biographie du dernier grand aventurier et explorateur du XXe siècle, sur les traces des dernières civilisations abyssiniennes....

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Dans le désert de Julien Blanc-Gras (Au Diable Vauvert – 2017/09)

Julien Blanc-Gras au pays de l’or noir

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La légende des montagnes qui naviguent de Paolo Rumiz (Arthaud – 2017)


Huit mille kilomètres au fil des Alpes et des Apennins, cette colonne vertébrale de l'Europe. Paolo Rumiz nous embarque pour un voyage au long cours entre le printemps 2003 et l’été 2006.
De la baie de Kvarner en Croatie jusqu'au Capo Sud italien, il chevauche les deux grands ensembles montagneux de l'Europe, passant par les Balkans, la France, la Suisse et bien sûr l'Italie.
Parti de la mer, il arrive à la mer. Son récit vogue sur les cols et sommets dont les flancs plongent dans les ondes.
Rumiz, devenu capitaine, nous élève vers ces montagnes qui naviguent. Il nous fait découvrir des vallées sans électricité, des gares de chemin de fer habitées par des mouflons, des bornes routières de légende, des bivouacs sous la pluie au fond de cavernes ; et puis des curés braconniers, des gardiens de refuge, des chanteurs à la recherche de leurs racines comme Francesco Guccini ou Vinicio Capossela.
Des rencontres aussi avec l’alpiniste Walter Bonatti, les écrivains Ryszard Kapuscinski et Mario Rigoni-Stern, des politiques tels que Jörg Haider, précurseur des populismes européens.
Ce voyage, il le parcourt à bord d’un merveilleux véhicule de l’après-guerre, la Tipolino, la même qu’avait déjà utilisé Nicolas Bouvier lors de son périple conté dans l’Usage du monde. Comme lui, Paolo Rumiz voyage lentement, fuyant la plaine, les centres commerciaux, les autoroutes, les goûts et les modes de vie approuvés par la mondialisation et bien trop homogénéisés.
La légende des montagnes qui naviguent est aussi une analyse géographique, culturelle et sociologique de la péninsule italienne.

Paolo Rumiz est originaire de Trieste, l'ancien port de la marine austro-hongroise.
Les Triestins sont les derniers spécimens d'une civilisation engloutie, la Mitteleuropa, et d'une ville d'écrivains, de langues italienne, slovène, allemande, hébraïque: Umberto Saba, Italo Svevo, Boris Pahor, et aujourd'hui Claudio Magris. L'auteur du magnifique Danube est le voisin de Paolo Rumiz. Ils se croisent le soir, lorsque Magris sort son chien.
Trieste est une ville de province, mais elle a longtemps été le "sismographe de l'Europe". Paolo Rumiz en a ressenti les secousses. Il est né le 20 décembre 1947, le jour où la région fut coupée en deux zones pour stopper l'appétit de Tito. Le même jour, soixante ans plus tard, les accords de Schengen abolissaient les frontières intérieures. Paolo Rumiz ne s'en est pas remis, il a perdu ses marques. A ses yeux, elles garantissent les différences et sont une invitation au voyage.
Paolo Rumiz est atteint, chaque année, d'un étrange syndrome, l'inquiétude migratoire : « Chaque printemps, chaque automne, lorsque les couleurs et les odeurs changent, je suis saisi par une furieuse envie de partir. J'éprouve la même fébrilité que les canards de Sibérie, lorsqu'ils font leur toilette en ébouriffant leurs plumes, avant de filer vers le Grand Nord. Peut-être est-ce une nostalgie nomadique immémoriale? »
Paolo Rumiz est considéré comme un des plus grands écrivains italiens contemporains. Journaliste vedette à la Répubblica, il arpente l’Europe dont il a parcouru toutes les frontières, de l’Arctique à la mer Noire (Aux frontières de l'Europe – Folio, 2011). Reporter de guerre, il a traversé les Balkans ; écrivain-voyageur, il a franchi les montagnes à l’Ombre d’Hannibal (Folio, 2013), descendu le cours du Pô (Hoebëke, 2014) et a séjourné plusieurs mois sur une île de l’Adriatique (Le Phare, voyage immobile, Hoebëke, 2015).
Rumiz est l’auteur d’une douzaine de livres, tous best-sellers mondiaux.

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L'ascension du Mont Blanc de Ludovic Escande (Éditions Allary – 2017)


Ludovic Escande est plus habitué aux salons littéraires qu’aux bivouacs en haute montagne. Éditeur de profession (chez Gallimard, collection Blanche et directeur de L'Arpenteur), il rêvait depuis l'enfance de gravir le mont Blanc. Rêve impossible pensait-il.
Un soir (nous sommes au printemps 2014), il confie à son ami Sylvain Tesson qu’il traverse une période difficile alors qu’il est en pleine procédure de divorce. L’écrivain lui lance : « Mon cher Ludovic, on va t’emmener au sommet du Mont Blanc ! ».
Guidé par Sylvain Tesson (c’était avant sa chute) et Jean-Christophe Rufin, deux amis écrivains de longues dates, l'éditeur novice va ainsi effectuer l'ascension d'un sommet légendaire via la voie du Goûter, périlleuse pour un débutant. Mais c’est le plus court chemin pour retrouver goût au bonheur.
Entre temps, deux amis de Sylvain vont les rejoindre : le grimpeur Daniel Du Lac, montpelliérain, champion du monde d’escalade en 2007 et 2008, guide de haute montagne de part le monde et Christophe Raylat des éditions Guérin.
Ludovic Escande n’a jamais pratiqué l’alpinisme et souffre du vertige, de crises d’angoisse prononcées et de biens d’autres maux : « Je fume un paquet de cigarettes par jour, je m’endors grâce aux somnifères, je calme mes angoisses avec des anxiolytiques et je bois plus que de raison ».
Pourtant il accepte, sans réfléchir. S’il veut atteindre le toit de l’Europe, il devra affronter les glaciers à pic, les parois vertigineuses, la haute altitude et le manque d’oxygène.
Pari réussi malgré de dures et éprouvantes épreuves…
Mais Ludovic Escande n’en a pas fini avec les hauteurs car le récit se termine en haut des tours de Notre-Dame-de-Paris, après une escalade à 3h du matin, en compagnie de Sylvain Tesson, l’homme-araignée dont il trace un portrait attachant tout au long de ce périple.
Avec sincérité et humour, Ludovic Escande raconte cette folle ascension qui est aussi et surtout une formidable aventure amicale, littéraire et spirituelle.

La caméra sur l'épaule, Christophe Raylat va suivre deux jours durant l'ascension de la joyeuse cordée recueillant les témoignages émouvants de ces auteurs en quête de hauteurs...
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Les huit montagnes de Paolo Cognetti (Stock – 2017)


Il y a une filiation naturelle entre Le garçon sauvage : carnet de montagne (Zoé, 2016) qui reparaît en 10/18, la chronique d’une retraite volontaire dans un chalet d’alpage du Val d’Aoste qui nous avait tellement enthousiasmés (une excellente raison pour recevoir Paolo Cognetti en Mai 2016), et Les huit montagnes, roman d’initiation situé lui aussi dans ce coin des Alpes et qui célèbre à travers des souvenirs à la première personne, la montagne et les montagnards.
L'histoire se déroule des années 80 à nos jours.
L'ouvrage de Paolo Cognetti relate l'histoire de Pietro, un jeune garçon solitaire et rebelle. Il vit à Milan avec sa mère, qui travaille comme conseillère sanitaire en banlieue, et son père, chimiste. Des parents unis par une passion commune, fondatrice: les montagnes, où ils se sont rencontrés et mariés.
L’été de ses 11 ans, ses parents louent une maison à Grana, dans le Val d’Aoste, la vallée que surplombe le majestueux Mont Rose. Là-bas, Pietro se lie d’amitié avec Bruno, un jeune vacher, qui n'a jamais quitté ces hauteurs et qui l’initie aux secrets de la montagne. Tous deux parcourent inlassablement les alpages, forêts et chemins escarpés, explorant les maisons abandonnées et les sentiers secrets de la montagne. Des marches source d’une indéfectible amitié, reprise à l'âge adulte, après une longue interruption d'une bonne quinzaine d'années, sans qu'elle ait rien perdu de sa ferveur ni de son intensité.
Cette parenthèse estivale est aussi l’occasion de découvrir une autre facette de son père : homme taciturne et colérique à Milan, celui-ci se transforme en père attentionné et montagnard passionné dès qu’il franchit le col du Grenon.
À 16 ans, Pietro passe un dernier été à Grana avant de prendre ses distances avec son père, Bruno et la montagne pour aller chercher d'autres montagnes et d'autres défis à travers le monde.
C'est après la mort de son père, qui lui a légué un terrain dans la montagne, que Pietro construira une maison traditionnelle en compagnie de Bruno devenu maçon. L'occasion pour lui de marcher et grimper dans les traces de ce père qu'il va redécouvrir au gré de ses pérégrinations dans ces belles montagnes du Val d'Aoste.
Ce texte d’inspiration autobiographique, hymne à l’amitié et à la nature, nous plonge au cœur de la montagne, personnage à part entière, devenue refuge pour ceux qui rejettent le monde moderne.
Dans une langue à la fois lyrique, précise, poétique, évocatrice et dépouillée, Paolo Cognetti mêle l’intime à l’universel et signe un magnifique roman d’apprentissage et de filiation qui touchera le cœur de tous ceux qui, un jour, ont cherché leur place dans le monde.
Un texte aussi beau que ceux de Mario Rigoni Stern, à qui on pense en le lisant et dont Paolo Cognetti parle avec ferveur, souvent, dans ses interventions publiques.

Né en 1978 à Milan, Paolo Cognetti est un des plus prometteurs représentants de la nouvelle génération d’écrivains italiens.
Après des études de mathématiques, il s’oriente vers le cinéma et produit plusieurs documentaires littéraires et sociologiques. C’est en 2004 qu’il se tourne résolument vers l’écriture et publie son premier recueil de nouvelles : Manuale per ragazze di successo.
Souvent parti en vadrouille, le jeune Milanais a deux points de chutes favoris, pourtant très différents : Aoste et ses montagnes, où il aime passer de longues périodes loin de la vie urbaine et de la modernité, et New-York, décor final de son premier roman et ville à laquelle il a consacré un guide et un récit de fiction.
Paru en italien en 2012 et finaliste du prestigieux Prix Strega, Sofia s’habille toujours en noir est publié en France par les éditions Liana Levi en 2013. Au cours de dix chapitres qui sont autant d’instantanés autonomes de la vie de Sofia et de son entourage, l’écrivain joue avec son lecteur en changeant systématiquement de point de vue, l’invitant à suivre cette femme complexe, angoissée et fascinante, dressant également le portrait contrasté de l’Italie des 30 dernières années.
Le garçon sauvage : carnet de montagne aux éditions Zoé est résultat de l’une de ces fuites en montagne qui ponctuent la vie de l’auteur. Paolo Cognetti, 30 ans, étouffe dans le quotidien stressant de la vie milanaise, et décide de s’échapper : paysages de printemps, sommets enneigés, solitude méditative et rencontres de montagne constituent les étapes de ce court récit et nous invitent à une évasion bienvenue, une respiration d’une grande beauté.
Pour les italianophones impatients, Paolo Cognetti a récemment publié un art poétique de la nouvelle, une réflexion sur l’acte d’écriture: A pesca nelle pozze più.

Un jury de 400 jeunes âgés de 16 à 18 ans a décerné le Strega Giovani, l’équivalent italien du Goncourt des lycéens au livre Les huits montagnes de Paolo Cognetti en Juin dernier, suivi du prestigieux Prix Strega, l’équivalent du Goncourt en Italie, le 6 juillet. Un sans faute pour ce magnifique livre.
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Ils ont fait le chemin de Compostelle. 28 portrait de Mathilde Giard (Éditions La Martinière - 2017)

Portraits de pèlerins sur le Saint-Jacques......

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Au détour du Caucase de Clara Arnaud (Gaïa – 2017)


Voyager ne sert à rien. Pourquoi choisir les chemins de traverse, s'engager dans les replis accidentés du Caucase ?
En parcourant à pied et à cheval l'Arménie et la Géorgie, Clara Arnaud revient à l'essentiel.
Au rythme de la marche, les pas claquent, ceux du cheval répondent, et la pensée chemine, loin de la cacophonie et de l'urgence du monde : « Que va-t-on chercher en se traînant à pied par tous les temps en compagnie d’un cheval ? Il y aura des escales, des rencontres, de la pluie drue, des jours de froid et du soleil ravageur. On tanguera parfois, on piétinera, on filera au vent les jours allègres. Les semaines dureront une éternité, comme les étés de l’enfance, puis tout sera déjà fini. Au fond, on se moque de collectionner les rencontres et les paysages, les kilomètres et les courbatures. Partir n’est qu’un prétexte, et l’on pourrait tout aussi bien le faire au pied de chez soi si l’on était plus sage. L’important c’est le rythme, les pas qui claquent, ceux du cheval qui leur répondent, ces fragiles instants où l’on coïncide avec l’exacte pulsation du monde. On se dit que l’on tient là un alibi. »
Avec ce second récit de voyage qui est, aussi, une petite philosophie du voyage à l’usage de celles et ceux qui parcourent le monde, Clara Arnaud nous entraîne, en compagnie de ses chevaux de bât achetés pour l’occasion, Boy pour la partie arménienne, et Davaï pour la partie georgienne (même les chevaux peuvent être interdits de passage de frontière !), à travers des paysages sauvages, à la rencontre de personnages hauts en couleurs, rencontrés le long de ce périple entre Arménie et Georgie : « J’ai toujours eu une infinie tendresse pour les régions occultées, les zones grises de l’imaginaire collectif, ces territoires dont l’on ne sait rien, ou si peu. Une lubie qui m’avait menée dans les recoins du Pamir, entre Kirghizistan et Tadjikistan, à travers l’ouest de la Chine, étendues infinies du Xinjiang et du Qinghai, sur les pentes vertes du Lesotho et dans certaines vallées ariégeoises où les villages attendent qu’on vienne les repeupler. »
Malgré l’accueil extraordinaire des arméniens, Clara Arnaud ressentira le poids du génocide turc sur ce pays et la haine des musulmans, notamment à l’égard du pays voisin l’Azerbaidjan avec lequel une guerre larvée perdure à cause de l'enclave arménienne du Haut-Karabagh, en Azerbaïdjan.
La Georgie se fera plus bucolique même si le climat est rude, faisant souffrir nos deux pérégrins à travers cols de haute altitude et rencontres pastorales.
Comme dans ses précédents livres, les aventures, les rencontres s’enchainent au rythme de la marcheuse et le lecteur prendra beaucoup de plaisir à découvrir ces contrées peu fréquentées grâce à une écriture stylée et encore plus affinée qu’auparavant : « Il y a dans l’écriture ce même geste vain et magnifique. Quelque chose de la lutte contre l’effacement. Un travail d’apprivoisement du réel, que l’on approche, tente de retenir par les mots alors qu’il est déjà hors d’atteinte. Comme le mouvement du perchiste qui croit échapper durant une fraction de seconde à la pesanteur, alors que son corps ne s’élève que pour retomber. On écrit pour modeler ses souvenirs, leur injecter un peu de poésie. On construit des châteaux de sable : on se croit prince bâtisseur alors que l’on n’est qu’un corps pantelant face à la puissance de l’océan. »
Sans oublier ce rapport si personnel qu’entretient Clara avec ses chevaux : la nuit, elle se réjouit d’entendre sa monture malaxer la ration de luzerne, au matin sa première pensée s’adresse à son cheval et le soir elle cherche la meilleure pâture pour sonner la halte.
Saluons aussi les éditions Gaia pour l’intégration de cartes qui retracent avec facilité le cheminement de l’auteure car un récit de voyage ne peut se passer d’au moins une carte afin de rendre hommage à la géographie des lieux parcourus et permettre de suivre le périple aisément….Avis aux éditeurs qui oublient encore les cartes quand ils éditent des récits de voyage !

Née à Fontainebleau en 1986, Clara Arnaud grandit à deux pas de la forêt, entourée de chevaux. La lecture de récits d’aventure exacerbe ses rêves de voyage et, à 15 ans, elle découvre la langue chinoise. Une langue où les mots « oui » et « non » sont intraduisibles et où il est de mauvais ton d’émettre des arguments contraires à la pensée de son interlocuteur.
Quelques années plus tard, sur les bancs de l’Institut de géographie, Clara Arnaud prend conscience de la démesure du territoire chinois et s’interroge sur son unité : à quel prix administrer de si vastes espaces ?
Mais son premier voyage en Chine n’est pas pour tout de suite : à 16 ans, elle traverse l’Europe en train, du sud au nord ; à 17 ans, elle pédale seule au Québec et réitère l’expérience cycliste dans l’Ouest irlandais un an plus tard.
Puis, c’est au Kirghizistan que la porte sa farouche passion pour les montagnes et les chevaux. Elle atterrit à Bichkek chez la cavalière émérite Jacqueline Ripart, avec pour projet de chevaucher dans les monts Célestes. Elle passe finalement l’été sous la yourte d’un berger, en toute liberté, à se nourrir de lait de jument et de poisson pêché dans les torrents.
En 2008, après une année de préparation durant laquelle Patrick Fortier lui apprend la maréchalerie, Clara Arnaud s’envole seule pour la Chine avec pour projet de cheminer en compagnie de chevaux de bât, des monts Célestes jusqu’aux confins orientaux du plateau tibétain. Durant cinq mois, ce pays lui offre une expérience bouleversante qui culmine au Tibet et dont elle tire un récit aux éditions Gaïa : Sur les chemins de Chine qui lui vaut le Prix Terres Insolites 2010, le Prix littéraire de l'Asie 2010 de l'Association des écrivains de langue française, le Prix René Caillé des écrits de voyage 2011 et le Prix littéraire des grands espaces 2011.
Clara Arnaud travaille depuis sur des projets de développement international, et ses premières missions l’amènent au Sénégal, au Bénin et au Ghana, avant la République Démocratique du Congo.
Elle consacre son premier roman, L’orage (Gaïa - 2015), à Kinshasa, la capitale congolaise où elle restera deux ans et recevra pour cet ouvrage en 2016 le Prix ENS Cachan et le Prix de la ville de Quimper.
Elle séjourne actuellement au Honduras.
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Chroniques de Roumanie de Richard Edwards (Transboreal, Collection Voyage en poche – 2017)

Au pays des Carpates.....

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La Nostalgie du Mékong, Chronique heureuse du Laos de Marie-Claire Jacq (Transboreal, Collection Voyage en poche, 2017)

Un beau récit de vie au coeur du Laos.....

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Le rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako (Albin Michel – 2017)


Après Les Délices de Tokyo, porté à l’écran par Naomi Kawase, et sélectionné dans la catégorie « Un certain regard » du Festival de Cannes 2015, Durian Sukegawa signe un second roman tout aussi poétique, lumineux et original.
Le jeune Ryôsuke Kikuchi, 28 ans, manque de confiance en lui, un mal-être qui trouve ses racines dans la mort de son père lorsqu’il était enfant.
Après une tentative de suicide, sans repères, sans famille et sans emploi, le jeune homme plaque tout pour venir s’installer sur la petite île d’Aburi, au large des côtes japonaises, où son père a passé ses dernières années. Une île réputée pour ses chèvres sauvages où il va tenter de réaliser le rêve paternel : confectionner du fromage.
Une activité peu banale pour ce citadin habitué à la gastronomie nipponne… Mais ce n’est pas le plus difficile. Son plus gros challenge va être de s’intégrer auprès des locaux profondément ancrés dans leurs traditions… ce qui est loin d’être gagné…
Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour réaliser nos désirs ?
À travers les épreuves de Ryôsuke, Durian Sukegawa dépeint la difficulté à trouver sa voie et à s’insérer dans la société, et souligne le prix de la vie, humaine comme animale.
On retrouve dans Le Rêve de Ryôsuke toute la délicatesse et le charme des Délices de Tokyo.
Comme pour son premier roman, Durian Sukegawa nous montre une réalité qui est navrante, qui commence avec des questionnements. La vie n’est pas parfaite, mais nous ne devons pas rester sur nos échecs et avancer.
Le rêve de Ryôsuke est un très beau roman initiatique et poétique qui raconte l’histoire d’un homme en quête de rédemption.

Durian Sukegawa, nom de plume de Tetsuya Sukekawa, est un romancier et poète japonais.
Homme atypique, diplômé de philosophie, musicien et artiste de rue, il a de nombreuses fois défrayé la chronique, notamment avec son groupe l’Association des poètes qui hurlent – groupe de punk rock déclamant de la poésie contemporaine – ou une émission de radio prisée des jeunes qui trouvent en lui un interlocuteur à qui se confier.
Après Les Délices de Tokyo, Le Rêve de Ryôsuke est son deuxième roman traduit en français.
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En Chine d'Alexandre Trudeau (Editions Paulsen – 2017)

Quand un canadien donne la parole aux chinois.....

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Denali de Patrice Gain (Le Mot et le Reste – 2017)


Bienvenue au pays du nature writing, cette revanche de l'Ouest, loin, très loin de la côte Est où cette littérature s'épanouit entre Rocheuses et Montana.
Dans les territoires immenses du Montana donc, Matt Weldon, adolescent livré à lui-même et maltraité par l’existence, tente de renouer avec ses origines et fouille le passé d’un père décédé dans l’ascension de la montagne Denali (nouveau nom autochtone du Mont McKinley, le plus haut sommet d’Amérique du Nord, en Alaska, avec 6 194 mètres) et d’une mère internée. Il découvre au fil des jours une vie qu’il ne soupçonnait pas, partagé entre l’admiration et la stupeur.
Incontrôlable et dévasté, son grand frère Jack est habité par une rage qui le mettra en travers de sa quête et le conduira à commettre l’irréparable.
Comme Matt, le lecteur est aux prises avec la rudesse du monde rural et autarcique qui habite cette aventure, ne trouvant du répit que dans les instants où l’osmose avec la nature grandiose du Montana est salvatrice.
L’écriture acérée de Patrice Gain et sa capacité à immerger le lecteur dans son univers permettent le contraste du récit, entre réalisme cru et évasion poétique même si, à aucun moment, la tension ne retombe jamais.
Dans la lignée de Thoreau ou d'Emerson, ou d’auteurs comme Pete Fromm, John Haines, David Vann ou Rick Bass, Patrice Gain se fait l’observateur subtil du monde naturel. Comme eux son roman ne prend pas simplement la nature pour cadre : il en fait un élément central de la narration, qui marque profondément le destin des hommes en nous entraînant au cœur des ténèbres de l'âme humaine, avec en filigrane, une relation fraternelle tiraillée entre l’amour et l’autodestruction.

Patrice Gain est né à Nantes en 1961 et habite un chalet dans la vallée du Giffre, en Haute-Savoie.
Professionnel de la montagne, ingénieur en environnement, les territoires d’altitudes et les grands espaces l’attirent depuis toujours. Des voyages pour voir plus large. Du blues pour écrire, comme une béquille.
Aux éditions Le mot et le reste il est déjà l’auteur de La Naufragée du lac des Dents Blanches.
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Carnets ferroviaires, Nouvelles transeuropéennes, collectif (Zoé – 2017)

Quand la littérature suisse prend le train en marche.....

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Voyager de Russell Banks (Actes Sud – 2017)


Russel Banks n’a jamais cessé de nourrir le désir d’évasion qui lui est consubstantiel depuis l’enfance, et qui l’a notamment conduit des îles de la Caraïbe aux sommets de l’Himalaya ou des Andes.
Dans ce captivant recueil de récits, qui est aussi un véritable livre de vie, Russell Banks, explorateur impénitent, invite son lecteur à l’accompagner dans ses plus mémorables voyages – des Caraïbes à l’Himalaya en passant par l’Écosse. Entretien avec Fidel Castro à Cuba, folles virées en voiture à l’époque hippie et retrouvailles vingt ans après à Chapel Hill, expériences diversement radicales, fugue à Edimbourg pour épouser dans le secret sa quatrième femme, autant d’étapes formatrices au fil desquelles l’écrivain interroge sa relation au monde, revisite en toute honnêté les rapports qui furent les siens avec ses quatre épouses successives, ou s’embarque pour de nouvelles formes de quête de soi en mettant son corps et son mental à l’épreuve lors d’exigeantes ascensions.
Entrelaçant, de paysage en paysage, histoire personnelle, contexte politique et social, dimension historique, cette relation de ses voyages se fait examen de conscience et méditation profonde. Elle ouvre, chez le lecteur, un chemin vers le cœur et l’âme d’un romancier aussi fameux que respecté.

Russell Banks déploie un véritable génie à décrire ces vies brisées de notre monde, qui dans un mélange de frustration et de colère, survivent dans les villes déglinguées du New Hampshire aux bidonvilles de la Jamaïque. Cet auteur incarne paradoxalement ce qu’il a toujours dénoncé : le rêve américain.
Lui qui naquit ancien prolo, tour à tour plombier, placeur de livres, étalagiste, vendeur de chaussures, un temps vagabond, il finit ses études à force d’énergie et se voit consacré écrivain.
Russell Banks s’impose aujourd’hui comme l’un des plus grands romanciers américains actuels, maintes fois récompensé de par le monde. Il est également auteur de scénarios pour Hollywood et deux de ses romans ont été adapté au cinéma : Affliction et De Beaux lendemains (Grand Prix du Festival de Cannes 1997). Il est également membre de la prestigieuse American Academy of Arts and Letters.
Ses livres donnent une voix à ceux que les accidents de l’existence ont laissés sur le bas-côté : enfants abandonnés ou meurtris dans Sous le règne de Bone, marginaux et solitaires peuplant les caravanes de Trailerpark, petites gens trahis par leur sort malgré leur courage dans Continents à la dérive. Mais l’auteur n’oublie pas les hommes d’exception, à mi-chemin de la folie et du génie, tel que l’abolitionniste de Pourfendeur de nuages dont l’action mena à la guerre de Sécession.
Russell Banks nous embarque dans de fascinantes histoires de trahisons familiales, amoureuses et, en filigrane, politiques. Regard lucide sur la vie américaine, il osait en 2004 dans American Darling questionner les ambiguïtés humaines et décrire les pièges et les ravages d’une politique impérialiste, nous dévoilant l’envers de l’histoire (la création de l’État du Liberia, invention américaine et toile de fond du récit).
La Réserve paru en 2008, raconte l’histoire d’un amour impossible entre un peintre et une jeune femme de bonne famille, une passion imprévisible et dramatique qui révèle un conservatisme des plus rigoureux.
L’auteur s’intéresse également au phénomène de la numérisation de la vie et notamment à la transformation de l’intimité et de l’objet érotique en pornographie dans son roman publié en 2012, Lointain souvenir de la peau.
En 2015, il sort Un membre permanent de la famille, un recueil de douze nouvelles. C’est dans un style plus intime et musical que Russell Banks pratique la nouvelle dont le rythme accompagne encore le lecteur à la fin de l’oeuvre. Séries de portraits, les intrigues témoignent d’histoires banales mais masquent des relations complexes de familles qui se font et souvent se défont par des divorces.
Il revient en 2017 avec Voyager, un recueil de récits sur ses voyages à travers le monde, une quête d’ailleurs qui est aussi l’occasion d’une découverte de soi : une véritable ode au voyage.
Son œuvre, traduite dans plus de vingt langues, a reçu de très nombreuses distinctions et récompenses. Il vit en alternance dans le Nord de l’état de New York et à Miami.
En France, toute l’œuvre de Russell Banks est publiée par les éditions Actes Sud. Avant-dernier titre paru en 2016: Continents à la dérive (dans une nouvelle traduction de Pierre Furlan)

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Robinsons père et fils de Didier Tronchet (Élytis – 2017)

Un très joli récit familial à Madagascar.......

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Une très légère oscillation de Sylvain Tesson (Les Equateurs – 2017)


Sylvain Tesson, écrivain et aventurier publie "Une très légère oscillation", journal des trois dernières années ( 2014 – 2017) marquées par ses voyages, et par une longue convalescence.
L'oscillation évoquée par Sylvain Tesson dans son ouvrage évoque celle qui s'opère en lui, régulièrement, de l'ombre à la lumière. Dans la part de l'ombre, son idée de l'avenir : "On peut corriger son pessimisme par un appétit de l'immédiat : c'est du pessimiste joyeux, trouver de l'oscillation grâce à l'écriture".
La géographie de Sylvain Tesson est vaste. Elle couvre Paris, les toits de Notre-Dame, les calanques de Cassis, les montagnes de Chamonix, l'Irak, l'Ukraine, la Russie.
Il y a les expéditions et les voyages intérieurs, les bivouacs d'un soir et les méditations d'un jour, mais aussi les escalades des parois et les descentes au fond des livres.
Entre les mots se dessine l'écriture d'un destin. Alors que son dernier livre Sur les chemins noirs raconte son voyage du sud de la France au Cotentin, Une très légère oscillation est un miroir le long d'autres chemins.
Le journal de Sylvain Tesson oscille entre le Manuel d'Epictète et les pensées de Jules Renard. Il nous incite à jouir de l'instant, à ne rien attendre du lendemain et à s'extasier des manifestations du vivant : une branche dans le vent, le reflet de la lune. C'est la chose la plus difficile au monde que de reconnaître le bien-être dans ses expressions les plus humbles, de le nommer, le saisir, le chérir. Savoir qu'on est en vie, que cela ne durera pas, car tout passe et tout s'écoule.
« Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l’existence ? Toute vie est une convulsion : une semaine se passe au soleil, une autre dans l’ombre, un mois dans la paix, un autre sur la crête. Tout cela ne fait pas un destin, mais un effroyable battement, une trémulation de cauchemar. Le journal est la bouée de sauvetage dans l’océan de ces errements. Chaque soir, on y revient. On lui voue sa fidélité. Et grâce à lui une ligne se dessine, la vibration s’apaise en une très légère oscillation. »
Tout intéresse Sylvain Tesson. Sa panoplie littéraire enveloppe l'actualité la plus brûlante : Daech, les attentats, l'islam, le pape, la politique française mais aussi l'intemporel, la poésie, le spirituel.
Humour avec de savoureux aphorismes et poésie sont ses deux lignes de vie même quand il chute d'un toit et se retrouve hospitalisé pendant de longs mois à la Salpetrière, épisode relaté, dans son journal, par un chapitre titré "Un beauf sur le toit" : "Je suis affligé par cette pathologie consistant à être prêt à me jeter par la fenêtre pour un bon mot. Là j'en ai fait un, mais ça m'a coûté cher".
De ce journal apparaît en filigrane un écrivain brillant curieux du monde mais toujours aussi méfiant et déçu des humains : « J'adore le vivre-ensemble quand c'est avec mes livres dans ma bibliothèque, sinon je préfère rester seul. »
Les textes de ce journal couvre la période Janvier 2014 - Mars 2017. Ils ont été publiés dans Le Point (où Sylvain tient, chaque mois, son bloc-notes), Philosophie Magazine et Grands Reportages. Ils ont été remaniés pour la présente édition de ce journal.

Sylvain Tesson est notamment l'auteur aux Équateurs de Petit traité sur l'immensité du monde, Éloge de l'énergie vagabonde, Géographie de l’instant ainsi que de plusieurs recueils d’aphorismes.
Sylvain Tesson a remporté le Goncourt de la nouvelle en 2009 pour Une vie à coucher dehors (Gallimard) et le Prix Médicis Essai en 2011 pour Dans les forêts de Sibérie (Gallimard), qui a été adapté au cinéma en 2016.
En 2016, il a publié Sur les chemins noirs (Gallimard).



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Robinson des glaces, 28 jours aux confins des espaces vierges du haut Arctique de Emmanuel Hussenet (Les Arènes – 2017)

Une aventure hors du commun pour la planète

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Lettres du Bosphore de Sébastien de Courtois (Le Passeur – 2017)


Au regard de l’actualité, la Turquie semble entrer dans une longue nuit. Pourtant Istanbul résiste et survit, phare dans le pays qui sombre.
Sébastien de Courtois y réside depuis sept ans et raconte la vie quotidienne des Stambouliotes qu’il côtoie.
Ainsi, l’auteur déambule dans les dédales de ruelles des vieux quartiers de Beyoglu face aux côtes d’Asie, fait escale dans les nombreuses meyhane (maisons de vin) bruyantes et enfumées, parcourt la rue des luthiers qui descend depuis le couvent des derviches tourneurs jusqu’à la Corne d’or, ou aime à grimper vers un café sur les hauteurs d’où l’on peut s’extraire de la frénésie de la ville.
« Istanbul est une ville qui m’a toujours intéressé, avec laquelle j’ai entretenu dès le début une relation passionnelle et ambivalente. Je me souviens encore des premières odeurs, lors d’un premier voyage dans les années 1990, lorsque je me suis fourré dans les artères tortueuses de son bas-ventre et que, le sommeil ne venant pas, je suis parti dans une errance mélancolique sur les rives du Bosphore, des heures la tête tournée vers les étoiles, pensant qu’elles devaient avoir ici un éclat différent. J’avais besoin de ce genre de compromis, celui d’une ville intense et le besoin de dépaysement. Les gens d’Istanbul sont aussi à part et accueillants. »
Le livre de Sébastien de Courtois est inclassable, tout à la fois guide, témoignage et récit au travers d’une longue errance intimiste dans cette mégalopole à la charnière de deux continents. Une ville de plus de 15 millions d’habitants, tout à la fois capitale dynamique et solaire, cœur d’une «movida» d’une Turquie s’affirmant comme une nouvelle puissance régionale émergente, et en même temps cité imprégnée du «hüzün», la mélancolie, cette humeur noire flottant sur les ruines des empires défunts, que raconte le romancier et Prix Nobel Orhan Pamuk, comme lui «guetteur de la beauté accidentelle».
Partout, le même constat : Istanbul est un endroit où l’on sait boire, où les restaurants ne désemplissent pas, où la musique jaillit partout, et où la vie continue de manière acharnée quoiqu’il arrive.
Sébastien de Courtois n’est plus un touriste, ni même un voyageur, vivant là depuis déjà des années. Son Istanbul, c’est aussi celui des révoltes, celle de Taksim pour la défense des arbres du parc Gezi, avec l’occupation pendant trois semaines de ce lieu, «laboratoire d’idées sous les étoiles», selon l’expression du jeune romancier Hakan Gunday. Cette ville est à la fois plus que la Turquie et la Turquie elle-même, ce pays qu’il aime «parce qu’il est la chose la plus étrange et barbare que nous ayons à nos côtés».
Ces chroniques de la vie quotidienne, sensibles, emplies de chaleur et d’humanité, à la rencontre des habitants de l’ancienne Constantinople, sont loin du prisme, forcément parcellaire, et du marasme décrits par les médias français.
Une invitation à la rencontre des Stambouliotes d’aujourd’hui qui montrent que la vie continue de manière acharnée malgré le virage inquiétant que semble prendre la Turquie.

Sébastien de Courtois vit à Istanbul depuis plusieurs années.
Producteur à France Culture, grand voyageur et spécialiste des chrétiens d’Orient, il est l’auteur notamment d’Éloge du voyage. Sur les traces d’Arthur Rimbaud (2013), Siméon de Bulgarie, un destin singulier (2014), Sur le Fleuve de Babylone, nous pleurions (2015).
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L’Aventure, le choix d’une vie (Le Seuil, collection Points Aventure – 2017)

Le nouveau titre inédit de la collection Points Aventure....

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Matsuo Bashô, le Maitre du Haïku de Naho Mizuki (Hozhoni – 2017)


Cette BD originale nous invite à découvrir la vie de Matsuo Bashô (1644-1694) unanimement considéré comme le plus grand poète japonais de tous les temps.
Maitre reconnu du Haïku, c’est lui qui initia cette forme minimaliste de poésie, qui, en seulement trois vers, s’attache à dépeindre l’essence et l’impermanence de la nature.
Soigneusement codifié, le haïku deviendra, sous son influence, l’expression reine de l’art poétique japonais, aujourd’hui enseignée aux élèves du monde entier.
Ce Manga, tout en fraicheur et en dépouillement, décrit le cheminement du grand poète-pèlerin.
Né dans la famille d’un modeste samouraï de la région d’Ueno, le jeune Kinsaku, qui s’appellera bientôt Jinshichirô et plus officiellement Matsuo Munefusa, avant que ses disciples ne le surnomment Bashô (Bananier), va perdre son père au printemps 1656, au moment même où il vient de découvrir l’art du haïkaï, un genre poétique raffiné et excentrique très en vogue parmi les samouraïs et marchands itinérants de l’ère Edo (1603-1868).
Il devient alors le page et l’ami d’un jeune seigneur local puis, à la mort prématuré de celui-ci (1666), part comme rônin, samouraï errant sans maître, avant de s’adonner à l’art de la calligraphie et de la poésie qu’il apprend à Edo (Tokyo) tout en travaillant au service des eaux de la ville.
Vivant en étroite osmose avec la nature et parfois en ermite, il se consacre peu à peu à la seule poésie, qu’il enseigne à un cercle de fervents disciples, puis à la méditation zen avec le révérend Butchô, tout en parcourant inlassablement le Japon et en rédigeant de nombreux carnets de voyage en prose parsemés de haïkus, genre qu’il initie à partir du haïkaï.
Soigneusement codifié, le haïkaï comporte 31 syllabes et deux parties : le hokkuqui est cadencé en trois vers de 5, 7 et 5 syllabes, puis un final de vers de deux fois 7 syllabes. Le haïku– contraction de haïkaï no hokku– deviendra, sous l’influence de Bashô, l’expression reine de l’art poétique japonais. Il comporte toujours un terme faisant référence à la saison que l’on appelle kigo (“mots de saison”) et certaines références à la nature ou à des lieux sont codifiées et investies d’une charge émotionnelle largement partagée.
Voyageur impénitent, notamment pendant les dix dernières années de sa vie, Bashô retourne régulièrement à l’un ou l’autre de ses Bashô-an (“Ermitage au Bananier”), petite maison de bois isolée en pleine nature et ornée d’un bananier en hommage au nom qui lui fut donné par ses disciples, en référence au détachement bouddhique que celui-ci incarne et à la protection qu’offrent ses larges feuilles lacérées par le vent.
En 1687, on le voit ainsi se rendre au sanctuaire shintô de Kashima pour y voir la lune des moissons, parcourir les monts Yoshino, réputés pour l’abondance et la beauté de leurs cerisiers, et marcher sur les traces du moine Saigyô (794-1192), son modèle spirituel. Deux ans après, il entreprend avec Kawaï Sora, l’un de ses élèves et ami, un long périple de 2.400 Km dans les provinces du nord dont il tirera son chef-d’œuvre, L’étroit chemin du fond, qui marie habilement prose et poésie.
L’âge venant et imprégné de méditation bouddhique, il conçoit de plus en plus le voyage comme une progression sans fin vers l’inapparent. Malade mais toujours en chemin, il mourra quelques années plus tard.
Au Japon, Bashô jouit aujourd’hui d’une réelle et fervente vénération – on dit de lui qu’il est haisei, le “sage du haïku”. Tout Japonais est à même de réciter l’un ou l’autre de ses tercets et il n’est pas rare de croiser une statue le représentant. Les peintres Hiroshige et Hokusai, pour ne citer qu’eux, se sont inspirés de son œuvre.

Le manga de Naho Mizuki est une œuvre d’éveil destinée aux jeunes. Tout en fraîcheur et en dépouillement, elle se présente comme une initiation à la vie et à l’univers poétique et métaphysique du maître du haïku.
Avec finesse et légèreté, le manga nous immerge dans l’univers de celui qui savait « se fondre avec le vent et les nuages », ne faire plus qu’un avec la réalité invisible et éternelle et décrire à merveille la richesse et l’intime beauté du monde.
De plus, il comporte en annexe une présentation détaillée de la technique du haïku, de l’époque de Bashô, de ses compagnons et de sa descendance poétique.

Lauréate du Prix Athena du jeune auteur débutant en 1992 pour son manga « Ami, petit ami et moi » (inédit en France), Naho Mizuki est une illustratrice spécialisée notamment dans le manga pour les adolescentes.
Elle a publié, entre autres, des biographies : « Matsuo Bashô », « Grace Kelly » (éditions Poplar), « Hula girls » (éditions Hakusensha).
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