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Un bon musulman de Tahmima Anam, traduit de l'anglais par Sophie Bastide-Foltz (Actes Sud- 2012)

 
Décembre 1971. La guerre de libération du Bangladesh vient de prendre fin. Une fois la fièvre de la révolution retombée, tous les habitants de ce pays, qui vient de naître, sont confrontés aux défis de la paix. Comme celui de bien d’autres, le destin de la famille de Rehana Haque va se trouver radicalement modifié.
On le découvre à travers le parcours de Maya et Sohail Haque, les deux enfants de Rehana. Tandis que Maya, jeune médecin, très engagée auprès des femmes, s’emploie à les aider à conquérir leur liberté, son frère Sohail, profondément affecté par le souvenir de la guerre et par des événements traumatisants sur lesquels le voile n’est levé qu’à la fin du roman, se réfugie progressivement dans la religion musulmane dont il adopte les positions les plus intolérantes et les plus sectaires, au point de se détourner progressivement de ses anciens amis d'université, de sa sœur comme de sa mère - et, plus tard, de son propre fils.
Très perturbée par la métamorphose de son frère auquel elle était très liée avant la guerre, Maya décide de s’exiler et quitte la maison de son enfance. Elle parcourt le pays et s’installe à Rajshahi, où elle ouvre un dispensaire après avoir travaillé dans divers hôpitaux universitaires.
Loin de s’ouvrir davantage au monde après son mariage avec Silvi - avec laquelle il aura un fils -, Sohail se retranche toujours plus dans la religion jusqu’à adhérer bientôt, avec sa femme, à la secte islamique Tabligui Jamaat - la congrégation de l’islam -, décision qui signe la rupture avec sa mère. De son côté, Silvi, l’épouse de Sohail, organise régulièrement des réunions de femmes afin de leur enseigner les différentes conditions à remplir pour être une bonne musulmane et entretenir le rapport qui convient à Dieu, à la moralité, au monde masculin et au sexe, au voile, ainsi que la vie du prophète et de ses femmes, et la manière d’élever les enfants.
Quant à Sohail, c’est à la mosquée qu’il dispense ses enseignements auprès de son propre groupe d’adeptes, qui, devenus prosélytes, y entraînent leurs fils et leurs connaissances afin qu’ils puissent bénéficier des leçons de celui qui est désormais considéré comme un saint homme.
C’est en apprenant le décès de Silvi, qui succombe à la maladie qui l’a frappée, que Maya, après sept ans d’absence, prend la décision de rentrer chez elle. Très vite, elle s’attache au petit Zaid, le fils de Sohail, découvre qu’il n’est pas scolarisé et s’efforce de lui apprendre l’alphabet. Hélas, toutes ses tentatives pour faire inscrire Zaid à l’école resteront sans effet. Sohail fait le choix d’envoyer Zaid dans une madrasa, sur une île lointaine.
Bouleversée, Maya se sent obligée d’agir quitte à provoquer le déclenchement, longtemps retardé, d'une inéluctable tragédie: après avoir réussi à identifier la madrasa où son neveu a été envoyé, elle entreprend le voyage pour tenter de le récupérer.
Maya et Sohail incarnent ici deux conceptions du monde : à la modernité émancipatrice de la jeune femme s’oppose l’obscurantisme militant de Sohail et de ses adeptes. Mais tout l’art de Tahmima Anam réside dans la manière dont, par petites touches impressionnistes, elle parvient à rendre sensible cette confrontation en la nourrissant de ce qui fait la vie de toute famille dans ses contradictions, ses affects passionnés ou ses non-dits fondateurs.
Un bon musulman est une plongée aussi inédite que bouleversante au cœur même de l'intégrisme tel qu'il se vit, s'exprime ou se combat au quotidien, chez des hommes et des femmes de chair et de sang dont il confisque douloureusement le destin.

Née en 1975 à Dacca, au Bangladesh, Tahmima Anam a grandi à Paris, New York et Bangkok.
Issue d’une famille d’écrivains, elle a pour père le rédacteur en chef d’un des plus grands quotidiens anglophones du Bangladesh, The Daily Star. Titulaire d’un doctorat en anthropologie sociale obtenu à l’Université de Harvard, Tahmima Anam a collaboré, entre autres, aux magazines Granta, The Guardian, The New York Times, The New Statesman.
Elle est actuellement assistante de rédaction au New Statesman et habite à Londres.
Un bon musulman est le deuxième roman de Tahmima Anam, récompensé par le Commonwealth Writer'Prize en 2008 et dont l'œuvre est traduite dans une vingtaine de langues.
Son premier livre, The Golden Age, a été traduit dans une douzaine de langues (En France, il est paru sous le titre Une vie de choix, aux éditions Les Deux Terres en 2009).

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Shalom india résidence d’Esther David (Héloïse d'Ormesson-2012)

 
Selon la légende, il y a 2.000 ans, le naufrage d'un navire, au large des côtes de l'Inde, laisse sur la plage un groupe de Juifs fuyant les persécutions grecques. Bien qu'ils aient perdu beaucoup de leurs livres sacrés lors du naufrage, ces juifs ont préservé une tradition orale de prières majeures comme la déclaration de foi, Shema Yisrael, et la prière à Eliyahu Hannibi ou le prophète Élie.
Ces Juifs Bene Israël (Enfants d'Israël) de l'Inde manifeste donc un attachement au Prophète Elie. Vivant dans un pays entouré par des images d'une multitude de dieux, les aînés avaient créé le culte d'Elie dans le but de continuer à préserver le judaïsme en Inde.
Dans les maisons Bene Israël, contrairement à ceux des autres Juifs, il y a habituellement une image du prophète sur un mur de la maison. C'est une pratique courante pour ces familles d'offrir des prières à Élie, lui demandant d'intervenir dans leur vie pour les aider à faire en sorte que leurs enfants réussissent à l'école ou qu'un mariage puisse se faire par exemple, etc.
Parfois, il répond et parfois ses réponses se font attendre.

Le contexte historique du nouveau roman d'Esther David a pour cadre les émeutes d'Ahmedabad en 2002, dans l'État du Gujarat, à la suite desquelles les derniers membres de la communauté juive de la ville, dont les ancêtres avaient vécu paisiblement en Inde, emménagent dans un groupe d'immeubles pour éviter les tirs croisés entre Hindous et Musulmans.
Si tous les habitants de la résidence Shalom India se sont réunis de manière communautaire dans un seul bâtiment, ce n’est pas pour rester entre eux. ils ont d'abord voulu fuir le danger d’émeutes anti-musulmanes où en tant que circoncis et « mangeurs de viande » ils ont pour certains été menacés.
Mais dans le bâtiment d’à côté, les populations se mélangent et quand un appartement se libère, le louer à un non-juif n’est pas vraiment un problème. Il est donc aussi question de poèmes ourdous, de costumes de mariages traditionnels indiens et de mode de vie israélien, dans ce roman multicolore.
Le roman commence par l'événement surnaturel du prophète Elie descendant sur Terre dans son char afin de rencontrer les gens qui célèbrent la première nuit de la Pâque juive dans tous les foyers de la résidence, afin de boire le verre de vin qui lui est destiné.
En commentant la qualité du verre de vin qui lui est offert, le prophète présente brièvement tous les personnages du roman.
La suite est une série de portraits, prenant la forme de nouvelles, se penchant sur la vie de chacun d’entre-eux. Toutes les nouvelles tournent autour d’un concours de déguisement organisé par la synagogue, idée géniale et qui permet de positionner tous les personnages par rapport à une grande question : le rapport à la tradition. Qu’il s’agisse de porter un jean ou d’entrer dans la peau d’un personnage biblique, le choix des déguisements pour les jeunes exprime toujours leurs désirs personnels et la réaction plus ou moins autoritaire des parents montre la latitude qui existe dans ces familles aimantes.
Comme personnages, on trouve ainsi Yaël, jeune fille modèle rêvant de séduire Léon malgré l'étroite surveillance de sa mère et de sa tante ; Sippora, femme à l'élégance naturelle qui fait l'admiration de tous et recueille les confidences dans son salon de beauté ; Ruby, veuve éplorée de Gershom et son désir naissant pour un violoniste non-juif; Rachel, qui trouve l'amour sur Internet avec un garçon qui meurt en Israël, malheureusement, dans une explosion.
Évidemment la question des amours avec des membres d’autres communautés est au cœur du roman; et ce qui est réjouissant chez Esther David est que le choix pour les jeunes de s’affranchir de la tradition par amour finit toujours plus ou moins bien. En tout cas, passionnés par leur progéniture, les parents comprennent et pardonnent. Et c'est le cas de Juliette, qui elle, trouve l'amour avec un garçon de religion hindou qui se convertira au judaïsme pour épouser Juliette.
Dans le même temps, les personnages sont très attachés à leurs racines indiennes. Même ceux qui ont émigré en Israël ont des sentiments nostalgiques de l'Inde. Deux d'entre eux, Juliette et Romiel, qui se sont mariés et ont migré vers Israël, finissent par revenir à Ahmedabad ayant eu du mal à gérer leur vie en Israël.
À travers la vie d’un immeuble et de ses habitants, Esther David peint les hésitations, les doutes et les joies de cette minuscule communauté juive qui est, sans relâche, tiraillée entre le poids d’une tradition à sauvegarder et le tumulte multiculturel qui l’entoure.
Manière d’Immeuble Yacoubian à la sauce casher, Shalom India Résidence, construit de brillante manière et empli de belles histoires qui résonnent universellement, nous initie aux rites et aux interdits d’un microcosme truculent à travers une narration enjouée et pleine d'esprit.

Esther David est née en 1945 au sein de la communauté juive d’Ahmedabad, sur la côte nord-ouest de l’Inde. Peintre et sculpteur, historienne de l’art, elle dispense une éducation alternative dans les bidonvilles.
Son premier roman, La Ville en ses murs (1998), a figuré sur la liste du prix Femina. Elle a publié en 2009 Le Livre de Rachel, Prix Eugénie Brazier, chez Eloïse d'Ormesson.
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Devenir indien : La révolution inachevée de la culture et de l'identité de Pavan K.Varma (Actes Sud-2012)

 
Il y a quelques décennies, le monde était découpé en Empires. Au milieu du vingtième siècle, des pays indépendants ont émergé de ces derniers, mais même après des années de libération politique, la liberté culturelle a échappé à ces nations anciennement colonisés comme l'Inde.
Dans ce livre important, Pavan K. Varma, se penche sur les conséquences de l'Empire sur la psyché indienne. Poursuivant le décryptage décapant de la psyché indienne entamé avec Le Défi indien, Pavan K. Varma met ici l'accent sur la nécessité, pour son pays, d'oeuvrer enfin à une émancipation culturelle, que l'affranchissement économique et politique du sous-continent n'a pas réussi à établir, plus de soixante ans après le départ des Britanniques et l'indépendance de l'Inde.
S'appuyant sur l'histoire indienne moderne, des événements contemporains et l'expérience personnelle, il examine comment et pourquoi l'héritage du colonialisme persiste dans la vie quotidienne indienne, affectant la langue, la politique, l'expression créatrice et l'image de soi. Plus de six décennies après l'indépendance, l'anglais demeure la langue la plus puissante en Inde, et est devenu un moyen d'exclusion sociale et économique.
Les arts et la littérature classiques continuent d'être négligés, et la culture populaire est stupidement l'imitation des tendances occidentales.
Convoquant souvenirs familiaux, observations, conversations et archives, Devenir indien, après avoir rappelé de quel mépris, voire de quel effarant racisme, firent preuve nombre d'acteurs historiques de la colonisation britannique, dénonce l'incompréhensible inertie des élites indiennes actuelles face à la confiscation, par un modèle occidental mondialisé et marqué au sceau des valeurs de l'ancien colonisateur, de la créativité plurielle d'un pays en position de jouer un rôle de puissance majeure du XXIe siècle.
Fustigeant la véritable machine à plagier qu'est devenue l'industrie du cinéma de Bollywood, le clonage architectural dont l'Inde est aujourd'hui le complaisant théâtre (Les villes sont parsemées de bâtiments incongrus qui ne doivent rien aux traditions indigènes de l'architecture), l'absence de politique novatrice en matière de gestion du patrimoine ou l'incapacité de l'édition à rendre justice à la diversité linguistique qui caractérise l'Inde, Pavan K. Varma exhorte avec ferveur ses compatriotes à se défaire de leur "amnésie coloniale" pour prendre d'urgence en main leur devenir identitaire, afin, loin de toute tentation xénophobe ou étroitement traditionaliste, de demeurer fidèle à l'exigence du mouvement initié, il y a un siècle, par les combattants de la liberté.
La thèse est convaincante, Pavan K. Varma utilisant un savant mélange d'histoire, de religion et des exemples personnels pour donner cette profondeur au livre.
Un livre lucide, érudit et réfléchi qui est la première histoire populaire de la classe sociale qui a façonné le passé récent de l'Inde et contrôle toujours la clé de son avenir.

Diplomate, essayiste, traducteur, Pavan K. Varma est un passionné multiforme.
Après avoir occupé de nombreuses fonctions au sein du ministère indien des Affaires étrangères, en Inde et à l’étranger, il est aujourd’hui ambassadeur de l’Inde au Bhoutan.
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