La tentation des indes d'Olivier Germain-Thomas (Gallimard, Folio-2011)
Par Alain et Christine Londner, mercredi 22 juin 2011 à 15:17.

La tentation des Indes a été publié pour la première fois en 1981. Une seconde édition est sortie en 1993.
La présente édition est proche de cette dernière.
Olivier Germain-Thomas a juste allégé des pages sans rien ajouter: "J'ai coupé d'une main ferme des adjectifs, des adverbes et des insistances inutilement explicatifs. Avec le temps, j'ai moins confiance en l'homme dans sa quête du bonheur; plus à l'égard du lecteur dans sa capacité à imaginer".
Ce texte est le récit d'un voyage effectué en automne 1978 et au début de 1979.
Il commence avec l'itinéraire par voie terrestre depuis Paris jusqu'en Inde en passant par Venise, l'ex-Yougoslavie, la Grèce, la Turquie, l'Iran en révolution, l'Afghanistan sous la botte soviétique, la passe de Khyber et le Pakistan.
À l'arrivée à Delhi, ouverture d'une parenthèse. Une occasion appelle le voyageur au Japon. Il y rencontre l'amitié et s'interroge sur la manière de recevoir une culture où les signes parlent, où les mots se taisent.
Le retour en Inde est difficile. Il a perdu l'enthousiasme qui le poussait sur les routes antiques vers l'Indus et le Gange. Il cherche un maître; il bute sur lui-même.
Ensuite, le désert, le chant du train de l'Inde, la mousson, une fuite, une maladie, une marche, une montagne sainte, une rencontre avec un maître bouddhiste, des scènes cocasses, des rituels, des fêtes composent son itinéraire.
Qu’a-t-il trouvé ? Un voyage sensuel et spirituel, invitation à l’étonnement: "De toutes les aventures encore possibles, le voyage en Inde, accompli lentement, est une de celles qui laisseront le plus de traces. Le merveilleux ? Mais il est dans l'eau, l'arbre, la fleur de lotus. Là-bas le temps n'est pas une ligne droite où l'on se hâte, il est un cercle où l'on s'assoit encore sans crainte. Là-bas la beauté est dans les gestes les plus simples, une femme qui marche, un enfant qui rît.
Le voyage en Inde est une aventure qui nourrit les sens autant que l'intelligence, une aventure philosophique par les bûchers où brûlent les corps, les temples où scintillent les faces du sacré, les roues qui disent nos vies successives. On peut passer sur la surface de l'Inde comme on regarde des images bien étranges, mais irréelles ; on peut essayer de s'y mouiller, se salir, s'y enfoncer. Ce livre est le récit d'un tel voyage en profondeur."
Pour de nombreuses personnes, le passage par l’Inde joue comme une épreuve initiatique, qui passe nécessairement par une forme de mort à soi pour revenir différent. Cela ne signifie pas que les chemins de la sagesse mènent forcément à la folie. Olivier Germain-Thomas confirme que les Occidentaux vont chercher là-bas "ce qui est moribond chez nous, l’élan spirituel. Mais il y a dans l’Occident actuel une hâte. Or le besoin de spiritualité n’appelle pas une réponse rapide, comme on prendrait un ticket pour Disneyland. C’est long, c’est lent. Il faut être prêt."
Telle est sans doute la leçon majeure de l’Inde.
Né à Brives en 1943, Olivier Germain-Thomas s’intéresse depuis plus de trente ans à la culture d’Asie, culture découverte lors de marches, de rencontres, d’études et de séjours.
Olivier Germain-Thomas est écrivain voyageur, éditeur et producteur d’émissions de radio à France Culture et de télévision. En 1970, il est nommé délégué général de l’institut Charles de Gaulle sous la présidence d’André Malraux avant de se voir confier son administration.
En 1973, il fonde le mensuel L’Appel. On lui doit également plusieurs émissions de radio sur France Culture depuis 1978 et quelques émissions pour la télévision. Directeur de la collection Chemins d’éternité aux éditions Pygmalion, il est aussi l’auteur de plus d’une quinzaine de récits, romans et essais sur l’Orient, partageant ainsi sa passion avec ses lecteurs.
En 2006, il a reçu le Prix de littérature Henri Gal, de l’Académie Française, pour l’ensemble de son œuvre.
Son dernier récit, Le Benarès-Kyôto, a été récompensé par le Prix Renaudot du meilleur essai en 2007 et par le Grand Prix Thyde Monnier.
Posté dans Lettres indiennes | »
lu 781 fois
