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La tentation des indes d'Olivier Germain-Thomas (Gallimard, Folio-2011)


La tentation des Indes a été publié pour la première fois en 1981. Une seconde édition est sortie en 1993.
La présente édition est proche de cette dernière.
Olivier Germain-Thomas a juste allégé des pages sans rien ajouter: "J'ai coupé d'une main ferme des adjectifs, des adverbes et des insistances inutilement explicatifs. Avec le temps, j'ai moins confiance en l'homme dans sa quête du bonheur; plus à l'égard du lecteur dans sa capacité à imaginer".
Ce texte est le récit d'un voyage effectué en automne 1978 et au début de 1979.
Il commence avec l'itinéraire par voie terrestre depuis Paris jusqu'en Inde en passant par Venise, l'ex-Yougoslavie, la Grèce, la Turquie, l'Iran en révolution, l'Afghanistan sous la botte soviétique, la passe de Khyber et le Pakistan.
À l'arrivée à Delhi, ouverture d'une parenthèse. Une occasion appelle le voyageur au Japon. Il y rencontre l'amitié et s'interroge sur la manière de recevoir une culture où les signes parlent, où les mots se taisent.
Le retour en Inde est difficile. Il a perdu l'enthousiasme qui le poussait sur les routes antiques vers l'Indus et le Gange. Il cherche un maître; il bute sur lui-même.
Ensuite, le désert, le chant du train de l'Inde, la mousson, une fuite, une maladie, une marche, une montagne sainte, une rencontre avec un maître bouddhiste, des scènes cocasses, des rituels, des fêtes composent son itinéraire.
Qu’a-t-il trouvé ? Un voyage sensuel et spirituel, invitation à l’étonnement: "De toutes les aventures encore possibles, le voyage en Inde, accompli lentement, est une de celles qui laisseront le plus de traces. Le merveilleux ? Mais il est dans l'eau, l'arbre, la fleur de lotus. Là-bas le temps n'est pas une ligne droite où l'on se hâte, il est un cercle où l'on s'assoit encore sans crainte. Là-bas la beauté est dans les gestes les plus simples, une femme qui marche, un enfant qui rît.
Le voyage en Inde est une aventure qui nourrit les sens autant que l'intelligence, une aventure philosophique par les bûchers où brûlent les corps, les temples où scintillent les faces du sacré, les roues qui disent nos vies successives. On peut passer sur la surface de l'Inde comme on regarde des images bien étranges, mais irréelles ; on peut essayer de s'y mouiller, se salir, s'y enfoncer. Ce livre est le récit d'un tel voyage en profondeur."

Pour de nombreuses personnes, le passage par l’Inde joue comme une épreuve initiatique, qui passe nécessairement par une forme de mort à soi pour revenir différent. Cela ne signifie pas que les chemins de la sagesse mènent forcément à la folie. Olivier Germain-Thomas confirme que les Occidentaux vont chercher là-bas "ce qui est moribond chez nous, l’élan spirituel. Mais il y a dans l’Occident actuel une hâte. Or le besoin de spiritualité n’appelle pas une réponse rapide, comme on prendrait un ticket pour Disneyland. C’est long, c’est lent. Il faut être prêt."
Telle est sans doute la leçon majeure de l’Inde.

Né à Brives en 1943, Olivier Germain-Thomas s’intéresse depuis plus de trente ans à la culture d’Asie, culture découverte lors de marches, de rencontres, d’études et de séjours.
Olivier Germain-Thomas est écrivain voyageur, éditeur et producteur d’émissions de radio à France Culture et de télévision. En 1970, il est nommé délégué général de l’institut Charles de Gaulle sous la présidence d’André Malraux avant de se voir confier son administration.
En 1973, il fonde le mensuel L’Appel. On lui doit également plusieurs émissions de radio sur France Culture depuis 1978 et quelques émissions pour la télévision. Directeur de la collection Chemins d’éternité aux éditions Pygmalion, il est aussi l’auteur de plus d’une quinzaine de récits, romans et essais sur l’Orient, partageant ainsi sa passion avec ses lecteurs.
En 2006, il a reçu le Prix de littérature Henri Gal, de l’Académie Française, pour l’ensemble de son œuvre.
Son dernier récit, Le Benarès-Kyôto, a été récompensé par le Prix Renaudot du meilleur essai en 2007 et par le Grand Prix Thyde Monnier.
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Tous ces silences entre nous de Thrity Umrigar (J'ai lu-2007)

 
Sera Dubash est une maîtresse de maison de la classe moyenne aisée Parsi. Elle vit une vie privilégiée à Mumbai avec sa fille Dinaz et son beau-fils Viraf. Elle est veuve.
Bhima Gopal est la servante de Sera. Elle est vieille, pauvre, fatiguée. Chaque matin, elle quitte le sol en terre battue de sa cabane dans un bidonville sordide où elle vit, pour cuisiner et nettoyer dans la maison de Sera.
Bhima, la servante de longue date (basé sur une femme de ménage de la vie réelle de Bombay connue par Thrity Umrigar lorsque cette dernière était une enfant), vit dans une pauvreté extrême. Elle a eu une vie pleine de malheurs: son mari paralysé à la suite d'un accident de travail, a trouvé le réconfort dans l'alcool et a finalement pris la fuite avec leur seul fils; sa fille et son gendre sont tous deux décédés du sida. Au début du roman, sa petite-fille orpheline a abandonné ses études parce qu'elle est enceinte d'un inconnu.
Heureusement, l'employeuse de Bhima est généreuse. Sera a parrainé sa petite-fille financièrement pour qu'elle suive des études universitaires et elle propose maintenant d'aider la jeune fille à faciliter son avortement dans une clinique privée.
Au cœur de ce roman, la relation entre Sera et Bhima qui, après 20 ans, reste définie par leur classe, l'éducation. Bien qu'elle soit considérée comme un membre de la famille, Bhima polit les meubles mais on lui interdit de s'asseoir et lave des tasses qu'elle ne peut pas utiliser. Et quand elles sirotent du thé ensemble, Bhima doit s'accroupir sur le plancher, comme un animal, interdite d'utiliser les meubles de Sera. Classe et culture se conjuguent pour nier la validité de leur complicité.
Malgré leurs différences de classe et de sang, ces deux êtres sont liés par leur condition féminine et par leurs expériences de vie communes.
Thrity Umrigar aborde la plupart des questions qui touchent l'Inde d'aujourd'hui: la pauvreté engendrant la pauvreté; le pouvoir des privilèges et des richesses, la violence domestique et de classe, l'éducation, les droits des femmes, le SIDA.
Cette histoire est racontée dans le contexte moderne et vibrant de la ville de Bombay, métropole exubérante de 14 millions d'habitants où les couleurs, le bruit, l'odeur de friture des oignons qui mijotent dans l'huile chaude, les gens des bureaux, les travailleurs, les gamins des rues, les mendiants sans jambes, les vendeurs de noix, les habitants des bidonvilles, les vendeurs de ballons, les call-girls en hauts talons, transportent les lecteurs dans un autre temps, les absorbant dans les images et les sons de cette ville, les luttes de ses personnages centraux, et les éclairs et les reflets des personnages périphériques: la fille de Sera, Dinaz, son gendre, Feroz, la petite-fille de Bhima, Maya , et les fantômes des deux maris de Bhima et Sera, qui hantent encore les mémoires.
Thrity Umrigar a créé une œuvre de fiction engagée à travers ces scènes de grande intensité et une description convaincante de la vie indienne, débouchant sur une lucide critique sociale.

Thrity Umrigar est née à Bombay en 1961, journaliste pendant dix-sept ans pour le Washington Post et le Plain Dealer, elle enseigne l'écriture à la Case Western Reserve University.
Egalement titulaire d'un doctorat d'anglais, elle vit à Cleveland, Ohio.
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Le livre rouge de Meaghan Delahunt (Métailié-2011)

 
Trois étrangers se rencontrent en Inde et leur vie en est transformée pour toujours.
Françoise, photographe australienne, va à Bhopal pour témoigner sur les suites du trauma de cette ville où, vingt ans plus tôt, une fuite de gaz toxique dans l’usine Union Carbide a tué des milliers de gens.
Elle rencontre Naga, un réfugié tibétain dont la famille est morte dans la catastrophe et Arkay, un voyageur écossais qui cherche à se libérer de l'alcool et qui a trouvé un réconfort dans le bouddhisme: "Il y a toujours eu comme fantasme colonial, la notion de l'Orient comme une sorte de référentiel spirituel, un lieu où les gens vont regarder ce qui se passe dans leur vie en Occident."
En souvenir du temps qu’ils ont passé ensemble, Françoise rassemble des photographies de leurs vies dans un album, le Livre rouge. Ces photos racontent leurs histoires d’amour, de lutte et de transformation et révèlent les gens qu’ils ont été et ce qu’ils vont devenir.
Ce deuxième roman de Meaghan Delahunt rend merveilleusement les voix des trois narrateurs, et montre comment les vies s’entrelacent et se séparent. Il rend compte de la fascination qu’exercent sur les étrangers l’Inde et la complexité de son histoire spirituelle et politique.
Écrit dans une langue colorée, imaginative et évocatrice, c’est une méditation sur les relations entre l’Orient et l’Occident, sur la responsabilité individuelle et collective et sur les manières d’être dans le monde. La prose incisive rend parfaitement le côté aléatoire de la vie et la véritable nature de ce que nous prenons naïvement pour des choix.

Meaghan Delahunt est née à Melbourne.
Elle a remporté le Flamingo / QG national Short Story (Australie) en 1997, et son premier roman, Dans La Maison Bleue (2001), a remporté le Prix des écrivains du Commonwealth de 2002 (Asie du Sud Est et du Pacifique Sud, Best First Book), le Saltire Society Scottish et le Scottish Arts Council Book. Elle a été finaliste du Orange Prize.
Dans La Maison Bleue raconte l'histoire de Leon Trotsky recherchant un refuge au Mexique et sa liaison présumée avec le peintre Frida Kahlo.
La figure du vieux bolchevik accompagne alors de longue date l’existence de Meaghan Delahunt, qui a abandonné en 1981 ses études de littérature pour se vouer corps et âme au Socialist Workers Party, le parti ouvrier australien d’obédience trotskyste.
Pour rompre avec l’Université bourgeoise, la jeune révolutionnaire se fait à l’époque engager comme ouvrière à la chaîne chez General Motor. Au bout de six années de militantisme fervent, elle finit par quitter d’un même élan son parti et son pays pour quelques années de vagabondage en Asie du Sud-Est, où elle s’initie à la spiritualité orientale.
De passage en Ecosse, patrie de son compagnon, elle s’éprend du charme européen de la ville d’Edimbourg et s’y installe en 1993, travaillant de jour dans un magasin d’alimentation bio tout en publiant des nouvelles dans l’éphémère magazine féministe «Harpies and Quines».
. Le Livre rouge est son deuxième roman, et son premier publié en France. En 2009, il a été sélectionné pour de nombreux prix écossais. Son troisième roman se passera dans la Grèce contemporaine.
Meaghan Delahunt a entrepris des résidences d'écrivains en Inde pour l'UNESCO. Depuis 2005, elle est un professeur d'écriture créative et a été chargée de cours en création littéraire à l'Université de St Andrews.
Elle vit à Edimbourg.
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