
Huit cents kilomètres carrés de sable posés au beau milieu du Brahmapoutre. Située en Assam, au nord-est de l’Inde, Majuli est l'une des plus grandes îles fluviales du monde.
Elle est le refuge du
Sattriya, danse sacrée interprétée par les
Bhakat, ces moines à la fois artistes et paysans, à la longue chevelure antique.
Sous la houlette de
Sri Bhabananda, obéissant aux injonctions des tambours
khol et des cymbales
tal, les moines, fardés et vêtus de leurs plus beaux atours, deviennent les incarnations gracieuses des divinités peuplant le
Mahâbhârata et le
Râmâyana. Le sattriya est teinté d’une simplicité virtuose qui symbolise notamment les actions de Krishna, dieu-héros au charme irrésistible.
Cette danse théâtralisée tire son nom des
sattra, ces monastères hindouistes uniques en Inde, ouverts à la population et garants de l’héritage culturel et artistique de l’Assam. Ce mouvement spirituel krishnaïte, inconnu en Occident, compte environ 2000 moines.
Revenant, sac au dos, sur cette île qu'elle a découverte, il y a une dizaine d'années,
Nadine Delpech partage le quotidien du
satra d'Uttar Kamalabari. Nous faisant découvrir tout ce qui rythme les journées des moines hindous : spiritualité, travaux des champs, petits boulots dans les villages voisins, enseignement délivré aux enfants adoptés par la communauté, répétitions des spectacles.
Libres de quitter le satra à tout moment, les moines vont pieds nus et continuent de suivre à la lettre les règles ancestrales de purification à brocs d’eau glacée.
Leur mode de vie est établi sur les principes de la famille : les adultes s’efforcent d’éduquer les plus jeunes, tout en prenant soin du "père" qui les a eux-mêmes adoptés.
Le livre est, à la fois, un récit de voyage initiatique, le récit d'une étonnante aventure sur une île où vivent 1.000 moines: des hommes superbes voués à l'art de la danse et qu'il est impossible de toucher, des moinillons remplis d'affection pour les plus vieux, si plein de bontés.
Pour la voyageuse commence alors une plongée savoureuse dans le monde du sensible, du mystique, de la beauté, de l'art.
C'est aussi le récit d'une histoire d'amour cachée avec Gopal, le séduisant moine danseur à la longue chevelure.
C'est également un document inédit sur une congrégation religieuse hindouiste inconnue en occident.
C'est aussi un témoignage précieux sur un peuple en sursis, exposé aux crues dévastatrices du Brahmapoutre: Tout à Majuli semble immuable, même si téléphones portables et postes de télévision ont désormais, ici aussi, fait leur apparition. Mais une menace bien plus lourde que la modernité menace cette île du bout du monde, celle des fureurs du Brahmapoutre.
Grignotant la terre, les eaux du fleuve ont mangé en cinquante ans un tiers de la surface de l’île. Quatre-vingts villages et 45 monastères ont déjà été rayés de la carte.
En cours d'étude, son inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco au titre des biens culturels pourra peut-être la sauver par l'attribution de fonds publics et l'envoi d'ingénieurs spécialisés.
Et c'est enfin le regard généreux d'une femme sur l'univers intime de ces religieux qui, avec délicatesse et sensibilité, nous fait partager la vie et les secrets de ces hommes à la féminité hors du commun.
Nadine Delpech voyage depuis près de deux décennies loin des sentiers battus et avec lenteur.
Discrète, aventurière sur les chemins de l'ailleurs, pleine de bonté et de chaleur, Nadine a parcouru l'Asie en compagnie de ses deux enfants avant de se consacrer pleinement à faire connaître les moines danseurs de Majuli.
Elle a fait paraître deux autres récits:
"Deux enfants sur le toit du Monde" en 1997 et
"Deux enfants sur le Mékong" en 2000, occasion, pour nous de la recevoir à chaque fois pour de très belles rencontres et de beaux souvenirs.
Nadine Delpech et Mathias Coulange ont fondé l’association : Préserver Majuli