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La sélection d’Aravind Adiga, Traduit par Annick Le Goyat (Buchet Chastel – 2017)

 
Si seulement une douzaine de pays jouent ce jeu, et seulement cinq d'entre eux le jouent bien dans le monde, scotchant un milliard de personnes devant leur poste de télévision pour suivre la coupe du monde, le cricket est, bien sûr, une excellente façon d'écrire sur les rêves brisés, à la fois personnels et nationaux, des indiens.
En tant que tel, il n'est pas nécessaire de connaître le jeu pour apprécier ce roman finement raconté par Aravind Adiga, Booker Price 2008 pour le Tigre Blanc (10x18).
Le lecteur appréciera donc le ton de l'auteur à travers tout le roman : sombre, mordant et tranchant.
Les fils de Mohan, Radha Krishna et Manjunath, âgés de 14 et 13 ans lorsque le roman s'ouvre, sont destinés à devenir des sportifs exceptionnels.
Pour Mohan Kumar, un pauvre vendeur de chutney d'un village misérable du Karnataka, qui a rejoint la marée humaine cherchant sa fortune à Mumbai, le cricket est, pour ses fils, la meilleure porte d’entrée pour se hisser socialement.
Mohan Kumar et ses fils vivent toujours dans le bidonville de Dahisar où ils ont atterri en arrivant à Mumbai mais sans la mère des garçons qui a disparu. Sa véritable aspiration, cependant, est de faire de ses fils les deux meilleurs batteurs du monde. Il étudie et élabore des théories - alternativement ingénieuses et excentriques - sur tous les aspects de l'éducation mentale, technique et physique des joueurs de cricket en supervisant tous les moments de la vie de ses fils, examinant leurs parties génitales chaque semaine et veillant à l'application d'un régime de formation qui comprend la marche comme un canard et éviter le sucre, les filles et le rasage, car Mohan Kumar est déterminé à ce que ses garçons gagnent une place parmi l'équipe d'élite de Mumbai.
Manjunath Kumar est le plus jeune des fils de Mohan Kumar. Il sait qu'il est bon au cricket, sans doute meilleur que son frère aîné Radha Krishna qui vient d'intégrer les "Jeunes Lions". Mais Manju est un garçon intelligent, passionné par les sciences et qui rêve de devenir médecin légiste, un métier qu'il a découvert dans sa série préférée "Les Experts".
Alors que Manju est en classe de huitième, il est à son tour découvert par un recruteur. Ce dernier reste pourtant sceptique à investir sur un deuxième Kumar car les chances pour deux frères de devenir de très grands joueurs ne sont pas assurées, d'autant que ce sont les fils d'un homme plutôt excentrique. Pourtant, dès que le jeu de Manju est remarqué et qu'il explose les records, il commence sérieusement à faire de l'ombre à Radha.
Mais leur spectaculaire ascension et le combat qu’ils mènent pour s’extraire de leur condition va radicalement basculer lorsque Manju se lie avec une autre jeune star du cricket, grand concurrent de son frère, Javed Ansari, un bon musulman d'une famille aisée qui choisit de s'éloigner du cricket et veut que Manju le suive. L'attrait de Manju pour Javed, et sa conscience des barrières entre eux, est subtilement et souvent étonnamment exploré.
Il semble courageux et important d'aborder le sujet de l'homosexualité non seulement dans le sport, mais dans le contexte du code pénal indien, qui, comme le cricket, est un héritage de la domination britannique. Aravind Adiga écrit avec émotion sur la confusion de l'adolescent au sujet de la reconnaissance de son orientation sexuelle et des réponses - condamnation, abus, sympathie condescendante – qu’elle provoque.
Alors que l’adolescence et les mues qui l’accompagnent questionnent l’identité et les aspirations des deux garçons, le lecteur les observent avancer, dans un perpétuel mouvement de balancier : ils gagnent du terrain, en perdent, sous le joug d’un père honni qui alimente chez eux un désir de vengeance sans fin.
La Sélection est le quatrième roman d'Aravind Adiga. À travers ce roman, l’écrivain nous transporte une nouvelle fois à Mumbai mais cette fois-ci en nous faisant découvrir le monde du cricket, côté face mais surtout côté pile.
C’est un grand roman d’apprentissage, mais aussi un grand roman sur l’Inde, vue et comprise à travers le prisme de ce sport étonnant qui façonne les gloires nationales et les destins universitaires de ses rares élus, véritable miroir des aspirations et des limites d’une société en pleine transition.
On y retrouve le sens de la saga et de la profusion qui avait tant séduit dans Le Tigre Blanc, la rage d’avancer, de sortir de la pauvreté à tout prix – le tout conté avec un lyrisme teinté de drôlerie, un réalisme aussi et un sens du baroque qui font toute la saveur d’un texte qu’on ne lâche pas.
Aravind Adiga a souvent été comparé, notamment avec Le dernier homme de la tour (10x18), à Charles Dickens, mais La Sélection rappelle un romancier victorien très différent: Thomas Hardy.

Fils de médecin, né à Chennai (anciennement Madras) en 1974, Aravind Adiga grandit à Mangalore. En 1991, sa famille émigre à Sidney, il possède toujours la double nationalité. Il suit des études d’agriculture en Nouvelle-Galles du Sud avant de se rediriger vers des études de littérature anglaise à New-York puis à Oxford, au Magdalen College que fréquenta Oscar Wilde.
Pourtant c’est comme journaliste financier qu’Aravind Adiga commence sa carrière. Collaborateur du Financial Times, The Independant, The Wall Street Journal entre autres…
Embauché ensuite comme correspondant en Asie du Sud par TIME, il y reste trois ans avant de devenir journaliste indépendant et de profiter de cette liberté pour se lancer dans l’écriture de son premier roman, Le Tigre blanc, lauréat du Man Booker Prize en 2008.
En Inde, le roman fait scandale. Aravind Adiga dérange, et on le lui fait savoir. A la question de ses origines aisées, supposées lui interdire d’écrire sur ce qu’il ne connaît pas, les classes pauvres du pays, il répond avec beaucoup de sens : « Je ne crois pas qu’un romancier ait à écrire seulement sur ses expériences personnelles. Oui, je suis le fils d’un médecin, oui, j’ai reçu une éducation rigoureuse et formelle, mais selon moi le défi du romancier c’est d’écrire sur les gens qui sont totalement différents ».
Il est le cinquième auteur indien à remporter le prix après Salman Rushdie, Arundhati Roy, Kiran Desai et V.S. Naipaul.
Aravind Adiga signe ici son quatrième ouvrage, après Le Tigre blanc, Les Ombres de Kittur et Le dernier homme de la tour, tous chez Buchet Chastel et en 10x18.
Chef de file de la jeune littérature indienne, il vit aujourd’hui à Bombay.
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La Colère de Kurathi Amman de Meena Kandasamy (Plon – 2017)

 
Comment transformer un drame en fiction ? Pourquoi écrire sur une tuerie qui a eu lieu il y a plus de quarante ans en Inde et sur ses quarante-quatre victimes oubliées par l’histoire ?
L'histoire a été inspirée par un massacre réel à Kilvenmani, un village du district de Tanjore dans le Tamil Nadu. Le 25 décembre 1968, 44 femmes et enfants ont été assassinés par des propriétaires de castes supérieures, pour avoir participé à une grève organisée par les communistes pour améliorer les salaires et les droits fondamentaux des travailleurs agricoles dalits.
À l'époque, l'idéologie marxiste gagnait en popularité parmi les dalits ou les intouchables privés de droits, qui travaillaient dans les rizières dans des conditions brutales. La révolution verte a également commencé à modifier irrévocablement la production alimentaire, à stimuler les récoltes mais à obliger les agriculteurs à dépendre des engrais toxiques vendus par les sociétés américaines.
Dans la version fictionnelle de cette tragédie, qui s'appuie sur des documents historiques et des interviews de survivants, les travailleurs agricoles sont en grève après que les propriétaires ont tué un leader populaire communiste. Ceux-ci essaient de les intimider au travail: ils imposent des amendes débilitantes, utilisent la police pour les intimider et agressent sauvagement les femmes dalit. Mais les gens affamés du village de Kilvenmani sont résolus dans leurs revendications pour la justice.
Alors les propriétaires envoient une escouade d’hommes de mains pour attaquer Kilvenmani, regroupant des dizaines de villageois dans une seule hutte et y mettent le feu. Pendant ce temps, beaucoup de villageois qui ont perdu des proches dans le massacre sont envoyés en prison.
Le roman ne plonge pas dans les mondes intérieurs des personnages ni ne possède de protagoniste réel. Mais Meena Kandasamy, une poétesse acclamée par la critique, essaie d'immortaliser l'histoire de la lutte d'une communauté entière.
À travers les voix aussi diverses que celles des intouchables ou des propriétaires terriens, l’auteure décrit ce massacre, se plaçant sous le patronage de l’irascible déesse Kurathi Amman.
Au-delà de l’émotion et de la colère provoquées par ces faits, l’auteure pose la question de la fiction et de ses limites en n’hésitant pas à malmener son lecteur.
C’est aussi un roman sur le processus de narration de ces événements. Le livre est divisé en quatre chapitres et dans les deux premiers, «Situation» et «Sols fertiles», l'auteure traite des différentes façons de raconter un récit.
Meena Kandasamy (en supposant que le narrateur et l'auteur soient les mêmes) réfléchit sur ses choix narratifs au fur et à mesure qu'ils se font, s'adresse directement à ses lecteurs pour les informer qu'ils n'obtiendront pas ce qu’ils espèrent. Parfois, elle parodie le style de la propagande d'un côté ou de l'autre du conflit entre les propriétaires et les ouvriers exploités.
Dans la seconde moitié du livre, les chapitres "Champ de bataille" et "Lieu de sépulture" forment un compte rendu puissant des événements, aidé par une écriture lyrique et sans concession.
Ce roman tendu, entre rage contenue, lyrisme et humour grinçant, nous donne un aperçu des forces qui ont contribué à la création de l’Inde moderne.
Un roman coup de poing dans sa forme comme dans son témoignage par la nouvelle voix forte de la littérature indienne.

Meena Kandasamy (né en 1984) est une poétesse, un écrivain de fiction, une traductrice et une militante indienne basée à Chennai (Tamil Nadu) en Inde. La plupart de ses œuvres sont centrées sur le féminisme et le mouvement anti-castes.
À partir de 2013, Meena a publié deux recueils de poésies, Touch (2006) et Mme Militancy (2010). Deux de ses poèmes ont remporté des distinctions dans les compétitions de poésie en Inde.
De 2001 à 2002, elle a édité The Dalit, un magazine bi-mensuel anglais alternatif du Dalit Media Network.
Elle a également représenté l'Inde au programme d'écriture internationale de l'Université de l'Iowa.
Outre ses œuvres littéraires, elle parle de diverses questions politiques contemporaines liées à la caste, à la corruption, à la violence et aux droits des femmes. Elle a une présence influente et régulière dans les médias sociaux, grâce à ses outils Facebook et Twitter, qu’elle utilise comme plate-forme politique. Elle écrit également, occasionnellement, des articles pour Outlook India et The Hindu.
Mais devenir le visage féministe de la protestation indienne peut avoir ses inconvénients notamment être victime de menaces explicites.
Ces menaces ont renforcé la conviction, de Meena Kandasamy selon laquelle la violence joue un rôle social «universel» en Inde, malgré sa réputation de pacifisme: « Le propriétaire pense qu'il va discipliner les Dalits. Le père pense qu'il discipline l'enfant désobéissant. Le mari pense qu'il discipline la femme déviante. La violence devient une action pour le bien général, pour enseigner. »
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Métamorphoses de l’Inde depuis 1947 de Emmanuel Derville (Ateliers Henri Dougier – 2017)

De l’indépendance en 1947 au géant économique de 2017, quels changements majeurs l’Inde a-t-elle vécus ?

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Le Pèlerinage d’argent d’Anantanarayanan, Traduit de l’anglais par Éric Auzoux (Éditions Banyan – 2017)

 
Les Éditions Banyan, créées en juin 2015 par David Aimé, constituent la première, et la seule maison d’édition en France exclusivement dédiée aux littératures de l’Inde dans toute leur diversité.
Elles sont nées de la volonté de donner un regard neuf sur l’Inde, en amenant le plus large lectorat à la découvrir dans ce qu’elle a d’unique au monde et de plus beau à offrir, sa littérature.
Les Éditions Banyan, du nom de cet arbre emblématique de l’Inde aux racines profondes et à l’ombrage apaisant, s’attachent pour cela à publier en français les plus grands romanciers de langues modernes comme le bengali, l’hindi, le malayalam ou le tamoul, ainsi que de la littérature sanskrite et les Lettres indiennes anglaises.
À travers la parution de ce conte, Éric Auzoux son traducteur, nous offre une pépite de la littérature indienne contemporaine.
Il nous invite à découvrir le talent d'Anantanarayanan qui fut poète, magistrat et intellectuel et auteur en anglais de cet unique roman, un précurseur du postmodernisme indien. Un roman jugé comme étant un "Candide" indien.

Jayasura est le fils héritier de Simha, le souverain de Lanka ( Ceylan). Il lui manque une qualité essentielle pour régner : la capacité à s’émouvoir. Egoïste, insensible, ce garçon n’aime que lui-même et peut-être son ami Tilaka. Son rôle d’époux et de père ne l’emballe aucunement.
Le souverain s'en remet alors au sage Agastya qui vit au sommet du Mont Ravana. Le sage lui conseille d'envoyer son fils en pèlerinage à Kashi à la découverte de la réalité du Monde.
Ainsi Jayasura et Tilaka se mettent en route pour Kashi. Débarqués en Inde en pleine mousson, ils ne tardent pas à se faire attaquer par une bande de pillards maravas. C’est grâce à Valli, la fille du chef des voleurs que les deux prisonniers peuvent s’échapper. Accompagnés de cette jeune femme qui deviendra l’épouse du prince et d’un brahmane déclassé et protecteur de Valli (un purohita) qui connaît le Sud de l'Inde comme sa poche, les deux pèlerins poursuivent leur route.
De ville en ville, cette petite troupe hétéroclite va vivre une succession d’aventures burlesques et de rencontres cocasses qui animeront ce périple : avec un démon affamé qui assaille de questions les voyageurs sur le sens de la vie dans le religion hindoue, comme autant d’énigmes à résoudre sous peine d’être mangés tout crus, un poète qui leur prescrit l’usage de la poésie comme remède aux maux de l’âme, un roi musicien, des gurus shivaïte et vishnouïte, un marchand, un médecin aux méthodes annonçant celles d’un certain médecin viennois, un astrologue, une courtisane, un saint homme sur le ghât d’Hanuman, une danseuse.
L'occasion d'aborder de nombreux sujets en relation avec les domaines de prédilection de chaque intervenant mais également en relation avec les textes anciens sous la forme de joutes oratoires et philosophiques retranscrites sous forme de dialogues entre les différents protagonistes.
Des discussions sérieuses certes, mais l'auteur n'a pas omis d'y apposer une petite pointe d'humour.
Autant de connaissances assimilées qui tissent le fil de ce roman et vont peu à peu amener le jeune prince sur le chemin d’une certaine guérison…
Le Pèlerinage d'Argent est une véritable immersion au XVIème siècle, à l'époque de l'Inde médiévale, et une plongée au cœur de la culture et de la pensée indienne sans oublier la découverte didactique de la religion majoritaire : l’hindouisme.
Il nous offre, également, une fabuleuse traversée de Bharat, l'Inde, de sa pointe Sud à Kashi, l'ancien nom de Bénarès/Vanarasi qui se situe au Nord.

Anantanarayanan est le fils de Madhaviah, auteur du roman pionnier de la littérature tamoule, Padmavati (1898).
Après des études à Madras et à Cambridge, il endosse la carrière de magistrat.
Homme aux multiples centres d’intérêt, comme en témoigne Le Pèlerinage d’argent, on lui doit aussi une pièce en un acte consacrée au prince Siddharta, une traduction en anglais de l’Upadesa Undiyar de Ramana Maharishi ainsi qu’une série de contes soufis dont l’héroïne est une enfant.
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Le mythe de la vache sacrée de Florence Burgat (Rivages poche – 2017/06) SORTI

Et si la vache n'était pas le meilleur ami de l'homme....en Inde ?

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L'inspecteur Chopra et l'héritage inattendu de Vaseem Khan (City éditions – 2017)

 
Voici un improbable duo de détectives au coeur de Bombay... Un roman policier excentrique et hilarant.
Notre héros est l'inspecteur de police de 51 ans, Ashwin Chopra, qui a été forcé de prendre une retraite anticipée suite à une crise cardiaque. Mais le jour où il prend sa retraite, l’inspecteur Chopra reçoit un gros, un très gros cadeau : Ganesha, un bébé éléphant.
La note d'accompagnement met en garde Chopra "Ce n'est pas un éléphant ordinaire." En effet ! : « J'adore les éléphants. Ce sont des créatures magnifiques et intelligentes, et je savais qu'un bébé éléphant séduirait les lecteurs. Je donne beaucoup de temps à Ganesha dans chaque roman - il n'est pas un membre du casting, mais un véritable partenaire de l'inspecteur Chopra! »
Un partenaire légèrement encombrant… surtout quand le policier, lui-même têtu comme un pachyderme, décide de mener une dernière enquête sur le meurtre d’un jeune garçon retrouvé noyé, mais bizarrement, personne ne semble s'en inquiéter et surtout pas la police...
Accompagné de Ganesha, Chopra part à la recherche d'indices : « Je voulais que le personnage principal, l'inspecteur Chopra, soit par essence un indien honnête et préoccupé par les inégalités sociales ».
Dans la grouillante ville de Bombay, l'inspecteur et son imposant coéquipier partent à la chasse aux criminels. Des bidonvilles aux quartiers opulents, ils découvrent un empire obscur où le crime organisé fait régner sa loi avec, selon le moment, la traite de jeunes garçons, les meurtres, les agressions et cette maladie sociale persistante et presque universelle, la corruption.
L'inspecteur Chopra, comme beaucoup d'Indiens, est nostalgique de l'ancienne Inde, de ses traditions et de son histoire. Mais l'ancienne Inde c’est aussi la pauvreté, le système de caste, les préjugés et la religion qui touchent tous les aspects de la vie. La Nouvelle Inde c’est celle des gratte-ciel, des centres d'appels, des centres commerciaux et des effets de la mondialisation. Ce conflit, inhérent à ce pays, fournit une toile de fond dynamique au roman.
A mesure qu'il progresse, l'inspecteur Chopra comprend que cette affaire pourrait avoir plus de conséquences que prévues sur sa carrière. Mais il découvre aussi qu'un éléphant têtu peut s'avérer utile pour un homme en quête de justice.
Et plus l’inspecteur Chopra creuse, plus il déterre des vérités dérangeantes que personne ne souhaite voir éclater au grand jour. Heureusement que « l’agent Ganesha » est là pour l’épauler et, surtout, pour veiller sur lui: « Les éléphants possèdent toutes les qualités des meilleurs détectives. Ils sont très intelligents, et ont des souvenirs incroyables - oui, ce n'est pas un mythe. Ils ont également une grande gamme d'émotions, ce qui est important car une grande partie de l'humour et du charme de ma série vient de la dynamique entre l'inspecteur Chopra, cet ex-policier rigide et le bébé éléphant qu'il est effectivement forcé d'adopter. »
La nouvelle Agence de détective privé Baby Ganesh est née annonçant une nouvelle série policière originale qui met en scène des personnages drôles, excentriques et attachants dans un cadre exotique.
Les prochains livres, déjà sortis en Grande-Bretagne, des aventures de l’inspecteur Chopra et de son éléphant Ganesha, traiteront du vol du diamant le plus célèbre au monde: le Koh-i-noor qui fait maintenant partie des joyaux de la Couronne britannique. Dans le roman, les Joyaux de la Couronne ont été amenés en Inde pour une exposition spéciale. Un vol audacieux aura lieu et Chopra et Ganesha seront appelés pour essayer de récupérer le célèbre diamant.
Après cela, Chopra et Ganesha seront sur le chemin d'une étoile de Bollywood kidnappée, puis, dans le quatrième épisode, ils se rendront en dehors de Mumbai dans le village indigène de Chopra, dans le Punjab, dans le nord de l'Inde, pour tenter de démêler le mystère des origines de Ganesha et la Disparition de l'Oncle de Chopra, Bansi.

Vaseem Khan est né à Londres en 1973, a obtenu un baccalauréat en comptabilité et finances de la London School of Economics, avant de passer une décennie sur le sous-continent aidant l'un des principaux groupes hôteliers indiens à établir une chaîne d’hôtels cinq étoiles respectueuse de l'environnement « Ecotels ».
Il est retourné au Royaume-Uni en 2006 et travaille à l’ University College of London dans le Département de la sécurité et de la criminalité : « Je suis chanceux de travailler au Département de la sécurité et de la criminalité du University College de Londres où je gérais les projets de recherche. Cela signifie que je suis entouré par des scientifiques de renommée mondiale travaillant sur les moyens de prévenir le crime et de détecter les criminels. J’ai ainsi accès à des médecins légistes, à des personnes travaillant contre le crime organisé, celui des armes à feu et le crime contre la drogue. J'ai même la chance de travailler avec une ancienne femme de police indienne. Si j'ai besoin d'inspiration ou d'authenticité dans mon écriture, il suffit de demander à un ami! »
Les éléphants sont en troisième position sur la liste de ses passions, la première et la deuxième étant la littérature et le cricket, mais l’ordre peut changer !

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Le tour de l'Inde en 80 trains de Monisha Rajesh (Éditions Aux forges de Vulcain - 2017)

 
Monisha Rajesh nous rappelle que «pour chaque règle, il y a 100 exceptions».
Ce livre magnifiquement écrit sur deux des plus grands atouts de l'Inde - son peuple et ses chemins de fer - se nourrit de ces exceptions.
Inspirée par Jules Verne, Monisha Rajesh, une jeune journaliste londonienne pour qui l'Inde est devenue un pays lointain et mystérieux, décide de se lancer dans un grand périple à travers la terre de ses ancêtres.
Elle a commencé en 2009 à se reconnecter avec ses racines indiennes. Le résultat est une vue spirituelle et perspicace de l’Inde sur son réseau de chemin de fer.
Quand elle a lu un article sur comment certaines compagnies aériennes indiennes pouvaient maintenant atteindre 80 villes, elle a décidé d'explorer les chemins de fer du pays, à travers 80 trains, accompagnée d'un ami photographe, surnommé «Passepartout» (basé sur le personnage du livre de Jules Verne, Autour du monde en quatre-vingts jours).
 
Elle va voyager, dormir et vivre sur ces trains merveilleux qui sillonnent l'Inde: trains de luxe ou trains miséreux, à travers les villes et les villages, jusqu'au sommet des montagnes, et au bord de l'océan. Elle va partir à la rencontre de l'Inde, vivre mille aventures, et peu à peu, se découvrir elle-même.
Sur le chemin, Rajesh a amplement le temps de penser, de réfléchir et de discuter avec ses interlocuteurs : un assortiment de maharajas moustachus, de sikhs, d'inspecteurs indignés, de rusés tireurs de rickshaw, etc.
 
Les descriptions sont ironiques et parfois hilarantes. Quand elle parle des gens qu'elle rencontre, ce qu'elle voit, ce qu'elle respire et ce qu'elle mange, c’est l’Inde qui apparaît telle qu’elle est aujourd’hui. Elle parle de la religion, des habitudes, des coutumes, de la façon dont les gens sont et comment ils pensent les choses.
Les trains eux-mêmes deviennent des personnages: la Reine Deccan (construit dans les années trente); Le «Lifeline Express», un hôpital mobile qui emmène les médecins vers les populations rurales de l'Inde; Les super-rapides Shatabdis et Durontos révolutionnant le réseau.
Elle nous fait également voir les trains différemment. Les différents types présents dans le pays et comment chacun d'eux est si différent de l'autre.
Elle explore aussi une question plus profonde: comment se sent-on en tant qu’émigrante de deuxième génération revenant dans la patrie de ses parents? Elle admet avoir passé l'infâme «test» de Norman Tebbit (elle soutient l'Angleterre dans les matchs de cricket contre l'Inde), et avoue presque normalement «l'Inde est le seul endroit où je me sens une étrangère».
À la fois récit de voyage, roman d'aventures vraies, journalisme narratif, récit d'un cheminement personnel, ce texte est une invitation à sortir de soi, à partir vers l'inconnu, pour devenir soi.

Monisha Rajesh est journaliste. Basée à Londres, elle écrit pour le Telegraph, le Guardian and TIME magazine.
Le Tour de l'Inde en 80 trains est son premier livre.

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1,2 Milliard de Mahesh Rao (Zoé – 2017)

 
Le titre se réfère à la population de l'Inde, la deuxième nation la plus peuplée dans le monde, et le livre traverse, avec une sorte de vertigineuse minutie, le pays dans la longueur et la largeur. Le fil conducteur du recueil, qui lie les treize histoires, qui prennent place dans autant d’États de ce vaste sous-continent, n'est pas la culture, la religion ou le langage, mais la violence.
Excellant dans l’art de la chute et à l’aise avec l’immense diversité des lieux, des atmosphères, des personnages et surtout des tons, Mahesh Rao parcourt ce pays dont la complexité s’étend bien au-delà du clivage des castes.
Il y a donc en Inde un milliard deux cents millions d’habitants, et autant d’histoires à raconter qui couvrent toutes les classes de la société, les protagonistes des deux sexes, de tous les âges, la modernité et le traditionalisme, et en utilisant une tonalité d’écriture allant du pathos au sarcasme.
Les histoires concernent un cultivateur de thé dans les collines de Nilgiri qui tombe amoureux de sa belle-fille, une enfant riche de Delhi qui noie un petit garçon dans un bain à remous, un lutteur en Uttar Pradesh qui laisse un ami à moitié mort, une fosse commune qui est découverte dans les terres appartenant à une famille féodale au Rajasthan, une vieille dame emprisonnée dans un camp d'internement en Inde centrale qui nourrit son corps affamé de vengeance, un instituteur soumis aux interdictions des autorités du Cachemire, etc.
Il y a le terrorisme, la jalousie, la brutalité policière, l'infidélité, la censure des livres scolaires, la corruption.
Mahesh Rao zoome, à travers ces histoires remarquables, sur des vies oubliées, ordinaires, extraordinaires, absurdes, tragiques, offrant un aperçu de l’Inde à travers les amours, les triomphes et les tragédies de la vie quotidienne dans un monde déchiré entre la tradition et le choc de la modernité.

D’origine indienne, Mahesh Rao est né et a grandi à Nairobi, au Kenya.
Après des études de droits et de sciences politiques et économiques en Grande-Bretagne, il a travaillé comme avocat, chercheur et libraire.
Il est désormais installé à Mysore en Inde, où il se consacre à sa passion, l’écriture.
Ses textes ont notamment été publiés dans le New York Times, The Baffler, Prairie Schooner et Elle.
Son premier roman, The Smoke is rising, a gagné le Tata First Book Award pour la fiction.
1,2 Milliard a été publié en Angleterre en octobre 2015.

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Sous les lunes de Jupiter de Anuradha Roy (Actes Sud – 2017)

 
Nomita, âgée de sept ans, est le témoin de l'assassinat de son père par des hommes armés, de son frère et de l’abandon de sa mère – et cela en quelques jours. Cette expérience brutale ouvre le nouveau roman d'Anuradha Roy.
La jeune fille finit dans un ashram-orphelinat, géré par un gourou de renommée internationale, avant d'être adoptée à l'étranger.
Après son adoption, Nomi grandit en Norvège, parmi des forêts de bouleaux, à proximité de lacs baignés de lumière les nuits d’été. Mais cette jeunesse scandinave est hantée par des souvenirs d’une autre vie : les couleurs vives des saris sous un soleil impitoyable, le lancinant croassement des corbeaux et le regard perçant de Guruji, l’homme qui régnait en maître dans l’ashram où la fillette a été recueillie après que la guerre a fait disparaître tous les siens.
Mais surtout elle continue d'être hantée par le souvenir d'avoir été abusée sexuellement, par Guruji, pendant son temps dans l'orphelinat.
Nomi Frederiksen, 25 ans, revient donc en Inde, à Jarmuli, petite ville sainte du golfe du Bengale, pour faire des repérages sur un film documentaire, mais peut-être qu'en réalité elle cherche son propre passé en replongeant dans celui-ci et en s’appliquant à reconstituer les émotions de ses premières années pour en défier la douleur.
À l’occasion de ce retour, elle croise d’autres personnages dont la trajectoire entre en résonance avec son propre parcours : elle rencontre trois femmes âgées, Gouri, Latika et Vidya, voyageant ensemble pour faire le pèlerinage de leur vie - des amies de longue date qui ont toutes leurs propres secrets et regrets, espoirs et ambitions, un guide touristique fantaisiste Badal qui éprouve des sentiments pour un jeune homme sans oublier les personnes qui gravitent autour de l’Ashram, un marchand de thé, un jardinier, et les autres petites filles.
L'Inde est évoquée dans le gingembre et les clous de girofle broyés dans une tasse de thé, dans le parfum du pamplemousse, dans la poussière, le bruit, les foules, la couleur des saris, l'odeur des épices et surtout, dans la honte de parler de sexualité et de violence sexuelle.
La prose ciselée d’Anuradha Roy lui permet d'exposer les hypocrisies de la société indienne en soulevant de nombreuses questions brûlantes sur le pouvoir de la mémoire et du mythe, sur l'hypocrisie religieuse par les crimes commis à l'encontre des filles et des femmes indiennes au nom de la sanction divine et des rituels d'initiation dans une société imprégnée de religiosité, sur l'innocence perdue, le déplacement, l'amitié, la survie, l'amour non conventionnel, le rejet et la douleur.
Anuradha Roy a utilisé l'arme la plus puissante dans l'arsenal d'un écrivain - la forme du roman, avec sa capacité à être simultanément universelle et particulière - pour démasquer avec audace le visage caché de la spiritualité indienne.
Avec ce troisième roman, Anuradha Roy, dont l’écriture allie magistralement retenue et engagement, s’impose comme une voix forte de la littérature indienne contemporaine.

Anuradha Roy est née en 1967. Après des études à Calcutta et à Cambridge, elle a travaillé comme journaliste pour plusieurs quotidiens et magazines indiens.
Elle codirige actuellement la maison d’édition Permanent Black et réside à Ranikhet, petite ville nichée à 2 000 mètres dans l’Himalaya.
Sous les lune de Jupiter, son troisième roman, a remporté le prestigieux DSC Prize for Fiction 2016 d’une valeur de 50 000 $, décerné chaque année au meilleur ouvrage de fiction d’Asie du Sud. Le prix a été annoncé à Colombo et lui a été remis par le Premier Ministre du Sri Lanka.
Actes Sud a publié ses deux premiers romans Un atlas de l’impossible (2011) et Les Plis de la terre (2013).

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Gentilles filles, braves garçons de Roopa Farooki (Gaia – 2017)

 
Le sixième roman de Roopa Farooki est une saga familiale tentaculaire sur trois continents et trois générations retraçant la vie de la famille Suddeq au Pendjab de 1938 à 2009.
Quatre frères et sœurs qui grandissent à Lahore dans les années 1940, deux garçons et deux filles - Sully, Jakie, Mae et Lana, vivants, dans une maison pleine de serviteurs, avec leur père et soumis à une mère manipulatrice et tyrannique qui voulait juste faire d'eux « de gentilles filles et de braves garçons ».
L'histoire suit ces personnages dans un entrecroisement d’histoires, d'une enfance à Lahore jusqu’en Angleterre à Londres et aux États-Unis à New-York durant plus de quatre décennies jusqu’au moment où ils se retrouvent à la mort de leur mère.
Dès la naissance, les enfants Suddeq sont victimes du déterminisme de leur sexe et des attentes sociales de leur famille. Les garçons veulent partir, aller à l'étranger pour étudier la médecine et revenir, peut-être, en tant que notables ayant réussi. Les filles seront, elles, dévouées, soumises à la perspective d'un mariage arrangé et bonnes à sauvegarder le statut social le plus élevé de la famille.
Le roman retrace leurs tentatives pour se construire une vie pour eux-mêmes en essayant de s’affranchir du carcan culturel et traditionnel de cette famille Punjabi mais avec des sentiments de culpabilité ou de ressentiment durables.
Quitter la maison est une chose. Survivre dans une autre culture en est une autre.
Sully se marie en dehors de sa religion avec une hindou et Jakie vit son homosexualité avec un Irlandais du Nord, tandis que les filles, mariées par leur mère, quittent leur mari et élèvent leurs enfants selon les valeurs occidentales.
De part sa taille (plus de 440 pages), le livre peut sembler difficile à lire dans son déroulement par ses aller-retour dans le temps et l’espace, mais il reste passionnant, grâce aux nombreux sujets abordés: le viol et la violence domestique; le racisme, le sexisme et l'homophobie; les affrontements culturels, les secrets de famille et les effets sur les enfants des choix parentaux.
À l'heure où l'on enterre ses morts, tous quatre retournent au pays et reviennent sur ce que furent leurs choix au-delà des frontières culturelles, sexuelles et générationnelles.

Roopa Farooki est née à Lahore, au Pakistan, en 1974, d’un père pakistanais et d’une mère bengali et a grandit à Londres.
Après des études de philosophie, de politique et d’économie à Oxford, elle travaille un temps dans la publicité.
Depuis 2004, Roopa Farooki se consacre à l’écriture et partage sa vie entre le sud de l’Angleterre et le sud-ouest de la France.
Elle écrit des romans qui témoignent du multiculturalisme du monde en marche. Sont déjà parus chez le même éditeur et chez Actes Sud dans la collection Babel : Le choix de Goldie (2011), La petite boutique des rêves (2012), Les choses comme je les vois (2013), Le temps des vrais bonheurs (2014) et L’art acrobatique de la fugue (2015). Elle vient d’entreprendre des études de médecine. Ses romans sont régulièrement sélectionnés pour le Orange Award.
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Une bouffée d'air pur de Amulya Malladi (Mercure de France – 2017)

 
« J’ai senti mes poumons comme écorchés en dedans par des ongles, comme si quelqu’un avait lancé de la poudre de chili rouge dans mes narines. J’ai inhalé à nouveau et c’était pareil. J’ai grippé ma gorge et fermé les yeux qui me brulaient et larmoyaient. Puis j’ai tenu le bord de mon sari contre mon nez dans l’espoir de dissiper quelque peu les épices dans l’air mais rien ne parvenait à assainir l’atmosphère… Si Prakash était venu me prendre à l’arrivée de mon train deux heures plus tôt, j’aurais été sauvée, hurlai-je intérieurement… »
On est à Bhopal, en Inde, le soir du 3 décembre 1984, quand l’usine de gaz de l’Union Carbide explose, faisant des milliers de morts et de blessés.
La jeune Anjali attendait ce jour-là son mari Prakash, officier dans l'armée, à la gare. Très indifférent à son égard, il a oublié de venir la chercher. Anjali survivra miraculeusement. Son mariage non.
Suite aux conséquences de cette terrible catastrophe sur sa santé, elle exigera le divorce, ce qui est alors très choquant dans la bonne société indienne.
1984 a été une année horrible pour l'Inde. Mis à part la tragédie de Bhopal, le pays a été déchiré par les émeutes hindous-sikhs qui se sont produites après que le premier ministre Indhira Gandhi eut été assassinée par ses deux gardes du corps Sikhs.
Enseignante en anglais, intelligente et ayant réussi, Anjali est maintenant remariée à Sandeep, un professeur aimant et stable qui l’aime et qu’elle aime. Leur vie serait presque parfaite, si ce n’était la santé déclinante de leur jeune fils, Amar, gravement handicapé physiquement, une conséquence des séquelles d’Anjali à l’exposition aux produits chimiques à Bhopal.
Les luttes d'Anjali pour concilier les rôles d'épouse et d'ex-femme, de femme et de mère, éclairent à la fois la dualité fascinante de la femme indienne moderne et les choix difficiles que toutes les femmes doivent faire.
Un jour pourtant, Anjali revoit par hasard son premier mari – qui découvre alors les catastrophiques suites de son insouciance d’autrefois. Peut-on oublier, peut-on pardonner, peut-on réparer ?
Dans un langage simple, Amulya Malladi raconte une histoire simple d'amour, de trahison, de jalousie, de culpabilité et de pardon avec une incroyable capacité à examiner et à explorer les émotions humaines.
Ce roman, sensible et émouvant, est riche de connaissances sur la culture et la psychologie indiennes, alors qu'il présente des vérités qui sont universelles.

Amulya Malladi est née en Inde et y a fait ses études avant de partir vivre plusieurs années aux États-Unis – où elle a débuté sa carrière d’écrivain.
Une bouffée d’air pur, son premier roman, a tout de suite eu du succès, suivi par cinq autres, traduits en plusieurs langues.
Elle vit aujourd’hui au Danemark, avec son mari danois et leurs deux fils. Elle n’avait encore jamais été publiée en français.
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Elle lui bâtira une ville de Raj Kamal Jha (Actes Sud – 2016)

 
Qu'ont en commun, l'homme, la femme et l'enfant anonymes, dont les bribes d'existence se succèdent en d'intenses touches contrastées ? Ce n'est pas la seule énigme de ce quatrième roman de Raj Kamal Jha qui a pour cadre une mégapole - Delhi -, aux tréfonds regorgeant de blessures non cicatrisées, et qui n'hésite pas à bousculer les canons de la littérature.
Alors que la nuit tombe sur New City, une mère se remémore la séparation dramatique d’avec sa fille enfin retrouvée, mais qui semble brisée.
Femme est une mère vieillissante, perturbée par le retour de sa fille qui cherche un asile où on ne lui demandera rien. Que lui est-il arrivé pour qu’elle soit si triste et fatiguée? Elle qui, toute petite remerciait sa mère d’être toujours là pour elle et voulait qu’une dame de quatre mètres puisse à son tour câliner la mère. Jusqu’au jour, où le père décède.
Pendant ce temps, dans le dernier métro, un jeune homme, très riche, rêve de meurtre.
Homme est devenu riche en sélectionnant des projets immobiliers pour les banques. Il habite un 2000 mètres carrés à Appartment Complex à proximité du Mall, le plus grand centre commercial de l’Inde au coeur de New City. Dans le métro, dans sa voiture avec chauffeur, il observe et s’évade souvent dans des délires macabres, des idées de viol ou de meurtre, des ballades irréelles à Paris, Singapour où habitent ses meilleurs amis.
Homme se désintègre au lendemain d'un événement traumatisant, isolé dans son milieu aisé et sujet à des états de fugue où ni lui ni le lecteur ne sont sûrs de ce qui est réel. Il apparaît tout au long du roman comme une âme endommagée et nuisible rendue plus puissante par l'atomisation croissante de la société dans laquelle il vit.
À un autre bout de la ville, un nouveau-né, enveloppé dans une serviette rouge sang, est déposé sur les marches d’un orphelinat par une femme qui se hâte de remonter dans le rickshaw qui l’a amenée, sous le seul regard d’une chienne Bhow.
Le directeur n’en revient pas, un garçon en bonne santé abandonné. Il n’y avait alors qu’un seul garçon trisomique dans cet orphelinat.
Kalyani Das, une infirmière stagiaire de vingt quatre ans dont toute la famille vit dans un bidonville, s’en occupe avec amour. Kalyani utilise le temps où il dort pour étudier, son ambition ultime étant de partir en Amérique. Ses plans sont remis en question lorsqu’elle est atteinte d’une grave maladie. C'est elle qui a besoin de soins infirmiers, ainsi que d’aliments frais et prohibitifs.
Ce qu’ont en commun ces trois protagonistes, désignés sous l’appellation générique d’Homme, de Femme, d’Enfant, ne se révèlera que progressivement. Car à ce trio viendront s’adjoindre une grande diversité de personnages : la Fille au Ballon (inspirée du film d’Albert Lamorisse), Bhow, la maternelle chienne des rues, une présentatrice vedette de la télévision en quête d’adoption, une ouvreuse de cinéma dotée de singuliers pouvoirs, et même un cafard en quête de réincarnation qui a élu domicile au fond d’une piscine d’un club huppé.
Comme dans l'œuvre de Dickens, Elle lui bâtira une ville pose le problème de la coexistence, dans une grande métropole, de la santé et de la maladie, de la pauvreté et de la richesse, de la naissance et de la mort avec ses cadavres, sa folie, ses grandes institutions et ses petits sanctuaires de luxe.
L’auteur développe les trois histoires qui semblent ne jamais se rejoindre. Il nous perd dans le mystère, la poésie, le rêve, les hallucinations sans jamais nous lâcher vraiment. Si la virée glaçante, mais non dénuée de tendresse, à laquelle nous convie le journaliste-écrivain Raj Kamal Jha, mobilise toutes les ressources de la littérature et s’autorise même parfois à égratigner la syntaxe, ce n’est pas par goût de la démonstration, mais afin de donner à sa mise en garde le maximum de chances d’être entendue : une mégalopole édifiée sur des blessures ouvertes ne peut que s’effondrer.
Elle lui bâtira une ville est un émouvant livre-mosaïque, en quatre-vingt tableaux où un réalisme impitoyable et un récit fabuleux se mêlent pour brosser le portrait édifiant et d’autant plus saisissant de l’effrayante Dehli contemporaine en proie à ses rues pleines de prédateurs, à la pauvreté, aux préjugés et où des êtres fragiles (des enfants notamment) se confrontent sans trêve à la violence des rapports sociaux et aux inégalités.
Un roman audacieux tant sur le plan formel que thématique et dont les « révélations » ont été qualifiées d’explosives par une presse indienne unanime.

Raj Kamal Jha est né en 1966 dans le Bihar et a grandi à Calcutta. Il a étudié le génie mécanique à l'Institut indien de technologie de Kharagpur. C’est à cette époque qu’il commence à écrire dans le magazine étudiant.
Après ses études, il décide de demander une bourse auprès de l’école de journalisme de l’Université de Californie-du-Sud à Los Angeles, pour parfaire sa technique d’écriture et où il obtiendra en 1990 une maîtrise.
Dans les années suivantes, il travaille pour divers journaux américains, le "Los Angeles Times" et le "Washington Post".
À son retour en Inde, Raj Kamal Jha est rédacteur au journal de langue anglaise "The Statesman", et ensuite travaille pour "India Today" et enfin "The Indian Express" où il est actuellement directeur de publication.
En plus de ses activités journalistiques, il a déjà publié trois romans, qui ont été reçus avec enthousiasme par les critiques et les lecteurs.
Son premier roman, Le Couvre-lit bleu (Gallimard, 2001), a obtenu le Prix des Écrivains du Commonwealth.
Son second n’est pas traduit actuellement.
Son troisième, Et les morts nous abandonnent (Actes Sud, 2008) retraçait les évènements de 2002 au Gujarat.
Elle lui bâtira une ville a été finaliste de l’édition 2015 du DSC Prize South Asian Literature.
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Le Roi du monde de Kavita Daswani (De Fallois – 2016)

 
Unique fils de Bhagwan, un industriel du jean indien, Anil avait tout pour réussir : la fortune familiale, la beauté, un métier tout trouvé. Pendant son enfance à Singapour, les amies de sa mère s’extasiaient déjà sur ses grands yeux, ses longs cils, ses boucles brunes. Mais dès le Prologue du livre, nous comprenons que les choses ont mal tourné : nous le retrouvons dans l’ashram où il s’est réfugié pour échapper aux griffes de Sonia, sa femme, à sa vie factice à Dubaï, et aux banquiers qui le harcèlent depuis que son empire immobilier s’est effondré avec la crise financière.
À la différence de ses trois sœurs plus âgées qui ont bravé la tradition pour se mettre à travailler et mener leur vie comme elles l’entendaient, Anil est l’enfant gâté typique de la nouvelle génération indienne.
À l’école, il compte sur sa voisine pour lui donner les solutions qui lui permettent de passer ses examens sans encombre.
À l’université américaine où il passe quatre années pour obtenir un MBA, il fait ses gammes de séducteur.
Au retour, il s’ennuie dans l’affaire familiale, joue au golf avec sa bande de copains riches comme lui, fume des cigares, roule en Ferrari, voyage. Singapour, Hong Kong, Bombay. D’hôtels de luxe en hôtels de luxe.
A Hong Kong, il a retrouvé Ravina, sa voisine de classe. Elle organise des concerts, fait carrière. Et si c’était la femme de sa vie ? Mais les parents d’Anil mettent leur veto à cette mésalliance : le père de Ravina n’est pas son propre patron. Et Anil cède, comme il l’a toujours fait. Alors de partout, les prétendantes affluent, poussées par leurs mères et les traditionnelles entremetteuses, pour séduire le bel indifférent. La saison des mariages à Bombay est l’occasion de fêtes somptueuses.
C’est lors d’une de ces fêtes, que surgit une apparition : Sonia, une beauté radieuse, qui semble parée de toutes les qualités. Ce qu’Anil découvrira bien plus tard, c’est que la belle a tout manigancé pour envoûter le célibataire le plus convoité de la communauté indienne.
Après leur mariage, ils s’installent chez les parents d’Anil au grand dam de Sonia qui déteste sa belle-mère. Las de sa routine professionnelle, Anil s’est lancé à l’insu de son père dans un trafic de faux jeans de créateurs très lucratif. Pris sur le fait, il s’en tirera. Comme toujours. Poussé par Sonia, il quitte alors sa famille pour s’installer à Dubaï, et se lance dans l’immobilier grâce à l’argent donné par son père. Il achète, vend, vit comme un nabab. Jusqu’au jour où tout s’effondre. Son empire comme son mariage.
Anil pourrait bien être le petit frère de la Bombay Girl, l’héroïne du précédent roman de Kavita Daswani (De Fallois,2015) . Un séduisant mélange de tradition et de modernité. Comme Kavita Daswani elle-même. Cosmopolite, au fait de toutes les dernières tendances de la mode, mais fondamentalement indienne.
En plus d’une intrigue romanesque à souhait, le nouveau roman de Kavita Daswani est, cependant, un peu plus sombre que dans ses précédents romans même si on retrouve ici les couleurs de cette région du monde, les couchers de soleil, la beauté des vêtements traditionnels, les endroits les plus branchés de Singapour, Hong-Kong ou Dubaï. Et le parfum, la saveur de tous ces plats qui donnent envie de partir sur les traces de son héros, et dont on aimerait bien qu’un jour, Kavita Daswani nous donne la recette.

Kavita Daswani est née à Hong Kong de famille indienne émigrée à la fin des années 40. Elle y vit, et fait ses études dans des collèges anglais, jusqu’à ce qu’elle parte en 2000 pour Los Angeles.
Kavita devient journaliste à l’âge de 17 ans. Après avoir écrit dans des magazines locaux, cinq ans plus tard, elle débute au South China Morning Post, le journal le plus important de Hong Kong. Ses articles portent aussi bien sur les affaires que sur la santé, la mode ou les VIP. Elle fait partie de la rédaction.
En 1993, elle décide de s’installer à Paris.
C’est à cette époque que sa famille, n’ayant de cesse de lui trouver un mari, la rappelle à Bombay. Elle y reste plus de trois mois. Beaucoup des expériences relatées dans son livre Mariage à l’indienne remontent à cette période.
Elle est correspondante de mode pour CNBC Asie, pour CNN International.
Depuis 1995, elle voyage à travers le monde pour couvrir des défilés de mode ou des événements de société.
Le Roi du Monde est son quatrième roman traduit en français après Mariage à l’indienne en 2003, Retour à Bombay en 2012 et Bombay Girl en 2015 (De Fallois et Livre de poche).
Mariée en 2000, elle vit avec son mari et son fils à côté de Los Angeles. Elle continue à travailler en journaliste indépendante pour des journaux et magazines américains et asiatiques.
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Un long regard sur l'Inde de Catherine Clément (Les Impressions Nouvelles – 2016)

Une passion indienne.....

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La vie des autres de Neel Mukherjee, traduit de l’anglais par Simone Manceau (Piranha éditions – 2016)

Un saga familiale au coeur de l'Inde des années 70.....

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La mort de Mitali Dotto de Anirban Bose (Mercure de France – 2016)

 
Après avoir exercé aux États-Unis pendant quinze ans, le docteur Neel Dev-Roy est revenu en Inde, avec sa belle épouse Stuti, pour travailler comme chirurgien oncologue dans l'hôpital corporatif Adelphia de Delhi. Plein d’enthousiasme au début, il va vite se heurter à une insupportable bureaucratie, une déplorable gestion et surtout une corruption à tous les échelons.
Quand il est confronté au cas si douloureux de la jeune et jolie Mitali Dotto, plongée dans le coma après avoir été poignardée, il va se battre pour essayer de sauver cette patiente qui n’intéresse personne : pas d’argent, pas de famille, pas de relations.
Neel est choqué d'apprendre que les autorités de l'hôpital veulent laisser la femme mourir parce qu'il n'y a personne pour payer ses soins. Spontanément, il intervient pour couvrir ses factures. Déjà accablé par le fantôme de son père, Neel se retrouve empêtré dans des batailles juridiques, morales et financières avec les autorités de l’hôpital en la personne du Dr Kasturi, le chef du service de chirurgie qui lui fera vivre un véritable enfer.
Qui est cette patiente ? Pourquoi a-t-elle été poignardée ? Comment ses dossiers médicaux ont-ils disparu ? Et pourquoi un tueur traque soudain sa femme ?
Mais il devra redoubler d’efforts, après avoir découvert que Mitali est enceinte de trois mois. Ce n’est plus pour une vie, mais pour deux, qu’il lutte désormais, contre à peu près tout le monde.
L'idéalisme et la détermination de Neel, de ne pas céder aux demandes de pots de vin, semblent incroyables. C’est que son idéalisme ne provient pas de ce qu’il a appris en Amérique, mais de son père, le docteur Gautam Dev-Roy, un médecin vénéré, qui a consacré sa vie à soigner les populations tribales dans la région de Jhargram au Bengale-Occidental et qui appartenait à l'aile naxalite pro-maoïste du Parti communiste Bengali.
Aussi les combats de Neel contre la corruption et la cupidité font écho à ceux de son père disparu mystérieusement….
Placée dans le contexte de l'ascension de l'Inde sur la scène mondiale, La Mort de Mitali Dotto expose des réalités désagréables au sein de ses brillants nouveaux hôpitaux pour riches et pour étrangers venant en Inde pour se faire soigner mais qui sont tenus de disposer d'un certain pourcentage de leurs lits pour des associations caritatives, souvent sous forme de réponse à des demandes à l'aide dans des journaux, l'intérêt étant bien évidemment avant tout médiatique qu'humain. Il soulève, également, des questions déconcertantes sur l'éthique de ce monde nouveau entre politiciens corrompus et une communauté médicale qui a abandonné l'idéalisme pour les espèces sonnantes et trébuchantes.
C’est aussi une oeuvre forte et sans concession qui met en scène la conscience d’un homme seul face à la machine aveugle et sans états d’âmes du système hospitalier indien.

Anirban Bose est né en Inde en 1970. Il a grandi à Ranchi.
Après des études de médecine à Bombay, il a exercé dans cette ville, puis plusieurs années aux Etats-Unis (New York City, Atlanta et Rochester). Il a été professeur adjoint de médecine à l'Université de Rochester, NY, jusqu'à ce qu'il retourne en Inde en 2007.
Il vit aujourd’hui à Kolkata avec son épouse et ses deux enfants.
Romancier à succès en Inde, Il a écrit Bombay Rains, Bombay Girls, Mice in Men et The death of Mitali Dotto.
Il est traduit pour la première fois en France.
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Penjab d’Éric Deschodt (Éditions de Fallois – 2016/09) SORTI

 
1821. La mort de Napoléon à Sainte-Hélène a désespéré des milliers de ses soldats qui ne vivaient plus que dans l’attente de son évasion et de son retour. Le capitaine Allard et le maréchal des logis Ventura sont de ces désenchantés.
Fuyant une Europe sans âme, ils vont chercher en Inde la vie supérieure qui leur est interdite par l’insupportable Sainte-Alliance « des rois contre les peuples ». La gloire donc et la fortune, la première entraînant la seconde.
Pourquoi l’Inde ? L’Inde, c’est Golconde, tout y est fabuleux. Les perspectives y sont immenses. Il y a des Anglais ? Rien n’est joué là-bas quand même. Les Anglais sont très forts, mais ils n’ont pas tout avalé. Une jeune, grande, accueillante puissance s’oppose à leur hégémonie. Au pied de l’Himalaya, entre l’Hindoustan qu’ils occupent et l’Afghanistan, l’empire sikh du Penjab ne cesse de s’étendre et son maître a besoin d’hommes sûrs pour assurer cette croissance.
Depuis 1800, Ranjit Singh, maharadjah de Lahore, empereur du Penjab, tient d’un côté l’Angleterre en respect, de l’autre repousse sans relâche les Afghans, naguère maîtres de son pays.
Les Sikhs sont les fidèles d’une religion monothéiste, basée sur la fraternité et l’égalité universelles, au-dessus des races, des sexes, des castes et des croyances. Les femmes sont égales aux hommes, les castes sont proscrites, toutes les religions sont respectables et doivent être respectées. Son fondateur, Guru Nanak, hindouiste de naissance, vécut de 1469 à 1539. Les Moghols, musulmans, régnaient alors en Inde.
Le plus grand Moghol, Akbar le Grand, ignorait la charia, révérait le soufisme, admettait l’hindouisme et respectait le sikhisme. À sa mort, des islamistes arrivent au pouvoir, engagent contre les Sikhs une guerre de deux siècles, achevée en 1800 par la victoire de ces derniers et l’avènement de Ranjit Singh.
Les Britanniques médusés le comparent à Bonaparte, dont il est comme eux grand admirateur. Rangit Singh a besoin d’instructeurs pour renforcer son armée. Dans ce domaine, malgré Waterloo, les anciens de la Grande Armée dominent le marché. Il reçoit donc à Lahore, en mars 1822, les sieurs Allard et Ventura pour un entretien d’embauche, et les engage sur-le-champ.
Commence une épopée unique. En dix-sept ans, l’intime alliance d’un prince exceptionnel et de quatre suppôts de l’Empereur, Allard ayant fait vite venir en renfort deux camarades de leur grande époque, va contredire les lieux communs de la faiblesse humaine, en premier l’inconstance et l’envie.
L’empereur sikh et ses quatre lieutenants français seront unis comme les doigts de la main. L’armée sikhe devient la première d’Asie et l’empire un modèle de prospérité et de tolérance. Les Afghans toujours battus sont chaque année renvoyés derrière leurs montagnes, et l’empire s’étend, principalement à leur détriment, jusqu’à la Perse.
Les Français font très bien la guerre, mais leur maître les transforme en administrateurs. Les voilà intendants, gouverneurs de province, piliers de l’État, couverts d’honneur. Venus pour la gloire et pour la fortune – traitements somptueux, palais, domaines… – ce n’était pas assez. Ranjit Singh les marie lui-même à de belles et riches princesses pour les attacher au Penjab, mais surtout – c’est un prince qui voit loin –pour contribuer au rapprochement des peuples grâce à leurs enfants et préparer l’établissement d’un monde pacifié.
Conte de fées ? Pas du tout. Résultat très concret d’une alliance de vertu et de grandeur. La mort seule l’interrompra.
Ranjit Singh et son bras droit Allard disparurent à six mois d’intervalle. Allard le premier en janvier 1839 ; Ranjit Singh en juin. Allard est enterré à Lahore dans son palais d’Anarkali, tout proche de cette capitale et des jardins de Shalimar. Après eux tout s’effondre. Les barons sikhs retombent dans l’anarchie, d’où Ranjit les avait tirés. Les trois survivants des Quatre rentrent en France, et les Anglais entrent à Lahore.

Écrivain et journaliste, Éric Deschodt est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages.
Son oeuvre dont on louera l’éclectisme est marquée par un regard éclairé sur l’histoire.
Aux Éditions de Fallois, Éric Deschodt a publié en 2013 le roman Les Amants du Grand Monde et en 2014 une biographie de Clemenceau, Pour Clemenceau.
Il avait déjà traité de l'Inde dans Le Seul Amant un roman sur Vasco de Gama, écrit avec Jean-Claude Lattès (Points seuil, 2008).
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Un bref mariage d’Anuk Arudpragasam, traduit de l’Anglais (Sri- Lanka) par Élodie Leplat (Gallimard – 2016)

 
Quelque part dans une zone de guerre, certainement au Sri Lanka d’où est originaire Anuk Arudpragasam, l’auteur de ce Bref Mariage.
Installé depuis quelques jours à la lisière d’un campement proche d’une clinique improvisée par un médecin ne disposant d’aucun matériel, Dinesh est approché par un homme qui lui propose sa fille en mariage. L’homme vieillissant cherche à assurer l’avenir et la protection de son dernier enfant, car une femme mariée a plus de chances de s’en sortir en cas de rafle des forces gouvernementales ou des rebelles.
En quelques heures, Dinesh se trouve uni à cette jeune fille presque inconnue dont il a désormais la charge.
Un bref mariage raconte alors la première soirée et la première nuit de deux jeunes âmes brisées par des mois de conflits, d’horreur et de deuil. Ou comment, par la simple présence de Ganga, Dinesh retrouve des réflexes humains après des mois d’errance solitaire et de refoulement. Et comment Ganga s’éveille à son corps et à son désir.
L'histoire d'un bref mariage contient une série de scènes très viscérales où le roman fait de la vie réelle une fiction.
Anuk Arudpragasam écrit avec courage, soin et avec une précision quasiment anatomique, décrivant comment il faut s’y prendre, et ce que chacun de ces verbes signifie ou peut signifier en temps de guerre : déféquer, manger, se laver, respirer, aimer, vivre, parler, éprouver, pleurer et se séparer aussi.
Malheureusement, la brutalité reste sourde à l’amour naissant, et cet inespéré retour à la vie sera de courte durée.
Dans une atmosphère tendue par l’omniprésence du danger et de la mort, Anuk Arudpragasam raconte les traumatismes de la guerre, en livrant, un portrait psychologique profondément contemplatif de celle-ci, tout en décrivant l’éclosion d’un couple.
Car si la guerre intensifie et déforme chaque besoin, chaque attitude, il s’agit aussi tout simplement d’un garçon face à une fille pour la première fois.
Le roman est d’une beauté furieuse et envoûtante, sans fard dans son examen de la guerre et dans ses répercussions et magnifiquement tendre et généreux dans son portrait de l’amour.
Il témoigne de la vie et de la souffrance de ces milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont péri dans les derniers jours de la guerre civile au Sri Lanka, dont le nombre est encore inconnu et qui se trouvent dans des tombes anonymes.

Anuk Arudpragasam est originaire du Sri Lanka. Agé de 25 ans, il effectue actuellement un doctorat en philosophie à l’université de Columbia de new York, ville où il a élu domicile.
C’est l’un des rares auteurs sri-lankais publiés chez Gallimard. Sa sensibilité philosophique confère à son roman une dimension métaphysique, tandis que ses liens forts avec le Sri Lanka (où il retourne chaque été) lui permettent d’écrire sur la guerre, qui a touché son pays de nombreuses années, avec finesse, sans pathos, et de la saisir dans toute son horreur et sa complexité.
Un bref mariage est son premier roman.
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Dans les jardins de Malabar d’Anita Nair (Albin Michel – 2016)

 
Avec cette vaste fresque qui embrasse l'Orient du XVIIe siècle, de la Corne de l'Afrique jusqu'à l'Inde, Anita Nair, l'auteur du célèbre Compartiment pour dames se consacre cette fois au passé cosmopolite et à l'héritage épique de son pays natal...
1659. Le Zamorin, tout puissant souverain de Malabar, au sud-ouest de l’Inde sur la côte de Kerala, donne une grande fête connue sous le nom de Mamangam.
Venu assister aux célébrations, Idris, marchand itinérant somalien, est fasciné par cette démonstration de puissance et de richesses. Etranger dans ces contrées, il engendre lui-même avec son œil d’or, tout autant d’émerveillement et d’incrédulité.
Par un étrange coup du sort, Idris fait alors la connaissance de Kandavar, son fils né d’une mystérieuse nuit d’amour dans cette même contrée neuf ans plus tôt. Mais l’enfant n’a qu’une idée en tête : devenir un guerrier Chaver dont la destinée, fixée par la tradition ancestrale, est d’assassiner le Zamorin.
Pour le sauver d’une mort certaine, Idris l’emmène avec lui dans un voyage qui les conduira à Ceylan, Toothukudi, jusqu’aux mines de diamants du royaume de Golconde. Ce long périple sera-t-il l’occasion pour Idris d’amasser une immense fortune ? Sera-t-il capable de renoncer à une passion naissante pour s’en retourner dans la province de son fils, vers un futur incertain ?
Dans les jardins de Malabar est un grand roman d’aventures et de passion, qui nous entraîne dans l’âge glorieux de l’Inde du XVIIIe siècle.
Anita Nair, en conteuse inimitable, fait ressurgir le passé d’une ancienne civilisation, aussi incroyable que fascinante.
Le livre a été nominé pour le Hindu Prize 2014.

Originaire du Kerala, après une enfance passée à Madras, Anita Nair voyage en Angleterre et aux États-Unis, avant de s'installer à Bangalore.
L'anglais est sa première langue, mais elle parle aussi quatre langues indiennes. Découverte par un petit éditeur en Inde en 1997, elle est depuis publiée dans toute l'Europe et aux États-Unis.
Auteur de nouvelles, poète, elle écrit dans le Times of India.
Depuis son premier succès, Compartiment pour dames, traduit en 29 langues, elle s’est imposée comme une voix singulière et un des auteurs phares de la littérature indienne d’aujourd’hui.
Elle a déjà publié chez Albin Michel Quand viennent les cyclones et L’Inconnue de Bangalore parus en 2010 et 2013.

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Compartiment pour dames d’Anita Nair (Albin Michel – 2016)

 
La réédition du premier grand succès d’Anita Nair, publié en poche chez Philippe Picquier en 2004 et vendu à plus de 70 000 exemplaires en librairie et qui fut l’un de nos plus grands coups de cœur dans le domaine de la littérature indienne, encore émergente à cette époque.

À quarante-cinq ans, Akhila, employée des impôts dans une ville du Sud de l'Inde, est restée célibataire pour s'occuper des siens après la mort de son père, se sacrifiant pour le bien d'une famille ingrate.
Elle n’a jamais été́ libre de mener sa propre vie comme elle l’entendait (toujours la fille, la sœur, la tante de quelqu’un, mais aussi celle qui nourrit la famille).
Un jour, saisie du désir impérieux de s'éloigner de cette atmosphère étouffante, rêvant de liberté́ et d’indépendance, elle décide de partir, seule, à l'extrémité sud de l'Inde, là où se rencontrent l'Océan Indien, la baie du Bengale et la mer d'Arabie, et de faire le point sur une vie qu'elle a l'impression de n'avoir pas vécue.
Dans le train qui la conduit à destination, elle fait la connaissance de ses compagnes de voyage avec lesquelles elle va partager, toute une nuit, l'intimité d'un compartiment réservé aux dames.
La proximité́ et l’intimité́ de ce huis clos improvisé vont favoriser les confidences, chaque femme relatant tour à tour son histoire. Les discussions se font confidences, et chacune parlera de ses relations heureuses, douloureuses ou résignées avec les hommes.
Akhila prend alors conscience que les espoirs, les doutes et les interrogations qui l’habitent sont aussi ceux de ces femmes, au contact desquelles elle pourra peut-être en apprendre plus sur elle-même.
Aussi c'est à travers ces confidences qu'Akhila cherche la réponse aux questions qu'elle se pose: une femme peut-elle vivre seule? A-t-elle vraiment besoin d'un homme pour être heureuse et pour se sentir épanouie? Comment trouver en soi la force de redevenir maîtresse de son destin?
À travers ce roman à plusieurs voix où se croisent les destins bouleversants de six femmes, proches de nous par leurs forces et leurs faiblesses, reflets critiques et douloureux d’une condition féminine particulièrement difficile dans l’Inde traditionnelle, le portrait que fait Anita Nair de la société indienne est sans indulgence mais pas sans espoir.
Ce roman montre en effet qu'être femme, dans une société si codifiée que la société indienne, est un combat.
La leçon est universelle et les lectrices du monde entier devraient se reconnaître dans ce livre.

Anita Nair, qui vit à Bangalore, est l’auteur de plusieurs romans à succès, dont Quand viennent les cyclones et L’Inconnue de Bangalore parus chez Albin Michel en 2010 et 2013.
Sans oublier, chez Philippe Picquier, Un homme meilleur en 2003 et Les neufs visages du cœur en 2006.
Elle a également écrit plusieurs recueils d’essais et de nouvelles et a déjà̀ été́ traduite en vingt-neuf langues.
Compartiment pour dames est le roman qui l’a fait connaitre en France.

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