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Wilfred Thesiger, Gentleman explorateur de Christophe Migeon (Editions Paulsen - 2017)

La biographie du dernier grand aventurier et explorateur du XXe siècle, sur les traces des dernières civilisations abyssiniennes....

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La sélection d’Aravind Adiga, Traduit par Annick Le Goyat (Buchet Chastel – 2017)

 
Si seulement une douzaine de pays jouent ce jeu, et seulement cinq d'entre eux le jouent bien dans le monde, scotchant un milliard de personnes devant leur poste de télévision pour suivre la coupe du monde, le cricket est, bien sûr, une excellente façon d'écrire sur les rêves brisés, à la fois personnels et nationaux, des indiens.
En tant que tel, il n'est pas nécessaire de connaître le jeu pour apprécier ce roman finement raconté par Aravind Adiga, Booker Price 2008 pour le Tigre Blanc (10x18).
Le lecteur appréciera donc le ton de l'auteur à travers tout le roman : sombre, mordant et tranchant.
Les fils de Mohan, Radha Krishna et Manjunath, âgés de 14 et 13 ans lorsque le roman s'ouvre, sont destinés à devenir des sportifs exceptionnels.
Pour Mohan Kumar, un pauvre vendeur de chutney d'un village misérable du Karnataka, qui a rejoint la marée humaine cherchant sa fortune à Mumbai, le cricket est, pour ses fils, la meilleure porte d’entrée pour se hisser socialement.
Mohan Kumar et ses fils vivent toujours dans le bidonville de Dahisar où ils ont atterri en arrivant à Mumbai mais sans la mère des garçons qui a disparu. Sa véritable aspiration, cependant, est de faire de ses fils les deux meilleurs batteurs du monde. Il étudie et élabore des théories - alternativement ingénieuses et excentriques - sur tous les aspects de l'éducation mentale, technique et physique des joueurs de cricket en supervisant tous les moments de la vie de ses fils, examinant leurs parties génitales chaque semaine et veillant à l'application d'un régime de formation qui comprend la marche comme un canard et éviter le sucre, les filles et le rasage, car Mohan Kumar est déterminé à ce que ses garçons gagnent une place parmi l'équipe d'élite de Mumbai.
Manjunath Kumar est le plus jeune des fils de Mohan Kumar. Il sait qu'il est bon au cricket, sans doute meilleur que son frère aîné Radha Krishna qui vient d'intégrer les "Jeunes Lions". Mais Manju est un garçon intelligent, passionné par les sciences et qui rêve de devenir médecin légiste, un métier qu'il a découvert dans sa série préférée "Les Experts".
Alors que Manju est en classe de huitième, il est à son tour découvert par un recruteur. Ce dernier reste pourtant sceptique à investir sur un deuxième Kumar car les chances pour deux frères de devenir de très grands joueurs ne sont pas assurées, d'autant que ce sont les fils d'un homme plutôt excentrique. Pourtant, dès que le jeu de Manju est remarqué et qu'il explose les records, il commence sérieusement à faire de l'ombre à Radha.
Mais leur spectaculaire ascension et le combat qu’ils mènent pour s’extraire de leur condition va radicalement basculer lorsque Manju se lie avec une autre jeune star du cricket, grand concurrent de son frère, Javed Ansari, un bon musulman d'une famille aisée qui choisit de s'éloigner du cricket et veut que Manju le suive. L'attrait de Manju pour Javed, et sa conscience des barrières entre eux, est subtilement et souvent étonnamment exploré.
Il semble courageux et important d'aborder le sujet de l'homosexualité non seulement dans le sport, mais dans le contexte du code pénal indien, qui, comme le cricket, est un héritage de la domination britannique. Aravind Adiga écrit avec émotion sur la confusion de l'adolescent au sujet de la reconnaissance de son orientation sexuelle et des réponses - condamnation, abus, sympathie condescendante – qu’elle provoque.
Alors que l’adolescence et les mues qui l’accompagnent questionnent l’identité et les aspirations des deux garçons, le lecteur les observent avancer, dans un perpétuel mouvement de balancier : ils gagnent du terrain, en perdent, sous le joug d’un père honni qui alimente chez eux un désir de vengeance sans fin.
La Sélection est le quatrième roman d'Aravind Adiga. À travers ce roman, l’écrivain nous transporte une nouvelle fois à Mumbai mais cette fois-ci en nous faisant découvrir le monde du cricket, côté face mais surtout côté pile.
C’est un grand roman d’apprentissage, mais aussi un grand roman sur l’Inde, vue et comprise à travers le prisme de ce sport étonnant qui façonne les gloires nationales et les destins universitaires de ses rares élus, véritable miroir des aspirations et des limites d’une société en pleine transition.
On y retrouve le sens de la saga et de la profusion qui avait tant séduit dans Le Tigre Blanc, la rage d’avancer, de sortir de la pauvreté à tout prix – le tout conté avec un lyrisme teinté de drôlerie, un réalisme aussi et un sens du baroque qui font toute la saveur d’un texte qu’on ne lâche pas.
Aravind Adiga a souvent été comparé, notamment avec Le dernier homme de la tour (10x18), à Charles Dickens, mais La Sélection rappelle un romancier victorien très différent: Thomas Hardy.

Fils de médecin, né à Chennai (anciennement Madras) en 1974, Aravind Adiga grandit à Mangalore. En 1991, sa famille émigre à Sidney, il possède toujours la double nationalité. Il suit des études d’agriculture en Nouvelle-Galles du Sud avant de se rediriger vers des études de littérature anglaise à New-York puis à Oxford, au Magdalen College que fréquenta Oscar Wilde.
Pourtant c’est comme journaliste financier qu’Aravind Adiga commence sa carrière. Collaborateur du Financial Times, The Independant, The Wall Street Journal entre autres…
Embauché ensuite comme correspondant en Asie du Sud par TIME, il y reste trois ans avant de devenir journaliste indépendant et de profiter de cette liberté pour se lancer dans l’écriture de son premier roman, Le Tigre blanc, lauréat du Man Booker Prize en 2008.
En Inde, le roman fait scandale. Aravind Adiga dérange, et on le lui fait savoir. A la question de ses origines aisées, supposées lui interdire d’écrire sur ce qu’il ne connaît pas, les classes pauvres du pays, il répond avec beaucoup de sens : « Je ne crois pas qu’un romancier ait à écrire seulement sur ses expériences personnelles. Oui, je suis le fils d’un médecin, oui, j’ai reçu une éducation rigoureuse et formelle, mais selon moi le défi du romancier c’est d’écrire sur les gens qui sont totalement différents ».
Il est le cinquième auteur indien à remporter le prix après Salman Rushdie, Arundhati Roy, Kiran Desai et V.S. Naipaul.
Aravind Adiga signe ici son quatrième ouvrage, après Le Tigre blanc, Les Ombres de Kittur et Le dernier homme de la tour, tous chez Buchet Chastel et en 10x18.
Chef de file de la jeune littérature indienne, il vit aujourd’hui à Bombay.
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Dans le désert de Julien Blanc-Gras (Au Diable Vauvert – 2017/09)

Julien Blanc-Gras au pays de l’or noir

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La Colère de Kurathi Amman de Meena Kandasamy (Plon – 2017)

 
Comment transformer un drame en fiction ? Pourquoi écrire sur une tuerie qui a eu lieu il y a plus de quarante ans en Inde et sur ses quarante-quatre victimes oubliées par l’histoire ?
L'histoire a été inspirée par un massacre réel à Kilvenmani, un village du district de Tanjore dans le Tamil Nadu. Le 25 décembre 1968, 44 femmes et enfants ont été assassinés par des propriétaires de castes supérieures, pour avoir participé à une grève organisée par les communistes pour améliorer les salaires et les droits fondamentaux des travailleurs agricoles dalits.
À l'époque, l'idéologie marxiste gagnait en popularité parmi les dalits ou les intouchables privés de droits, qui travaillaient dans les rizières dans des conditions brutales. La révolution verte a également commencé à modifier irrévocablement la production alimentaire, à stimuler les récoltes mais à obliger les agriculteurs à dépendre des engrais toxiques vendus par les sociétés américaines.
Dans la version fictionnelle de cette tragédie, qui s'appuie sur des documents historiques et des interviews de survivants, les travailleurs agricoles sont en grève après que les propriétaires ont tué un leader populaire communiste. Ceux-ci essaient de les intimider au travail: ils imposent des amendes débilitantes, utilisent la police pour les intimider et agressent sauvagement les femmes dalit. Mais les gens affamés du village de Kilvenmani sont résolus dans leurs revendications pour la justice.
Alors les propriétaires envoient une escouade d’hommes de mains pour attaquer Kilvenmani, regroupant des dizaines de villageois dans une seule hutte et y mettent le feu. Pendant ce temps, beaucoup de villageois qui ont perdu des proches dans le massacre sont envoyés en prison.
Le roman ne plonge pas dans les mondes intérieurs des personnages ni ne possède de protagoniste réel. Mais Meena Kandasamy, une poétesse acclamée par la critique, essaie d'immortaliser l'histoire de la lutte d'une communauté entière.
À travers les voix aussi diverses que celles des intouchables ou des propriétaires terriens, l’auteure décrit ce massacre, se plaçant sous le patronage de l’irascible déesse Kurathi Amman.
Au-delà de l’émotion et de la colère provoquées par ces faits, l’auteure pose la question de la fiction et de ses limites en n’hésitant pas à malmener son lecteur.
C’est aussi un roman sur le processus de narration de ces événements. Le livre est divisé en quatre chapitres et dans les deux premiers, «Situation» et «Sols fertiles», l'auteure traite des différentes façons de raconter un récit.
Meena Kandasamy (en supposant que le narrateur et l'auteur soient les mêmes) réfléchit sur ses choix narratifs au fur et à mesure qu'ils se font, s'adresse directement à ses lecteurs pour les informer qu'ils n'obtiendront pas ce qu’ils espèrent. Parfois, elle parodie le style de la propagande d'un côté ou de l'autre du conflit entre les propriétaires et les ouvriers exploités.
Dans la seconde moitié du livre, les chapitres "Champ de bataille" et "Lieu de sépulture" forment un compte rendu puissant des événements, aidé par une écriture lyrique et sans concession.
Ce roman tendu, entre rage contenue, lyrisme et humour grinçant, nous donne un aperçu des forces qui ont contribué à la création de l’Inde moderne.
Un roman coup de poing dans sa forme comme dans son témoignage par la nouvelle voix forte de la littérature indienne.

Meena Kandasamy (né en 1984) est une poétesse, un écrivain de fiction, une traductrice et une militante indienne basée à Chennai (Tamil Nadu) en Inde. La plupart de ses œuvres sont centrées sur le féminisme et le mouvement anti-castes.
À partir de 2013, Meena a publié deux recueils de poésies, Touch (2006) et Mme Militancy (2010). Deux de ses poèmes ont remporté des distinctions dans les compétitions de poésie en Inde.
De 2001 à 2002, elle a édité The Dalit, un magazine bi-mensuel anglais alternatif du Dalit Media Network.
Elle a également représenté l'Inde au programme d'écriture internationale de l'Université de l'Iowa.
Outre ses œuvres littéraires, elle parle de diverses questions politiques contemporaines liées à la caste, à la corruption, à la violence et aux droits des femmes. Elle a une présence influente et régulière dans les médias sociaux, grâce à ses outils Facebook et Twitter, qu’elle utilise comme plate-forme politique. Elle écrit également, occasionnellement, des articles pour Outlook India et The Hindu.
Mais devenir le visage féministe de la protestation indienne peut avoir ses inconvénients notamment être victime de menaces explicites.
Ces menaces ont renforcé la conviction, de Meena Kandasamy selon laquelle la violence joue un rôle social «universel» en Inde, malgré sa réputation de pacifisme: « Le propriétaire pense qu'il va discipliner les Dalits. Le père pense qu'il discipline l'enfant désobéissant. Le mari pense qu'il discipline la femme déviante. La violence devient une action pour le bien général, pour enseigner. »
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Métamorphoses de l’Inde depuis 1947 de Emmanuel Derville (Ateliers Henri Dougier – 2017)

De l’indépendance en 1947 au géant économique de 2017, quels changements majeurs l’Inde a-t-elle vécus ?

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La légende des montagnes qui naviguent de Paolo Rumiz (Arthaud – 2017)


Huit mille kilomètres au fil des Alpes et des Apennins, cette colonne vertébrale de l'Europe. Paolo Rumiz nous embarque pour un voyage au long cours entre le printemps 2003 et l’été 2006.
De la baie de Kvarner en Croatie jusqu'au Capo Sud italien, il chevauche les deux grands ensembles montagneux de l'Europe, passant par les Balkans, la France, la Suisse et bien sûr l'Italie.
Parti de la mer, il arrive à la mer. Son récit vogue sur les cols et sommets dont les flancs plongent dans les ondes.
Rumiz, devenu capitaine, nous élève vers ces montagnes qui naviguent. Il nous fait découvrir des vallées sans électricité, des gares de chemin de fer habitées par des mouflons, des bornes routières de légende, des bivouacs sous la pluie au fond de cavernes ; et puis des curés braconniers, des gardiens de refuge, des chanteurs à la recherche de leurs racines comme Francesco Guccini ou Vinicio Capossela.
Des rencontres aussi avec l’alpiniste Walter Bonatti, les écrivains Ryszard Kapuscinski et Mario Rigoni-Stern, des politiques tels que Jörg Haider, précurseur des populismes européens.
Ce voyage, il le parcourt à bord d’un merveilleux véhicule de l’après-guerre, la Tipolino, la même qu’avait déjà utilisé Nicolas Bouvier lors de son périple conté dans l’Usage du monde. Comme lui, Paolo Rumiz voyage lentement, fuyant la plaine, les centres commerciaux, les autoroutes, les goûts et les modes de vie approuvés par la mondialisation et bien trop homogénéisés.
La légende des montagnes qui naviguent est aussi une analyse géographique, culturelle et sociologique de la péninsule italienne.

Paolo Rumiz est originaire de Trieste, l'ancien port de la marine austro-hongroise.
Les Triestins sont les derniers spécimens d'une civilisation engloutie, la Mitteleuropa, et d'une ville d'écrivains, de langues italienne, slovène, allemande, hébraïque: Umberto Saba, Italo Svevo, Boris Pahor, et aujourd'hui Claudio Magris. L'auteur du magnifique Danube est le voisin de Paolo Rumiz. Ils se croisent le soir, lorsque Magris sort son chien.
Trieste est une ville de province, mais elle a longtemps été le "sismographe de l'Europe". Paolo Rumiz en a ressenti les secousses. Il est né le 20 décembre 1947, le jour où la région fut coupée en deux zones pour stopper l'appétit de Tito. Le même jour, soixante ans plus tard, les accords de Schengen abolissaient les frontières intérieures. Paolo Rumiz ne s'en est pas remis, il a perdu ses marques. A ses yeux, elles garantissent les différences et sont une invitation au voyage.
Paolo Rumiz est atteint, chaque année, d'un étrange syndrome, l'inquiétude migratoire : « Chaque printemps, chaque automne, lorsque les couleurs et les odeurs changent, je suis saisi par une furieuse envie de partir. J'éprouve la même fébrilité que les canards de Sibérie, lorsqu'ils font leur toilette en ébouriffant leurs plumes, avant de filer vers le Grand Nord. Peut-être est-ce une nostalgie nomadique immémoriale? »
Paolo Rumiz est considéré comme un des plus grands écrivains italiens contemporains. Journaliste vedette à la Répubblica, il arpente l’Europe dont il a parcouru toutes les frontières, de l’Arctique à la mer Noire (Aux frontières de l'Europe – Folio, 2011). Reporter de guerre, il a traversé les Balkans ; écrivain-voyageur, il a franchi les montagnes à l’Ombre d’Hannibal (Folio, 2013), descendu le cours du Pô (Hoebëke, 2014) et a séjourné plusieurs mois sur une île de l’Adriatique (Le Phare, voyage immobile, Hoebëke, 2015).
Rumiz est l’auteur d’une douzaine de livres, tous best-sellers mondiaux.

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L'ascension du Mont Blanc de Ludovic Escande (Éditions Allary – 2017)


Ludovic Escande est plus habitué aux salons littéraires qu’aux bivouacs en haute montagne. Éditeur de profession (chez Gallimard, collection Blanche et directeur de L'Arpenteur), il rêvait depuis l'enfance de gravir le mont Blanc. Rêve impossible pensait-il.
Un soir (nous sommes au printemps 2014), il confie à son ami Sylvain Tesson qu’il traverse une période difficile alors qu’il est en pleine procédure de divorce. L’écrivain lui lance : « Mon cher Ludovic, on va t’emmener au sommet du Mont Blanc ! ».
Guidé par Sylvain Tesson (c’était avant sa chute) et Jean-Christophe Rufin, deux amis écrivains de longues dates, l'éditeur novice va ainsi effectuer l'ascension d'un sommet légendaire via la voie du Goûter, périlleuse pour un débutant. Mais c’est le plus court chemin pour retrouver goût au bonheur.
Entre temps, deux amis de Sylvain vont les rejoindre : le grimpeur Daniel Du Lac, montpelliérain, champion du monde d’escalade en 2007 et 2008, guide de haute montagne de part le monde et Christophe Raylat des éditions Guérin.
Ludovic Escande n’a jamais pratiqué l’alpinisme et souffre du vertige, de crises d’angoisse prononcées et de biens d’autres maux : « Je fume un paquet de cigarettes par jour, je m’endors grâce aux somnifères, je calme mes angoisses avec des anxiolytiques et je bois plus que de raison ».
Pourtant il accepte, sans réfléchir. S’il veut atteindre le toit de l’Europe, il devra affronter les glaciers à pic, les parois vertigineuses, la haute altitude et le manque d’oxygène.
Pari réussi malgré de dures et éprouvantes épreuves…
Mais Ludovic Escande n’en a pas fini avec les hauteurs car le récit se termine en haut des tours de Notre-Dame-de-Paris, après une escalade à 3h du matin, en compagnie de Sylvain Tesson, l’homme-araignée dont il trace un portrait attachant tout au long de ce périple.
Avec sincérité et humour, Ludovic Escande raconte cette folle ascension qui est aussi et surtout une formidable aventure amicale, littéraire et spirituelle.

La caméra sur l'épaule, Christophe Raylat va suivre deux jours durant l'ascension de la joyeuse cordée recueillant les témoignages émouvants de ces auteurs en quête de hauteurs...
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