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Au détour du Caucase de Clara Arnaud (Gaïa – 2017)


Voyager ne sert à rien. Pourquoi choisir les chemins de traverse, s'engager dans les replis accidentés du Caucase ?
En parcourant à pied et à cheval l'Arménie et la Géorgie, Clara Arnaud revient à l'essentiel.
Au rythme de la marche, les pas claquent, ceux du cheval répondent, et la pensée chemine, loin de la cacophonie et de l'urgence du monde : « Que va-t-on chercher en se traînant à pied par tous les temps en compagnie d’un cheval ? Il y aura des escales, des rencontres, de la pluie drue, des jours de froid et du soleil ravageur. On tanguera parfois, on piétinera, on filera au vent les jours allègres. Les semaines dureront une éternité, comme les étés de l’enfance, puis tout sera déjà fini. Au fond, on se moque de collectionner les rencontres et les paysages, les kilomètres et les courbatures. Partir n’est qu’un prétexte, et l’on pourrait tout aussi bien le faire au pied de chez soi si l’on était plus sage. L’important c’est le rythme, les pas qui claquent, ceux du cheval qui leur répondent, ces fragiles instants où l’on coïncide avec l’exacte pulsation du monde. On se dit que l’on tient là un alibi. »
Avec ce second récit de voyage qui est, aussi, une petite philosophie du voyage à l’usage de celles et ceux qui parcourent le monde, Clara Arnaud nous entraîne, en compagnie de ses chevaux de bât achetés pour l’occasion, Boy pour la partie arménienne, et Davaï pour la partie georgienne (même les chevaux peuvent être interdits de passage de frontière !), à travers des paysages sauvages, à la rencontre de personnages hauts en couleurs, rencontrés le long de ce périple entre Arménie et Georgie : « J’ai toujours eu une infinie tendresse pour les régions occultées, les zones grises de l’imaginaire collectif, ces territoires dont l’on ne sait rien, ou si peu. Une lubie qui m’avait menée dans les recoins du Pamir, entre Kirghizistan et Tadjikistan, à travers l’ouest de la Chine, étendues infinies du Xinjiang et du Qinghai, sur les pentes vertes du Lesotho et dans certaines vallées ariégeoises où les villages attendent qu’on vienne les repeupler. »
Malgré l’accueil extraordinaire des arméniens, Clara Arnaud ressentira le poids du génocide turc sur ce pays et la haine des musulmans, notamment à l’égard du pays voisin l’Azerbaidjan avec lequel une guerre larvée perdure à cause de l'enclave arménienne du Haut-Karabagh, en Azerbaïdjan.
La Georgie se fera plus bucolique même si le climat est rude, faisant souffrir nos deux pérégrins à travers cols de haute altitude et rencontres pastorales.
Comme dans ses précédents livres, les aventures, les rencontres s’enchainent au rythme de la marcheuse et le lecteur prendra beaucoup de plaisir à découvrir ces contrées peu fréquentées grâce à une écriture stylée et encore plus affinée qu’auparavant : « Il y a dans l’écriture ce même geste vain et magnifique. Quelque chose de la lutte contre l’effacement. Un travail d’apprivoisement du réel, que l’on approche, tente de retenir par les mots alors qu’il est déjà hors d’atteinte. Comme le mouvement du perchiste qui croit échapper durant une fraction de seconde à la pesanteur, alors que son corps ne s’élève que pour retomber. On écrit pour modeler ses souvenirs, leur injecter un peu de poésie. On construit des châteaux de sable : on se croit prince bâtisseur alors que l’on n’est qu’un corps pantelant face à la puissance de l’océan. »
Sans oublier ce rapport si personnel qu’entretient Clara avec ses chevaux : la nuit, elle se réjouit d’entendre sa monture malaxer la ration de luzerne, au matin sa première pensée s’adresse à son cheval et le soir elle cherche la meilleure pâture pour sonner la halte.
Saluons aussi les éditions Gaia pour l’intégration de cartes qui retracent avec facilité le cheminement de l’auteure car un récit de voyage ne peut se passer d’au moins une carte afin de rendre hommage à la géographie des lieux parcourus et permettre de suivre le périple aisément….Avis aux éditeurs qui oublient encore les cartes quand ils éditent des récits de voyage !

Née à Fontainebleau en 1986, Clara Arnaud grandit à deux pas de la forêt, entourée de chevaux. La lecture de récits d’aventure exacerbe ses rêves de voyage et, à 15 ans, elle découvre la langue chinoise. Une langue où les mots « oui » et « non » sont intraduisibles et où il est de mauvais ton d’émettre des arguments contraires à la pensée de son interlocuteur.
Quelques années plus tard, sur les bancs de l’Institut de géographie, Clara Arnaud prend conscience de la démesure du territoire chinois et s’interroge sur son unité : à quel prix administrer de si vastes espaces ?
Mais son premier voyage en Chine n’est pas pour tout de suite : à 16 ans, elle traverse l’Europe en train, du sud au nord ; à 17 ans, elle pédale seule au Québec et réitère l’expérience cycliste dans l’Ouest irlandais un an plus tard.
Puis, c’est au Kirghizistan que la porte sa farouche passion pour les montagnes et les chevaux. Elle atterrit à Bichkek chez la cavalière émérite Jacqueline Ripart, avec pour projet de chevaucher dans les monts Célestes. Elle passe finalement l’été sous la yourte d’un berger, en toute liberté, à se nourrir de lait de jument et de poisson pêché dans les torrents.
En 2008, après une année de préparation durant laquelle Patrick Fortier lui apprend la maréchalerie, Clara Arnaud s’envole seule pour la Chine avec pour projet de cheminer en compagnie de chevaux de bât, des monts Célestes jusqu’aux confins orientaux du plateau tibétain. Durant cinq mois, ce pays lui offre une expérience bouleversante qui culmine au Tibet et dont elle tire un récit aux éditions Gaïa : Sur les chemins de Chine qui lui vaut le Prix Terres Insolites 2010, le Prix littéraire de l'Asie 2010 de l'Association des écrivains de langue française, le Prix René Caillé des écrits de voyage 2011 et le Prix littéraire des grands espaces 2011.
Clara Arnaud travaille depuis sur des projets de développement international, et ses premières missions l’amènent au Sénégal, au Bénin et au Ghana, avant la République Démocratique du Congo.
Elle consacre son premier roman, L’orage (Gaïa - 2015), à Kinshasa, la capitale congolaise où elle restera deux ans et recevra pour cet ouvrage en 2016 le Prix ENS Cachan et le Prix de la ville de Quimper.
Elle séjourne actuellement au Honduras.
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Chroniques de Roumanie de Richard Edwards (Transboreal, Collection Voyage en poche – 2017)

Au pays des Carpates.....

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La Nostalgie du Mékong, Chronique heureuse du Laos de Marie-Claire Jacq (Transboreal, Collection Voyage en poche, 2017)

Un beau récit de vie au coeur du Laos.....

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Le tour de l'Inde en 80 trains de Monisha Rajesh (Éditions Aux forges de Vulcain - 2017)

 
Monisha Rajesh nous rappelle que «pour chaque règle, il y a 100 exceptions».
Ce livre magnifiquement écrit sur deux des plus grands atouts de l'Inde - son peuple et ses chemins de fer - se nourrit de ces exceptions.
Inspirée par Jules Verne, Monisha Rajesh, une jeune journaliste londonienne pour qui l'Inde est devenue un pays lointain et mystérieux, décide de se lancer dans un grand périple à travers la terre de ses ancêtres.
Elle a commencé en 2009 à se reconnecter avec ses racines indiennes. Le résultat est une vue spirituelle et perspicace de l’Inde sur son réseau de chemin de fer.
Quand elle a lu un article sur comment certaines compagnies aériennes indiennes pouvaient maintenant atteindre 80 villes, elle a décidé d'explorer les chemins de fer du pays, à travers 80 trains, accompagnée d'un ami photographe, surnommé «Passepartout» (basé sur le personnage du livre de Jules Verne, Autour du monde en quatre-vingts jours).
 
Elle va voyager, dormir et vivre sur ces trains merveilleux qui sillonnent l'Inde: trains de luxe ou trains miséreux, à travers les villes et les villages, jusqu'au sommet des montagnes, et au bord de l'océan. Elle va partir à la rencontre de l'Inde, vivre mille aventures, et peu à peu, se découvrir elle-même.
Sur le chemin, Rajesh a amplement le temps de penser, de réfléchir et de discuter avec ses interlocuteurs : un assortiment de maharajas moustachus, de sikhs, d'inspecteurs indignés, de rusés tireurs de rickshaw, etc.
 
Les descriptions sont ironiques et parfois hilarantes. Quand elle parle des gens qu'elle rencontre, ce qu'elle voit, ce qu'elle respire et ce qu'elle mange, c’est l’Inde qui apparaît telle qu’elle est aujourd’hui. Elle parle de la religion, des habitudes, des coutumes, de la façon dont les gens sont et comment ils pensent les choses.
Les trains eux-mêmes deviennent des personnages: la Reine Deccan (construit dans les années trente); Le «Lifeline Express», un hôpital mobile qui emmène les médecins vers les populations rurales de l'Inde; Les super-rapides Shatabdis et Durontos révolutionnant le réseau.
Elle nous fait également voir les trains différemment. Les différents types présents dans le pays et comment chacun d'eux est si différent de l'autre.
Elle explore aussi une question plus profonde: comment se sent-on en tant qu’émigrante de deuxième génération revenant dans la patrie de ses parents? Elle admet avoir passé l'infâme «test» de Norman Tebbit (elle soutient l'Angleterre dans les matchs de cricket contre l'Inde), et avoue presque normalement «l'Inde est le seul endroit où je me sens une étrangère».
À la fois récit de voyage, roman d'aventures vraies, journalisme narratif, récit d'un cheminement personnel, ce texte est une invitation à sortir de soi, à partir vers l'inconnu, pour devenir soi.

Monisha Rajesh est journaliste. Basée à Londres, elle écrit pour le Telegraph, le Guardian and TIME magazine.
Le Tour de l'Inde en 80 trains est son premier livre.

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Le rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako (Albin Michel – 2017)


Après Les Délices de Tokyo, porté à l’écran par Naomi Kawase, et sélectionné dans la catégorie « Un certain regard » du Festival de Cannes 2015, Durian Sukegawa signe un second roman tout aussi poétique, lumineux et original.
Le jeune Ryôsuke Kikuchi, 28 ans, manque de confiance en lui, un mal-être qui trouve ses racines dans la mort de son père lorsqu’il était enfant.
Après une tentative de suicide, sans repères, sans famille et sans emploi, le jeune homme plaque tout pour venir s’installer sur la petite île d’Aburi, au large des côtes japonaises, où son père a passé ses dernières années. Une île réputée pour ses chèvres sauvages où il va tenter de réaliser le rêve paternel : confectionner du fromage.
Une activité peu banale pour ce citadin habitué à la gastronomie nipponne… Mais ce n’est pas le plus difficile. Son plus gros challenge va être de s’intégrer auprès des locaux profondément ancrés dans leurs traditions… ce qui est loin d’être gagné…
Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour réaliser nos désirs ?
À travers les épreuves de Ryôsuke, Durian Sukegawa dépeint la difficulté à trouver sa voie et à s’insérer dans la société, et souligne le prix de la vie, humaine comme animale.
On retrouve dans Le Rêve de Ryôsuke toute la délicatesse et le charme des Délices de Tokyo.
Comme pour son premier roman, Durian Sukegawa nous montre une réalité qui est navrante, qui commence avec des questionnements. La vie n’est pas parfaite, mais nous ne devons pas rester sur nos échecs et avancer.
Le rêve de Ryôsuke est un très beau roman initiatique et poétique qui raconte l’histoire d’un homme en quête de rédemption.

Durian Sukegawa, nom de plume de Tetsuya Sukekawa, est un romancier et poète japonais.
Homme atypique, diplômé de philosophie, musicien et artiste de rue, il a de nombreuses fois défrayé la chronique, notamment avec son groupe l’Association des poètes qui hurlent – groupe de punk rock déclamant de la poésie contemporaine – ou une émission de radio prisée des jeunes qui trouvent en lui un interlocuteur à qui se confier.
Après Les Délices de Tokyo, Le Rêve de Ryôsuke est son deuxième roman traduit en français.
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