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En Chine d'Alexandre Trudeau (Editions Paulsen – 2017)

Quand un canadien donne la parole aux chinois.....

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Denali de Patrice Gain (Le Mot et le Reste – 2017)


Bienvenue au pays du nature writing, cette revanche de l'Ouest, loin, très loin de la côte Est où cette littérature s'épanouit entre Rocheuses et Montana.
Dans les territoires immenses du Montana donc, Matt Weldon, adolescent livré à lui-même et maltraité par l’existence, tente de renouer avec ses origines et fouille le passé d’un père décédé dans l’ascension de la montagne Denali (nouveau nom autochtone du Mont McKinley, le plus haut sommet d’Amérique du Nord, en Alaska, avec 6 194 mètres) et d’une mère internée. Il découvre au fil des jours une vie qu’il ne soupçonnait pas, partagé entre l’admiration et la stupeur.
Incontrôlable et dévasté, son grand frère Jack est habité par une rage qui le mettra en travers de sa quête et le conduira à commettre l’irréparable.
Comme Matt, le lecteur est aux prises avec la rudesse du monde rural et autarcique qui habite cette aventure, ne trouvant du répit que dans les instants où l’osmose avec la nature grandiose du Montana est salvatrice.
L’écriture acérée de Patrice Gain et sa capacité à immerger le lecteur dans son univers permettent le contraste du récit, entre réalisme cru et évasion poétique même si, à aucun moment, la tension ne retombe jamais.
Dans la lignée de Thoreau ou d'Emerson, ou d’auteurs comme Pete Fromm, John Haines, David Vann ou Rick Bass, Patrice Gain se fait l’observateur subtil du monde naturel. Comme eux son roman ne prend pas simplement la nature pour cadre : il en fait un élément central de la narration, qui marque profondément le destin des hommes en nous entraînant au cœur des ténèbres de l'âme humaine, avec en filigrane, une relation fraternelle tiraillée entre l’amour et l’autodestruction.

Patrice Gain est né à Nantes en 1961 et habite un chalet dans la vallée du Giffre, en Haute-Savoie.
Professionnel de la montagne, ingénieur en environnement, les territoires d’altitudes et les grands espaces l’attirent depuis toujours. Des voyages pour voir plus large. Du blues pour écrire, comme une béquille.
Aux éditions Le mot et le reste il est déjà l’auteur de La Naufragée du lac des Dents Blanches.
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Carnets ferroviaires, Nouvelles transeuropéennes, collectif (Zoé – 2017)

Quand la littérature suisse prend le train en marche.....

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Voyager de Russell Banks (Actes Sud – 2017)


Russel Banks n’a jamais cessé de nourrir le désir d’évasion qui lui est consubstantiel depuis l’enfance, et qui l’a notamment conduit des îles de la Caraïbe aux sommets de l’Himalaya ou des Andes.
Dans ce captivant recueil de récits, qui est aussi un véritable livre de vie, Russell Banks, explorateur impénitent, invite son lecteur à l’accompagner dans ses plus mémorables voyages – des Caraïbes à l’Himalaya en passant par l’Écosse. Entretien avec Fidel Castro à Cuba, folles virées en voiture à l’époque hippie et retrouvailles vingt ans après à Chapel Hill, expériences diversement radicales, fugue à Edimbourg pour épouser dans le secret sa quatrième femme, autant d’étapes formatrices au fil desquelles l’écrivain interroge sa relation au monde, revisite en toute honnêté les rapports qui furent les siens avec ses quatre épouses successives, ou s’embarque pour de nouvelles formes de quête de soi en mettant son corps et son mental à l’épreuve lors d’exigeantes ascensions.
Entrelaçant, de paysage en paysage, histoire personnelle, contexte politique et social, dimension historique, cette relation de ses voyages se fait examen de conscience et méditation profonde. Elle ouvre, chez le lecteur, un chemin vers le cœur et l’âme d’un romancier aussi fameux que respecté.

Russell Banks déploie un véritable génie à décrire ces vies brisées de notre monde, qui dans un mélange de frustration et de colère, survivent dans les villes déglinguées du New Hampshire aux bidonvilles de la Jamaïque. Cet auteur incarne paradoxalement ce qu’il a toujours dénoncé : le rêve américain.
Lui qui naquit ancien prolo, tour à tour plombier, placeur de livres, étalagiste, vendeur de chaussures, un temps vagabond, il finit ses études à force d’énergie et se voit consacré écrivain.
Russell Banks s’impose aujourd’hui comme l’un des plus grands romanciers américains actuels, maintes fois récompensé de par le monde. Il est également auteur de scénarios pour Hollywood et deux de ses romans ont été adapté au cinéma : Affliction et De Beaux lendemains (Grand Prix du Festival de Cannes 1997). Il est également membre de la prestigieuse American Academy of Arts and Letters.
Ses livres donnent une voix à ceux que les accidents de l’existence ont laissés sur le bas-côté : enfants abandonnés ou meurtris dans Sous le règne de Bone, marginaux et solitaires peuplant les caravanes de Trailerpark, petites gens trahis par leur sort malgré leur courage dans Continents à la dérive. Mais l’auteur n’oublie pas les hommes d’exception, à mi-chemin de la folie et du génie, tel que l’abolitionniste de Pourfendeur de nuages dont l’action mena à la guerre de Sécession.
Russell Banks nous embarque dans de fascinantes histoires de trahisons familiales, amoureuses et, en filigrane, politiques. Regard lucide sur la vie américaine, il osait en 2004 dans American Darling questionner les ambiguïtés humaines et décrire les pièges et les ravages d’une politique impérialiste, nous dévoilant l’envers de l’histoire (la création de l’État du Liberia, invention américaine et toile de fond du récit).
La Réserve paru en 2008, raconte l’histoire d’un amour impossible entre un peintre et une jeune femme de bonne famille, une passion imprévisible et dramatique qui révèle un conservatisme des plus rigoureux.
L’auteur s’intéresse également au phénomène de la numérisation de la vie et notamment à la transformation de l’intimité et de l’objet érotique en pornographie dans son roman publié en 2012, Lointain souvenir de la peau.
En 2015, il sort Un membre permanent de la famille, un recueil de douze nouvelles. C’est dans un style plus intime et musical que Russell Banks pratique la nouvelle dont le rythme accompagne encore le lecteur à la fin de l’oeuvre. Séries de portraits, les intrigues témoignent d’histoires banales mais masquent des relations complexes de familles qui se font et souvent se défont par des divorces.
Il revient en 2017 avec Voyager, un recueil de récits sur ses voyages à travers le monde, une quête d’ailleurs qui est aussi l’occasion d’une découverte de soi : une véritable ode au voyage.
Son œuvre, traduite dans plus de vingt langues, a reçu de très nombreuses distinctions et récompenses. Il vit en alternance dans le Nord de l’état de New York et à Miami.
En France, toute l’œuvre de Russell Banks est publiée par les éditions Actes Sud. Avant-dernier titre paru en 2016: Continents à la dérive (dans une nouvelle traduction de Pierre Furlan)

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Robinsons père et fils de Didier Tronchet (Élytis – 2017)

Un très joli récit familial à Madagascar.......

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Une très légère oscillation de Sylvain Tesson (Les Equateurs – 2017)


Sylvain Tesson, écrivain et aventurier publie "Une très légère oscillation", journal des trois dernières années ( 2014 – 2017) marquées par ses voyages, et par une longue convalescence.
L'oscillation évoquée par Sylvain Tesson dans son ouvrage évoque celle qui s'opère en lui, régulièrement, de l'ombre à la lumière. Dans la part de l'ombre, son idée de l'avenir : "On peut corriger son pessimisme par un appétit de l'immédiat : c'est du pessimiste joyeux, trouver de l'oscillation grâce à l'écriture".
La géographie de Sylvain Tesson est vaste. Elle couvre Paris, les toits de Notre-Dame, les calanques de Cassis, les montagnes de Chamonix, l'Irak, l'Ukraine, la Russie.
Il y a les expéditions et les voyages intérieurs, les bivouacs d'un soir et les méditations d'un jour, mais aussi les escalades des parois et les descentes au fond des livres.
Entre les mots se dessine l'écriture d'un destin. Alors que son dernier livre Sur les chemins noirs raconte son voyage du sud de la France au Cotentin, Une très légère oscillation est un miroir le long d'autres chemins.
Le journal de Sylvain Tesson oscille entre le Manuel d'Epictète et les pensées de Jules Renard. Il nous incite à jouir de l'instant, à ne rien attendre du lendemain et à s'extasier des manifestations du vivant : une branche dans le vent, le reflet de la lune. C'est la chose la plus difficile au monde que de reconnaître le bien-être dans ses expressions les plus humbles, de le nommer, le saisir, le chérir. Savoir qu'on est en vie, que cela ne durera pas, car tout passe et tout s'écoule.
« Un journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l’existence ? Toute vie est une convulsion : une semaine se passe au soleil, une autre dans l’ombre, un mois dans la paix, un autre sur la crête. Tout cela ne fait pas un destin, mais un effroyable battement, une trémulation de cauchemar. Le journal est la bouée de sauvetage dans l’océan de ces errements. Chaque soir, on y revient. On lui voue sa fidélité. Et grâce à lui une ligne se dessine, la vibration s’apaise en une très légère oscillation. »
Tout intéresse Sylvain Tesson. Sa panoplie littéraire enveloppe l'actualité la plus brûlante : Daech, les attentats, l'islam, le pape, la politique française mais aussi l'intemporel, la poésie, le spirituel.
Humour avec de savoureux aphorismes et poésie sont ses deux lignes de vie même quand il chute d'un toit et se retrouve hospitalisé pendant de longs mois à la Salpetrière, épisode relaté, dans son journal, par un chapitre titré "Un beauf sur le toit" : "Je suis affligé par cette pathologie consistant à être prêt à me jeter par la fenêtre pour un bon mot. Là j'en ai fait un, mais ça m'a coûté cher".
De ce journal apparaît en filigrane un écrivain brillant curieux du monde mais toujours aussi méfiant et déçu des humains : « J'adore le vivre-ensemble quand c'est avec mes livres dans ma bibliothèque, sinon je préfère rester seul. »
Les textes de ce journal couvre la période Janvier 2014 - Mars 2017. Ils ont été publiés dans Le Point (où Sylvain tient, chaque mois, son bloc-notes), Philosophie Magazine et Grands Reportages. Ils ont été remaniés pour la présente édition de ce journal.

Sylvain Tesson est notamment l'auteur aux Équateurs de Petit traité sur l'immensité du monde, Éloge de l'énergie vagabonde, Géographie de l’instant ainsi que de plusieurs recueils d’aphorismes.
Sylvain Tesson a remporté le Goncourt de la nouvelle en 2009 pour Une vie à coucher dehors (Gallimard) et le Prix Médicis Essai en 2011 pour Dans les forêts de Sibérie (Gallimard), qui a été adapté au cinéma en 2016.
En 2016, il a publié Sur les chemins noirs (Gallimard).



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Robinson des glaces, 28 jours aux confins des espaces vierges du haut Arctique de Emmanuel Hussenet (Les Arènes – 2017)

Une aventure hors du commun pour la planète

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Lettres du Bosphore de Sébastien de Courtois (Le Passeur – 2017)


Au regard de l’actualité, la Turquie semble entrer dans une longue nuit. Pourtant Istanbul résiste et survit, phare dans le pays qui sombre.
Sébastien de Courtois y réside depuis sept ans et raconte la vie quotidienne des Stambouliotes qu’il côtoie.
Ainsi, l’auteur déambule dans les dédales de ruelles des vieux quartiers de Beyoglu face aux côtes d’Asie, fait escale dans les nombreuses meyhane (maisons de vin) bruyantes et enfumées, parcourt la rue des luthiers qui descend depuis le couvent des derviches tourneurs jusqu’à la Corne d’or, ou aime à grimper vers un café sur les hauteurs d’où l’on peut s’extraire de la frénésie de la ville.
« Istanbul est une ville qui m’a toujours intéressé, avec laquelle j’ai entretenu dès le début une relation passionnelle et ambivalente. Je me souviens encore des premières odeurs, lors d’un premier voyage dans les années 1990, lorsque je me suis fourré dans les artères tortueuses de son bas-ventre et que, le sommeil ne venant pas, je suis parti dans une errance mélancolique sur les rives du Bosphore, des heures la tête tournée vers les étoiles, pensant qu’elles devaient avoir ici un éclat différent. J’avais besoin de ce genre de compromis, celui d’une ville intense et le besoin de dépaysement. Les gens d’Istanbul sont aussi à part et accueillants. »
Le livre de Sébastien de Courtois est inclassable, tout à la fois guide, témoignage et récit au travers d’une longue errance intimiste dans cette mégalopole à la charnière de deux continents. Une ville de plus de 15 millions d’habitants, tout à la fois capitale dynamique et solaire, cœur d’une «movida» d’une Turquie s’affirmant comme une nouvelle puissance régionale émergente, et en même temps cité imprégnée du «hüzün», la mélancolie, cette humeur noire flottant sur les ruines des empires défunts, que raconte le romancier et Prix Nobel Orhan Pamuk, comme lui «guetteur de la beauté accidentelle».
Partout, le même constat : Istanbul est un endroit où l’on sait boire, où les restaurants ne désemplissent pas, où la musique jaillit partout, et où la vie continue de manière acharnée quoiqu’il arrive.
Sébastien de Courtois n’est plus un touriste, ni même un voyageur, vivant là depuis déjà des années. Son Istanbul, c’est aussi celui des révoltes, celle de Taksim pour la défense des arbres du parc Gezi, avec l’occupation pendant trois semaines de ce lieu, «laboratoire d’idées sous les étoiles», selon l’expression du jeune romancier Hakan Gunday. Cette ville est à la fois plus que la Turquie et la Turquie elle-même, ce pays qu’il aime «parce qu’il est la chose la plus étrange et barbare que nous ayons à nos côtés».
Ces chroniques de la vie quotidienne, sensibles, emplies de chaleur et d’humanité, à la rencontre des habitants de l’ancienne Constantinople, sont loin du prisme, forcément parcellaire, et du marasme décrits par les médias français.
Une invitation à la rencontre des Stambouliotes d’aujourd’hui qui montrent que la vie continue de manière acharnée malgré le virage inquiétant que semble prendre la Turquie.

Sébastien de Courtois vit à Istanbul depuis plusieurs années.
Producteur à France Culture, grand voyageur et spécialiste des chrétiens d’Orient, il est l’auteur notamment d’Éloge du voyage. Sur les traces d’Arthur Rimbaud (2013), Siméon de Bulgarie, un destin singulier (2014), Sur le Fleuve de Babylone, nous pleurions (2015).
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