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Sous les lunes de Jupiter de Anuradha Roy (Actes Sud – 2017)

 
Nomita, âgée de sept ans, est le témoin de l'assassinat de son père par des hommes armés, de son frère et de l’abandon de sa mère – et cela en quelques jours. Cette expérience brutale ouvre le nouveau roman d'Anuradha Roy.
La jeune fille finit dans un ashram-orphelinat, géré par un gourou de renommée internationale, avant d'être adoptée à l'étranger.
Après son adoption, Nomi grandit en Norvège, parmi des forêts de bouleaux, à proximité de lacs baignés de lumière les nuits d’été. Mais cette jeunesse scandinave est hantée par des souvenirs d’une autre vie : les couleurs vives des saris sous un soleil impitoyable, le lancinant croassement des corbeaux et le regard perçant de Guruji, l’homme qui régnait en maître dans l’ashram où la fillette a été recueillie après que la guerre a fait disparaître tous les siens.
Mais surtout elle continue d'être hantée par le souvenir d'avoir été abusée sexuellement, par Guruji, pendant son temps dans l'orphelinat.
Nomi Frederiksen, 25 ans, revient donc en Inde, à Jarmuli, petite ville sainte du golfe du Bengale, pour faire des repérages sur un film documentaire, mais peut-être qu'en réalité elle cherche son propre passé en replongeant dans celui-ci et en s’appliquant à reconstituer les émotions de ses premières années pour en défier la douleur.
À l’occasion de ce retour, elle croise d’autres personnages dont la trajectoire entre en résonance avec son propre parcours : elle rencontre trois femmes âgées, Gouri, Latika et Vidya, voyageant ensemble pour faire le pèlerinage de leur vie - des amies de longue date qui ont toutes leurs propres secrets et regrets, espoirs et ambitions, un guide touristique fantaisiste Badal qui éprouve des sentiments pour un jeune homme sans oublier les personnes qui gravitent autour de l’Ashram, un marchand de thé, un jardinier, et les autres petites filles.
L'Inde est évoquée dans le gingembre et les clous de girofle broyés dans une tasse de thé, dans le parfum du pamplemousse, dans la poussière, le bruit, les foules, la couleur des saris, l'odeur des épices et surtout, dans la honte de parler de sexualité et de violence sexuelle.
La prose ciselée d’Anuradha Roy lui permet d'exposer les hypocrisies de la société indienne en soulevant de nombreuses questions brûlantes sur le pouvoir de la mémoire et du mythe, sur l'hypocrisie religieuse par les crimes commis à l'encontre des filles et des femmes indiennes au nom de la sanction divine et des rituels d'initiation dans une société imprégnée de religiosité, sur l'innocence perdue, le déplacement, l'amitié, la survie, l'amour non conventionnel, le rejet et la douleur.
Anuradha Roy a utilisé l'arme la plus puissante dans l'arsenal d'un écrivain - la forme du roman, avec sa capacité à être simultanément universelle et particulière - pour démasquer avec audace le visage caché de la spiritualité indienne.
Avec ce troisième roman, Anuradha Roy, dont l’écriture allie magistralement retenue et engagement, s’impose comme une voix forte de la littérature indienne contemporaine.

Anuradha Roy est née en 1967. Après des études à Calcutta et à Cambridge, elle a travaillé comme journaliste pour plusieurs quotidiens et magazines indiens.
Elle codirige actuellement la maison d’édition Permanent Black et réside à Ranikhet, petite ville nichée à 2 000 mètres dans l’Himalaya.
Sous les lune de Jupiter, son troisième roman, a remporté le prestigieux DSC Prize for Fiction 2016 d’une valeur de 50 000 $, décerné chaque année au meilleur ouvrage de fiction d’Asie du Sud. Le prix a été annoncé à Colombo et lui a été remis par le Premier Ministre du Sri Lanka.
Actes Sud a publié ses deux premiers romans Un atlas de l’impossible (2011) et Les Plis de la terre (2013).

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Gentilles filles, braves garçons de Roopa Farooki (Gaia – 2017)

 
Le sixième roman de Roopa Farooki est une saga familiale tentaculaire sur trois continents et trois générations retraçant la vie de la famille Suddeq au Pendjab de 1938 à 2009.
Quatre frères et sœurs qui grandissent à Lahore dans les années 1940, deux garçons et deux filles - Sully, Jakie, Mae et Lana, vivants, dans une maison pleine de serviteurs, avec leur père et soumis à une mère manipulatrice et tyrannique qui voulait juste faire d'eux « de gentilles filles et de braves garçons ».
L'histoire suit ces personnages dans un entrecroisement d’histoires, d'une enfance à Lahore jusqu’en Angleterre à Londres et aux États-Unis à New-York durant plus de quatre décennies jusqu’au moment où ils se retrouvent à la mort de leur mère.
Dès la naissance, les enfants Suddeq sont victimes du déterminisme de leur sexe et des attentes sociales de leur famille. Les garçons veulent partir, aller à l'étranger pour étudier la médecine et revenir, peut-être, en tant que notables ayant réussi. Les filles seront, elles, dévouées, soumises à la perspective d'un mariage arrangé et bonnes à sauvegarder le statut social le plus élevé de la famille.
Le roman retrace leurs tentatives pour se construire une vie pour eux-mêmes en essayant de s’affranchir du carcan culturel et traditionnel de cette famille Punjabi mais avec des sentiments de culpabilité ou de ressentiment durables.
Quitter la maison est une chose. Survivre dans une autre culture en est une autre.
Sully se marie en dehors de sa religion avec une hindou et Jakie vit son homosexualité avec un Irlandais du Nord, tandis que les filles, mariées par leur mère, quittent leur mari et élèvent leurs enfants selon les valeurs occidentales.
De part sa taille (plus de 440 pages), le livre peut sembler difficile à lire dans son déroulement par ses aller-retour dans le temps et l’espace, mais il reste passionnant, grâce aux nombreux sujets abordés: le viol et la violence domestique; le racisme, le sexisme et l'homophobie; les affrontements culturels, les secrets de famille et les effets sur les enfants des choix parentaux.
À l'heure où l'on enterre ses morts, tous quatre retournent au pays et reviennent sur ce que furent leurs choix au-delà des frontières culturelles, sexuelles et générationnelles.

Roopa Farooki est née à Lahore, au Pakistan, en 1974, d’un père pakistanais et d’une mère bengali et a grandit à Londres.
Après des études de philosophie, de politique et d’économie à Oxford, elle travaille un temps dans la publicité.
Depuis 2004, Roopa Farooki se consacre à l’écriture et partage sa vie entre le sud de l’Angleterre et le sud-ouest de la France.
Elle écrit des romans qui témoignent du multiculturalisme du monde en marche. Sont déjà parus chez le même éditeur et chez Actes Sud dans la collection Babel : Le choix de Goldie (2011), La petite boutique des rêves (2012), Les choses comme je les vois (2013), Le temps des vrais bonheurs (2014) et L’art acrobatique de la fugue (2015). Elle vient d’entreprendre des études de médecine. Ses romans sont régulièrement sélectionnés pour le Orange Award.
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À vélo, dans les vignes de Toscane de Emiliano Gucci (Elytis – 2017)

À travers l'une des plus belles régions d'Italie....

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Une bouffée d'air pur de Amulya Malladi (Mercure de France – 2017)

 
« J’ai senti mes poumons comme écorchés en dedans par des ongles, comme si quelqu’un avait lancé de la poudre de chili rouge dans mes narines. J’ai inhalé à nouveau et c’était pareil. J’ai grippé ma gorge et fermé les yeux qui me brulaient et larmoyaient. Puis j’ai tenu le bord de mon sari contre mon nez dans l’espoir de dissiper quelque peu les épices dans l’air mais rien ne parvenait à assainir l’atmosphère… Si Prakash était venu me prendre à l’arrivée de mon train deux heures plus tôt, j’aurais été sauvée, hurlai-je intérieurement… »
On est à Bhopal, en Inde, le soir du 3 décembre 1984, quand l’usine de gaz de l’Union Carbide explose, faisant des milliers de morts et de blessés.
La jeune Anjali attendait ce jour-là son mari Prakash, officier dans l'armée, à la gare. Très indifférent à son égard, il a oublié de venir la chercher. Anjali survivra miraculeusement. Son mariage non.
Suite aux conséquences de cette terrible catastrophe sur sa santé, elle exigera le divorce, ce qui est alors très choquant dans la bonne société indienne.
1984 a été une année horrible pour l'Inde. Mis à part la tragédie de Bhopal, le pays a été déchiré par les émeutes hindous-sikhs qui se sont produites après que le premier ministre Indhira Gandhi eut été assassinée par ses deux gardes du corps Sikhs.
Enseignante en anglais, intelligente et ayant réussi, Anjali est maintenant remariée à Sandeep, un professeur aimant et stable qui l’aime et qu’elle aime. Leur vie serait presque parfaite, si ce n’était la santé déclinante de leur jeune fils, Amar, gravement handicapé physiquement, une conséquence des séquelles d’Anjali à l’exposition aux produits chimiques à Bhopal.
Les luttes d'Anjali pour concilier les rôles d'épouse et d'ex-femme, de femme et de mère, éclairent à la fois la dualité fascinante de la femme indienne moderne et les choix difficiles que toutes les femmes doivent faire.
Un jour pourtant, Anjali revoit par hasard son premier mari – qui découvre alors les catastrophiques suites de son insouciance d’autrefois. Peut-on oublier, peut-on pardonner, peut-on réparer ?
Dans un langage simple, Amulya Malladi raconte une histoire simple d'amour, de trahison, de jalousie, de culpabilité et de pardon avec une incroyable capacité à examiner et à explorer les émotions humaines.
Ce roman, sensible et émouvant, est riche de connaissances sur la culture et la psychologie indiennes, alors qu'il présente des vérités qui sont universelles.

Amulya Malladi est née en Inde et y a fait ses études avant de partir vivre plusieurs années aux États-Unis – où elle a débuté sa carrière d’écrivain.
Une bouffée d’air pur, son premier roman, a tout de suite eu du succès, suivi par cinq autres, traduits en plusieurs langues.
Elle vit aujourd’hui au Danemark, avec son mari danois et leurs deux fils. Elle n’avait encore jamais été publiée en français.
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