Cédric Gras a eu l’occasion d’apprendre le russe et de sillonner la Fédération en tout sens. Aussi est-il un fin connaisseur de l’âme russe.
L’auteur, qui a notamment créé et dirigé l’Alliance française de Donetsk, dans le Donbass, jusqu’à la guerre, relate de l’intérieur ce conflit absurde et tragique qui déchire l’Ukraine.
Pour cela il a choisi de retracer ces évènements en nous racontant, par la magie de la fiction, le road-trip tragi-comique de deux amis d’enfance qui traversent leur Donbass natal en 2014, en Ukraine, entre guerre civile et mines d’anthracite, région russophone qui vient de faire sécession pour rejoindre la Russie.
Le chef d’orchestre de l’opéra de Donetsk, Vladlen (contraction de Vladimir Lénine), s’entête à jouer l’hymne national. Il est contraint à une fuite éperdue à bord de la Volga soviétique d’Émile, un ami d’enfance. Celui-ci a toujours travaillé dans l’extraction de l’anthracite, le charbon qui a fait la renommée du Donbass à travers toute l’URSS. La steppe est morne et hérissée d’usines sidérurgiques. Ils se disputent au sujet de la révolution pro-européenne de Maidan. Ils errent dans les ruines de l’URSS.
Émile pleure sa femme qui l’a quitté lorsqu’il ramassait des tomates au Portugal. Vladlen songe à utiliser ses antiques racines grecques pour fuir définitivement une Ukraine en décomposition. Mais pas sans Essénia, son nouvel amour.
« À l’hiver 2014, dans une Ukraine survoltée, la foule furieuse se mit à dézinguer toutes les idoles communistes. Elle détruisait les plâtres, les granits, les bronzes, la fonte, les effigies, elle abattait les grands Lénine, les petits, les statues où il montrait la voie (sans issue). Elle cognait le spectre d’une URSS qui la hantait. Elle défoulait sa haine contre les fantômes soviétiques, taillant tout cela en pièces et veillant jusqu’à l’aube, comme si les sculptures avaient eu le pouvoir de se redresser à la faveur de la nuit. Et d’une certaine manière c’est ce qui arriva : l’empire fut ravivé. »
Anthracite est un roman avec des accents lyriques, quand il s’agit de décrire les paysages, les villages et la nature ukrainienne, et parfois drôles quant aux portraits de personnages atypiques russophones nostalgiques ou ukrainiens révoltés, tracés à la serpe, rencontrés au gré de la traversée.
Un premier roman original sur une Ukraine dont on parle mal inopportunément dans une presse formatée.

Cédric Gras, qui a 34 ans, a vécu et voyagé dix années entre la Russie et l’Ukraine.
Géographe fou de voyages, Cédric Gras est un amoureux des confins russes qu’il explore avec passion, avalant les kilomètres à pied, en stop ou en train, là où les Russes eux-mêmes ne mettent pas forcément les pieds.
Il a publié, en 2011 chez Phébus, le récit de ses années passées à Vladivostok.
En 2013, il publie Au Nord, c’est l’Est, un récit fascinant dans lequel il invite le lecteur à envisager que le Nord russe se situerait en réalité...à l’Est ! Pour écrire cet ouvrage Cédric Gras a parcouru des milliers de kilomètres, bravant les intempéries, échangeant avec les autochtones, à la découverte de ces territoires austères et reculés. De la Carélie au fleuve Amour, de la Crimée à la mer du Japon, des immenses steppes de Mongolie à Magadan, Cédric Gras nous entraîne à la rencontre de ces archipels humains de la Sibérie Orientale que le pouvoir exploite à coups de décrets depuis l’époque soviétique...
Après la publication en 2014 d’un recueil de douze nouvelles nourri par ses aventures à travers le globe, Le Cœur et les Confins, toujours chez Phébus, il revient un an plus tard avec un récit de ses voyages en Russie L’hiver aux trousses, cette fois chez Stock.
D’une plume précise, parfois traversée de fulgurances poétiques, l’écrivain-voyageur-diplomate en profite pour multiplier de sages et sensées considérations sur l’énigmatique patrie de Poutine... et de Tchékhov.
Anthracite est son premier roman.