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Anthracite de Cédric Gras (Stock – 2016)


Cédric Gras a eu l’occasion d’apprendre le russe et de sillonner la Fédération en tout sens. Aussi est-il un fin connaisseur de l’âme russe.
L’auteur, qui a notamment créé et dirigé l’Alliance française de Donetsk, dans le Donbass, jusqu’à la guerre, relate de l’intérieur ce conflit absurde et tragique qui déchire l’Ukraine.
Pour cela il a choisi de retracer ces évènements en nous racontant, par la magie de la fiction, le road-trip tragi-comique de deux amis d’enfance qui traversent leur Donbass natal en 2014, en Ukraine, entre guerre civile et mines d’anthracite, région russophone qui vient de faire sécession pour rejoindre la Russie.
Le chef d’orchestre de l’opéra de Donetsk, Vladlen (contraction de Vladimir Lénine), s’entête à jouer l’hymne national. Il est contraint à une fuite éperdue à bord de la Volga soviétique d’Émile, un ami d’enfance. Celui-ci a toujours travaillé dans l’extraction de l’anthracite, le charbon qui a fait la renommée du Donbass à travers toute l’URSS. La steppe est morne et hérissée d’usines sidérurgiques. Ils se disputent au sujet de la révolution pro-européenne de Maidan. Ils errent dans les ruines de l’URSS.
Émile pleure sa femme qui l’a quitté lorsqu’il ramassait des tomates au Portugal. Vladlen songe à utiliser ses antiques racines grecques pour fuir définitivement une Ukraine en décomposition. Mais pas sans Essénia, son nouvel amour.
« À l’hiver 2014, dans une Ukraine survoltée, la foule furieuse se mit à dézinguer toutes les idoles communistes. Elle détruisait les plâtres, les granits, les bronzes, la fonte, les effigies, elle abattait les grands Lénine, les petits, les statues où il montrait la voie (sans issue). Elle cognait le spectre d’une URSS qui la hantait. Elle défoulait sa haine contre les fantômes soviétiques, taillant tout cela en pièces et veillant jusqu’à l’aube, comme si les sculptures avaient eu le pouvoir de se redresser à la faveur de la nuit. Et d’une certaine manière c’est ce qui arriva : l’empire fut ravivé. »
Anthracite est un roman avec des accents lyriques, quand il s’agit de décrire les paysages, les villages et la nature ukrainienne, et parfois drôles quant aux portraits de personnages atypiques russophones nostalgiques ou ukrainiens révoltés, tracés à la serpe, rencontrés au gré de la traversée.
Un premier roman original sur une Ukraine dont on parle mal inopportunément dans une presse formatée.

Cédric Gras, qui a 34 ans, a vécu et voyagé dix années entre la Russie et l’Ukraine.
Géographe fou de voyages, Cédric Gras est un amoureux des confins russes qu’il explore avec passion, avalant les kilomètres à pied, en stop ou en train, là où les Russes eux-mêmes ne mettent pas forcément les pieds.
Il a publié, en 2011 chez Phébus, le récit de ses années passées à Vladivostok.
En 2013, il publie Au Nord, c’est l’Est, un récit fascinant dans lequel il invite le lecteur à envisager que le Nord russe se situerait en réalité...à l’Est ! Pour écrire cet ouvrage Cédric Gras a parcouru des milliers de kilomètres, bravant les intempéries, échangeant avec les autochtones, à la découverte de ces territoires austères et reculés. De la Carélie au fleuve Amour, de la Crimée à la mer du Japon, des immenses steppes de Mongolie à Magadan, Cédric Gras nous entraîne à la rencontre de ces archipels humains de la Sibérie Orientale que le pouvoir exploite à coups de décrets depuis l’époque soviétique...
Après la publication en 2014 d’un recueil de douze nouvelles nourri par ses aventures à travers le globe, Le Cœur et les Confins, toujours chez Phébus, il revient un an plus tard avec un récit de ses voyages en Russie L’hiver aux trousses, cette fois chez Stock.
D’une plume précise, parfois traversée de fulgurances poétiques, l’écrivain-voyageur-diplomate en profite pour multiplier de sages et sensées considérations sur l’énigmatique patrie de Poutine... et de Tchékhov.
Anthracite est son premier roman.

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André Malraux et la reine de Saba de Jean-Claude Perrier ( Éditions du cerf – 2016)


Une légende vivante part à la découverte d’un mythe englouti. Un aventurier du XXe siècle se met en quête d’une souveraine qui régna trois mille ans plus tôt. Un lauréat du Prix Goncourt accomplit son rêve d’enfance en recherchant dans les sables le fantôme d’une femme couronnée et les vestiges oubliés de sa cité fabuleuse.
Il fallait l’écrivain, l’archéologue littéraire et le voyageur qu’est lui-même Jean-Claude Perrier pour ressusciter l’expédition que mena André Malraux, en 1934, au Yémen, pour retrouver la reine de Saba. La Reine de Saba, rappelons-le, aurait régné au Xe siècle avant Jésus-Christ sur un territoire correspondant au Yémen, au nord de l’Éthiopie et à l’Érythrée actuels.
Rejoindre l’Orient littéraire, replonger dans la Bible et le Coran, relire Flaubert et Lawrence d’Arabie, compulser encore une fois des cartes muettes, emprunter à nouveau les ailes de Mermoz et de Saint-Exupéry, tutoyer l’aviateur Corniglion-Molinier par-delà la mort, arpenter inlassablement le désert et rêver les ruines : le cadet refait ici le voyage de l’aîné.
Ce n’est pas la première fois que Malraux part ainsi sur les traces de civilisations anciennes : il avait déjà exploré les merveilles d’Angkor et même pillé (partiellement) le superbe temple de grès rose de Banteay-Srei ; de même était-il parti en Afghanistan en 1930 à la recherche des fameuses têtes gréco-bouddhiques, emblématiques d’un art né sur ces terres après le passage d’Alexandre le Grand. Mais l’« aventure géographique » qu’il entreprend ici semble plus chimérique, car n’écrit-il pas lui-même que de cette ville inconnue, nous ne savons rien qui ne soit légendaire ?
Jean-Claude Perrier qui reconstitue cette aventure « farfelue » – un mot fétiche de Malraux, nous dit-il – souligne à quel point l’écrivain semble ici courir après un rêve d’enfant.
C’est donc le 23 février 1934 que Malraux quitte Orly à bord d’un Farman, avec ses deux compagnons d’expédition, en direction de Djibouti. Jean-Claude Perrier reconstitue le périple, ses escales, sa durée, ses aléas climatiques et les risques encourus. Et nous apprend que le survol de Saba aura duré en tout et pour tout… un quart d’heure ! « Quinze petites minutes pour se réjouir, admirer, identifier, photographier et prendre des notes en vue de l’écriture de leur reportage ».
De ce quart d’heure peu banal et même glorieux, Malraux, avec un certain art de la mise en scène et la plume lyrique qu’on lui connaît, va tirer la matière d’un véritable feuilleton journalistique qui sera publié dans L’Intransigeant : pas moins de dix « papiers » dont sept sont signés par Malraux et trois par l’un de ses compagnons, l’aviateur Corniglion-Molinier, accompagnés de dessins, de plans et de croquis réalisés d’après les photos aériennes par André-Pierre Hardy.
Avec ce reportage Malraux signera l’adieu à sa jeunesse.
Néanmoins, cette aventure laissera une trace durable dans l’imaginaire de Malraux et la Reine de Saba fera partie des interlocuteurs avec lesquels il dialoguera dans ses Antimémoires, aux côtés de Nehru, Mao Zedong, Saint-Just ou de Gaulle.
De la montée des totalitarismes dans l’Europe d’hier à l’incendie qui ravage aujourd’hui le berceau de l’Écriture, entre la Méditerranée et la mer Rouge, ce nouvel essai de Jean-Claude Perrier, à la croisée de la chronique et de l’histoire, de la biographie et de la critique, mené à grand train et avec style, nous interroge sur l’abyssal rétrécissement du monde et de notre imaginaire.

Il y a trente-cinq ans, Jean-Claude Perrier, né à Paris en 1957, journaliste (Livres-Hebdo, Le Magazine littéraire, L’Orient littéraire…), animateur de l’émission La Voix des Livres sur Radio Notre-Dame, grand voyageur, archéologue littéraire, éditeur et écrivain, posait le pied pour la première fois en Inde, qui deviendra un peu sa deuxième patrie.
Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages dont André Malraux et la tentation de l’Inde (Gallimard, 2004), Les mystères de Saint-Exupéry (Stock, 2009, Prix Louis-Barthou de l’Académie française 2010), André Gide ou la tentation nomade (Flammarion, 2011), Dans les Comptoirs de l’Inde (Imperiali Tartaro, 2013) et Comme des barbares en Inde (Fayard, 2014, finaliste du Prix Renaudot-Essai).
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La Mer des lumières de Kenneth White (Le Mot et le Reste – 2016)

Un grand de la littérature de voyage....

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