:: Accueil site :: :: Accueil info ::

Un fils en or de Somaya Shilpi Gowda, Roman traduit de l’anglais (Inde) par Josette Chicheportiche (Mercure de France – 2016)

 
Voici une nouvelle histoire biculturelle pour ce nouveau roman de Somaya Shilpi Gowda qui se passe une fois de plus aux États-Unis et en Inde. Sa spécialité : une histoire romanesque, basée sur des destins parallèles, constituée d'un mélange subtil de tragédie et d'espoir avant une fin qu’on espère heureuse.
Cette fois, les histoires entrelacées sont celles d’Anil Patel et de son amie d'enfance, Leena. Ils ont grandi dans des fermes attenantes dans le Gujarat rural – lui dans la grande maison en tant que membre de la famille le plus respecté du village, elle dans une petite maison en tant que la fille d'un métayer.
Anil est le fils aîné d’un riche propriétaire terrien à la tête d’un vaste domaine qu’il administre d’une main ferme. Normalement, Anil doit succéder un jour à son père. Mais à la surprise de sa famille, il annonce, jeune encore, vouloir être médecin. Il doit donc partir étudier loin de chez lui, d’abord en Inde, puis plus tard, aux États-Unis, consécration suprême croit-on autour de lui.
Curieusement sa redoutable mère ne s’oppose pas à la vocation de son fils chéri, ni à son éloignement du berceau familial. Au pays des mariages arrangés, elle souhaite bien sûr une union prestigieuse pour Anil.
Anil est ambitieux. Il quitte l'Inde à la recherche de la meilleure formation possible, dans un hôpital de Dallas comme médecin résident. Occasion pour l’auteure de fournir un aperçu de la vie des immigrants indiens dans un appartement partagé avec des compatriotes, un consultant en informatique également du Gujarat et un employé de magasin dans l'électronique, Punjabi.
Pendant ce temps, le sort de Leena est moins enviable. Quand celle-ci est devenue une très belle jeune fille, il faut l’éloigner, s’en débarrasser, en la mariant à la va-vite à un homme qui se révèlera être un véritable tortionnaire pour sa jeune épouse.
Son mariage est arrangé grâce à une dot illégale et coûteuse, et il devient vite évident que la soi-disante «bonne famille» ne semble pas être si bonne que cela. Son mari fait pression sur sa famille pour obtenir plus d'argent. Leur incapacité à faire face à ces exigences conduit à un « accident » et elle doit fuir, gravement blessée et en disgrâce.
La grande épreuve d’Anil sera la mort d'un patient dont il interprète mal la gravité des symptômes. Peu de temps après, son père meurt subitement. Il retourne à la maison sans la permission de l'hôpital où il se rend compte qu'il a hérité du rôle du chef du village.
Les destins croisés d’Anil et de Leena forment la trame de ce roman – lui en Amérique qu’il croyait être l’eldorado et où il se heurtera, au Texas, au racisme le plus violent. Et elle en Inde, où sa vie sera celle de millions de femmes victimes de traditions cruelles. Ils se reverront un jour, chacun prêt à prendre sa vie en main, après beaucoup de souffrances. Ils se rapprocheront l’un de l’autre à l’occasion de la création, par Anil, d’une clinique dans la grande maison où, grâce à sa sœur, Leena deviendra son assistante. Mais auront-ils droit au bonheur ?
Un Fils en Or combine à la fois le roman d’immigration des indiens vers les États-Unis et le roman social sur la vie précaire et dépendante des femmes dans les campagnes indiennes.

Shilpi Somaya Gowda, née en Inde, vit aujourd’hui aux États-Unis avec son mari et ses enfants.
Elle est l’auteur d’un premier roman, La fille secrète, paru au Mercure de France et vendu à plus de 15.000 exemplaires en Folio. Les droits d’adaptation audiovisuels viennent d’être acquis par Conquering Lion Pictures.

lu 1102 fois

Dulmaa de Hubert François (Éditions Thierry Marchaisse – 2016)

La vertu des steppes.......

Lire la suite

lu 537 fois

Le Goût du large de Nicolas Delesalle (Éditions Préludes – 2016) SORTI


Après le formidable succès d'Un parfum d'herbe coupée - finaliste du Prix Relay des voyageurs 2015 -, Le Goût du large embarque le lecteur pour un voyage passionnant, plein d'humour et d'esprit, de couleurs et de saveurs, et réveille notre irrésistible envie d'ailleurs.
Cette fois, Nicolas Delesalle nous ouvre sa mémoire de reporter. Il y aura donc deux catégories de lecteurs : ceux qui connaissent l’auteur à travers Télérama ou ses longues "stories" sur Twitter, et ceux qui n’ont jamais lu Delesalle dans l’hebdo culturel.
Le livre est donc l’extension de reportages parus dans Télérama début août, enrichis d’anecdotes, de souvenirs personnels, l’auteur ne masquant pas que ce périple avait aussi pour but de s’octroyer « une cure de déconnexion, ou plutôt une cure de reconnexion avec la nature, les éléments, et peut-être avec moi-même ».
Delesalle a embarqué, l’été dernier, pendant neuf jours sur le MSC Cordoba, un porte-conteneur allemand long de 275 mètres, et lourd de « mille six cent vingt-neuf boîtes multicolores empilées sur le pont », 60 000 tonnes de marchandise au total. Neuf jours pour rallier Istanbul depuis Anvers, via la Manche, le golfe de Gascogne, le légendaire détroit de Gibraltar, les côtes tunisiennes et algériennes, la Sicile.
Les journées de l’auteur se sont divisées entre l’écriture et l’observation de la mer, depuis sa cabine ou le pont : « Plus je fixais l’océan, plus j’avais l’impression que c’est lui qui me fixait ».
Ces deux activités lui ont aussi permis, luxe ultime, de dévorer le temps, dont il devient "un milliardaire", libre de « plonger les mains dans des coffres de minutes, (se) gaver d’heures vides, creuses, la grande bouffe, les vacances, entre ciel et mer ».
Alors qu'il partage discrètement le quotidien du cargo et de son équipage (aux nationalités et histoires diverses), entre solitude, introspection et attente de baleine, Nicolas Delesalle se replonge donc dans des instants de vie qui l'ont marqué, façonné.
Il nous emmène alors dans des pays (essentiellement) en guerre ou à l'équilibre économique ou politique instable: Bamyan et ses bouddhas détruits par l’ignorance islamiste, Banda Aceh après le tsunami, le Congo et les bâtisseurs chinois, une partie d'échecs fatale quelque part dans un hôtel russe dans la Russie de Poutine, Abidjan et l'inaccessible Tombouctou, Gaza, un barbecue incongru à Kaboul aux mains des Talibans, des clameurs de la place Tahrir au fond d'un trou, dans l'Aveyron, trois jours enfermé dans une grotte près de Millau.
Partout il croisera des regards déterminés, découragés, philosophes ou effrayés, des vies fragiles, menacées, des anonymes auxquels il donne un nom.

A la fin de son périple, en débarquant à Istanbul, le 22 juillet, Nicolas Delesalle trompe d’abord le "mal de terre", savoure la joie du retour « Il me faudra sans doute quelques jours pour redevenir un terrien, réapprendre à marcher sur un sol immobile, renouer avec l'à-peu-près de ceux qui vivent à terre (...) Je sors d'un monde ordonné, réglé, sans tricherie, sans chemin de traverse où il y a une place pour chaque chose et où chaque chose est à sa place (...) Et cette bulle d'harmonie vient de crever. »
Mais il sait qu’il éprouvera vite « le picotement dans les papilles, cet irrépressible envie de s’échapper, de vibrer, ce goût du large ».
Avec beaucoup de finesse, de sincérité, de pédagogie, de recul et d'humour, Le goût du large mêle anecdotes, faits, intimité et émotions, et il se referme avec le sentiment d'avoir parcouru la terre, la mer et une bonne partie de l'humanité.

Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l'ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013 et d'un roman Un parfum d'herbe coupée - finaliste du Prix Relay des voyageurs 2015.

lu 522 fois

Jungle de Miguel Bonnefoy (Paulsen – 2016)

Un désir d'écrire le monde par la littérature....

Lire la suite

lu 813 fois

Le Garçon sauvage, Carnet de montagne de Paolo Cognetti, traduit de l'Italien par Anita Rochedy (Zoé – 2016)


Paolo Cognetti, Milanais d’origine, aime tellement la solitude qu’il passe le plus clair de son temps dans les montagnes de la Vallée d’Aoste, dans un monde sauvage où il retrouve une vie saine, faite de longues balades qui redonnent envie de vivre: «La ville est la torpeur des corps, la montagne les réveille», dit-il.
Le Garçon sauvage commence sur un hiver particulier : Paolo Cognetti, a 30 ans, étouffe dans sa vie milanaise et a des angoisses existentielles dont on ne saura pas grand-chose sinon qu’elles entravent son travail d’écriture.
Pour retrouver de l’air, il décide de tenter une expérience de solitude et s’installe pour un temps indéfini dans les hauteurs de la vallée d’Aoste où il a passé tous les étés de son enfance et de son adolescence, seul dans un hameau déserté à 2000 m d’altitude.
Seul, en réalité, il ne l’est pas tout à fait : il a emmené avec lui quelques compagnons, Mario Rigoni Stern, Primo Lévi, Élisée Reclus, qui ont écrit avant lui sur la montagne, ou qui, comme Thoreau au bord de l’étang de Walden ou Christopher McCandless dans sa fugue fatale vers l’Alaska, ont vécu des expériences de retrait volontaire dans une nature non civilisée.
Marchant donc sur les pas de ses maîtres, il apprend à fendre du bois, à allumer un feu en plein orage, à cultiver un jardin à moitié sauvage, à cuisiner les herbes de montagne mais aussi à se perdre et à affronter ses peurs.
Il parcourt les sommets renouant avec la liberté et l’inspiration. Plongeant au coeur de la vie sauvage qui peuple encore la montagne et qui ravive ses souvenirs, il découvre l’isolement mais aussi la vie en compagnie de deux vachers au caractère rugueux, avant d’entamer sa désalpe, réconcilié avec l’existence.
Et il note avec précision ces empreintes sur le paysage, au cours d’explorations en forme d’enquête, cartographiant le territoire qui l’entoure.
Néanmoins, ce séjour initiatique ne parvient pas à l’affranchir totalement du genre humain : « je pourrais me libérer de tout, sauf de la solitude. »
S’il est plus ou moins chronologique, déroulant les saisons d’Avril à Octobre, le Garçon sauvage ne constitue pas vraiment un journal. Plutôt des chroniques contemplatives et affairées, référencées et palpitantes et écrites dans une langue pleine de simplicité et de poésie.
Paolo Cognetti, avec ce très beau récit, rejoint la famille des grands écrivains voyageurs entre le suisse Nicolas Bouvier et son congénère italien Paolo Rumiz.

Né à Milan en 1978, Paolo Cognetti a étudié les mathématiques et la littérature américaine, avant de se lancer dans une école de cinéma et de monter sa maison de production indépendante.
Auteur de guides littéraires, de nouvelles, de documentaires et de romans, passionné par New York et par la montagne, il partage sa vie entre sa ville natale, le val d’Aoste et Big Apple.
Son roman Sofia s’habille toujours en noir (Liana Levi, 2012), son premier roman, lui a valu de figurer dans la sélection du Prix Strega, l’un des plus prestigieux en Italie.

lu 1460 fois