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Mémoires du Gange – 1930 de Krishna Dev Upadhyaya, Traduction Catherine Servan-Schreiber (Riveneuve éditions – 2014)

 
Catherine Servan-Schreiber propose un nouvel ouvrage dans lequel elle met sa connaissance de la culture bhojpurie au service de la littérature et de la critique littéraire. Ainsi propose-t-elle une traduction en français d’un recueil de nouvelles de l’écrivain indien Krishna Dev Upadhyaya.
Dans le sillage des nouvelles de Premchand et de Tagore, Mémoires du Gange – 1930 fait partie du courant littéraire régional indien qui retrace la vie quotidienne des humbles, des « subalternes », et dépeint les formes de sociabilité villageoise dans l’univers de domination imposé par la loi des zamindars, les grands propriétaires terriens.
Habitué des campagnes, curieux de l’âme paysanne, Krishna Dev Upadhyaya, par ailleurs folkloriste renommé, promène son regard de brahmane, sans complaisance ni parti-pris, sur le canton d’Entre-deux-Rivières, entre les bras du Gange et de la Ghaghara.
Ainsi les personnages de ce recueil vivent dans des maisons tout en chaume, qui résistent mieux aux inondations engendrées par les crues des cours d’eau, que la terre.
Loin de mettre fin au système zamindari, le modèle colonial britannique ne fit que renforcer la pratique de l’usure et les privilèges. Droit de cuissage, confiscations des terres, expulsions des villages, exactions des milices et châtiments corporels, tels sont les moyens dont les riches disposent pour asseoir leur pouvoir à l’égard des pauvres, des paysans, des humbles et subalternes.
En décrivant la vie quotidienne avant la première guerre mondiale dans cette partie la plus orientale de l’Uttar Pradesh, Krishna Dev Upadhyaya, curieux de l’âme paysanne, peut être associé à l’un des plus célèbres romanciers régionalistes indiens qu’est Phanisvarsath Renu, dont l’auteur reconnaît lui-même l’intérêt.
Aussi cet ouvrage est comme une première tentative en hindi de peindre l’âme bhojpurie, qui regroupe une population de quelque quarante millions de personnes, et dont la traductrice a pris soin de restituer certains mots, expressions et proverbes typiques dans leur langue originale.
À travers une galerie de portraits, Mémoires du Gange – 1930 révèle le poids toujours écrasant des inégalités sociales, des règles arbitraires du mariage, et des interdits religieux dont les femmes sont souvent les plus grandes victimes.
Si ces textes sont peuplés de personnages tragiques ou féroces pour les uns, frivoles ou cocasses pour les autres, les premiers d’entre eux sont consacrés à sa mère à laquelle l’auteur vouait une profonde admiration puis à son père, un homme particulièrement pieux. Suivront le maître d’école, le zamindar frivole, le prêtre surchargé de travail, la sorcière aux yeux rouges, la fille maudite, la belle du village ou l’usurier impitoyable, etc. Mais au-delà des apparences surgissent des échappatoires, des surprises, faisant entrevoir des images moins convenues.

Catherine Servan-Schreiber est chercheur au Centre d’Etudes de l’Inde et de l’Asie du Sud (CNRS/EHESS) et chargée de cours à l’INALCO. Elle travaille sur l’histoire de la main d’oeuvre rurale bhojpurie en Inde du Nord et à l’île Maurice ainsi que sur les industries culturelles indiennes.
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Une saison de chasse en Alaska de Zoé Lamazou & Victor Gurrey ( Paulsen – 2014)

À l'extrême Nord de l'Alaska....

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La vie troublée d'un tailleur pour dames de Bulbul Sharma (Albin Michel – 2014)

 
À Giripul, minuscule village indien accroché aux flancs de l'Himalaya, situé dans la région de la célèbre ville de Simla, la vie de tous les jours s'écoule à un rythme indolent, à peine entamé par les apparitions saisonnières de fantômes avec lesquels sont parfois confondus des êtres furtifs, mais bien vivants.
Giripul ne peut pas ne pas rappeler Malgudi, le village mythique dont le grand R.K. Narayan a fait la matrice principale de ses romans, pleins de gens simples.
Janak le tailleur est mélancolique. Il rêve de gagner, enfin, l’amour de Rama, sa si belle et maussade épouse, aux yeux étincelants et à la bouche en bouton de rose, sans oser lui avouer sa flamme. Car à Giripul, au pied de l’Himalaya, le mariage est moins une affaire de sentiments que de raison.
Mais la belle le sait bien et en joue. Elle se montre capricieuse, revêche et jalouse, entièrement sous la coupe de sa mère, une "vieille sorcière", affublée d'un perroquet, laquelle déteste son gendre.
D'ailleurs, Bulbul Sharma, dans ses recueils de nouvelles parus auparavant chez l'éditeur Philippe Picquier, avait déjà dépeint avec humour les belles-mères indiennes.
Parmi les autres notabilités locales, on trouve Shankar, pêcheur dans la rivière Giri et détective amateur, le meilleur copain de Janak et son complice en aventures; Babu, le mendiant officiel du village, qui fut riche autrefois; Lala, le gargotier; Channa, le coiffeur; Raja, le tenancier du Bazar et chef du village, qui a fort à faire avec ses trois femmes, sans compter sa jeune maîtresse chinoise, qu'il va rencontrer clandestinement à Simla.
Il y a aussi Lila, la vieille dame qui habite encore une grande maison vide et défraîchie datant de la splendeur du Raj britannique. Une époque pour laquelle les vieux du village ne sont pas sans éprouver une certaine nostalgie.
Pris pour confident par ses clientes qui lui racontent leurs rêves, Janak est saisi d'inquiétude le jour où la troisième femme du chef de village s'ouvre à lui d'un cauchemar récurrent dans lequel elle décapite son époux. est-ce un mauvais présage ?
Un soir, alors que la communauté est rassemblée sous le chapiteau d’un magicien ambulant, tout ce petit monde va se voir bouleversé par un étranger qui, d'abord, manque de respect à Rama, puis que l'on retrouve mort, baignant dans son sang, devant la boutique de Janak, qu'il déplace avec ses amis dans le fauteuil du salon de coiffure de Channa.
Tout le monde devient suspect : la coiffeuse chinoise, maîtresse du chef de village, Shankar le pêcheur qui s’est improvisé détective, Lala, le patron du salon de thé et son cuisinier ex-tueur à gages…
Le petit tailleur arrivera-t-il à résoudre le mystère et Giripul à retrouver enfin la sérénité ?
Janak saura-t-il résoudre l'énigme de cette mort ?
Bulbul Sharma mène son affaire avec une maestria débonnaire, un vrai sens de l'intrigue et des dialogues, et une profonde empathie pour ses personnages, celle des villages et du peuple, à mille lieues des stars de Bollywood.
Regorgeant des parfums, des couleurs, des sons d’un petit paradis oublié par le temps, La vie troublée d'un tailleur pour dames est un roman sur l’Inde profonde, comme on en lit peu, servi par la plume sensuelle, pleine de tendresse et d’humour de Bulbul Sharma.
Loin de la cacophonie d'une Inde moderne, obsédée par l'enrichissement personnel et l'ascension sociale, ce conte naïf et tendre en forme de roman policier, charmera ses lecteurs.
C'est rafraîchissant, comme l'air pur et vivifiant de l'Himalaya, où la romancière habite elle-même une partie de l'année.

Peintre et illustratrice, Bulbul Sharma est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles, dont : La Colère des aubergines, Mes sacrées tantes, Mangue amère et Maintenant que j'ai cinquante ans (Philippe Picquier).
Professeur d'arts plastiques auprès d'enfants handicapés, elle partage son temps entre Londres, New Delhi et son village des contreforts de l'Himalaya.
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Dans la nuit et le vent, A pied de Londres à Constantinople (1933-1935) de Patrick Leigh Fermor (Névicata – 2014)

Un des grands chefs-d'oeuvre de la littérature de voyage.....

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Un pékin en Afrique, Textes humoristiques tome 2 (1950-1960) de S. J. Perelman (Nouvelles éditions Wombat – 2014)


Les nouvelles éditions Wombat avait déjà publié, en 2011, un premier florilège de textes, l'œil de l'idole (1930-1948), en voici un deuxième Un Pékin en Afrique, qui couvre les années 1950-1960, période où, selon ses exégètes, S.J.Perelman est au sommet de son art.
Voici d'abord neuf nouvelles, complètement absurdes, où l'on voit, par exemple, un chef empoisonner un gâteau par négligence et manquer de vigilance en matière d'hygiène: il avait réutilisé, sans la laver, une étamine à fromage ayant contenu des boules de naphtaline ! ou encore le Pandit Motilal Nehru, le père du futur Premier ministre Jawaharlal, échanger avec son blanchisseur parisien défaillant une correspondance totalement surréaliste.
Perelman joue également les agents secrets mondains ou parodie un polar culinaire à la française. Tout cela n'étant que l'entrée en matière...
Le plat de résistance, qui donne son titre général au recueil Un pékin en Afrique, c'est la nouvelle finale : Docteur Perelman, je présume ? , récit des tribulations kenyanes du narrateur dans l'Afrique coloniale des années 1950, tel un Groucho Marx enfilant la tenue de safari d’Ernest Hemingway – qu’il rejoindra d’ailleurs pour un final hilarant.
Notre américain essaie de singer les dandys anglais, et de jouer les aventuriers, sans y croire lui-même d'ailleurs: il a la trouille de tout, en particulier des terribles Mau-Mau, que, comme les Tatars , on ne voit jamais émerger de leur désert du Kalahari.
Nairobi, Mombasa, Zanzibar, Lamu, on sillonne le Kenya pour des safaris burlesques où il ira même jusque dans l'île de Pemba en compagnie du sultan de Zanzibar, qui se révèlera être un sale bonhomme. À la fin, le héros, ex-futur médecin, tentera même de soigner Ernest Hemingway, rescapé d'un crash de son petit avion, en lui proscrivant de manger des légumes verts !
Perelman, décidément ne respectait rien ni personne, même pas les icônes de la littérature de son pays.
On comprendra pourquoi S. J. Perelman était considéré comme le plus grand écrivain humoristique américain par nombre de ses pairs, de Dorothy Parker à Woody Allen en passant par Donald Westlake.

S.J. Perelman est né à Brooklyn en 1904, dans une famille juive d'origine russe, ce qui explique sans doute en partie son humour si particulier et son sens aigu de l'autodérision qui l'on fait saluer comme un maître par des experts tel que Woody Allen: " Chez tous les auteurs de comédie avec qui j’ai travaillé ou discuté au cours des ans, Perelman a toujours été une icône, le modèle le plus admiré, le génie comique le plus largement imité et le plus décourageant pour tout aspirant humoriste. Pour nombre d’entre nous, qui avons débuté il y a bien des années, il était impossible de ne pas tenter d’écrire comme lui, tant sa voix élégante nous dominait. " ou encore Gore Vidal lequel le qualifia "d'écrivain le plus drôle des Etats-Unis depuis…lui-même".
Outre son œuvre littéraire, notre homme adapta au cinéma le Tour du monde en 80 Jours (oscar du meilleur scénariste en 1956) et collabora à deux petits bijoux des Marx Brothers, Monnaie de singe (1931) et Plumes de cheval (1932).
Durant près de quarante ans , Perelman, mort en 1979, fur l'un des piliers du New Yorker, à qui il livra plusieurs centaines de textes brefs, de courts récits et des nouvelles.

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Sauvage par nature, trois ans de marche de la Sibérie au sud de l'Australie de Sarah Marquis (Michel Lafon – 2014)

Quand la marche devient effort, endurance...exploit....

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Sous les ailes de l'hippocampe de François Suchel (Guérin éditions – 2014)


La terre vue du ciel offre au pilote de ligne le spectacle grandiose des territoires qui défilent sous ses pieds. Après neuf millions de kilomètres et onze mille heures de vol, François Suchel a tout vu des beautés du monde, comme des blessures hideuses que l’homme a infligé à la nature. Il a tout vu, mais à 12 000 mètres de haut.
Confiné dans le cocon pressurisé de sa cabine, douillettement installé dans son hôtel aux escales, préservé du choc des cultures, donc des langues qu’il ignore, des mœurs et des coutumes des pays survolés, des rudesses et des douceurs des climats, des beautés et de l’âpreté des paysages qui ne peuvent s’apprécier qu’à hauteur d’homme, que sait-il de la vie de ceux d’en-bas ?
« On peut vouloir partir parce qu’on a jamais voyagé. Moi, j’ai décidé de voyager parce que je suis trop souvent parti. J’ai parcouru le monde sans le voir », avoue François Suchel, en prélude à son récit.
Paris-Canton (Chine) aller retour, c’est son job. Aux commandes de son long courrier frappé de l’emblématique hippocampe, logo d’Air France KLM.
10 000 kilomètres de vol au-dessus de ce monde qu’il n’a pas vu. Le découvrir enfin, c’est le vivre au ras du sol, en VTT, équipé d’une caméra, d’un GPS et d’un téléphone portable. Moins vite qu’en avion, plus vite qu’à pieds.
Neuf pays traversés, des mois de pédalage, sevré de sa famille qui vit difficilement son escapade. Et c’est la vie : des rencontres, des angoisses, des peines et des joies, des découvertes. De la Chine à la France, Suchel éprouve et s’éprouve.

François Suchel est né en 1969 à Yaoundé, Cameroun. De retour en France à l’âge de 3 ans, il grandit à Saint-Etienne puis s’installe près d’Annecy, en Haute-Savoie. Certes, les montagnes l’attirent (ascension de l’Aconcagua ou du Kilimanjaro), mais c’est bien au-dessus des cimes qu’il s’exalte d’abord.
Pilote de ligne à Air France depuis 1991, aujourd’hui Commandant de bord sur Airbus A320, il développe parallèlement une activité de photographe récompensée par le Prix Attention Talent de la FNAC en 2002.
Dans Nomade du ciel publié en 2007, il pose un œil tendre et poétique sur cette vie de passage devenue son quotidien. L’activité artistique devient le pendant nécessaire à la rigueur procédurière des cockpits. « J’ai parcouru le monde sans le voir » a-t-il coutume de dire.
Face à ce constat de la quarantaine, François s’élance à vélo sous la ligne aérienne entre Canton et Paris pour vivre l’aventure, retrouver l’espace et trainer son regard singulier sur un monde en plein bouleversements.

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Les plus belles mains de Delhi de Michaël Bergstrand (Gaïa – 2014)

 
Voici le second roman sur l'Inde qui nous vient encore d'un auteur suédois. Un roman formidable, hilarant et qui révèle la société indienne telle qu'elle est aujourd'hui, innovante et moderne, rétrograde et archaïque, pleine de bons sentiments et d'odieuses exploitations.
Les écrivains nordiques s'enticheraient-ils de l'Inde ? Et avec humour ? Que cela continue longtemps encore…..
Dans les plus belles mains de Delhi, Mikaël Bergstrand dépeint, avec un grand sens de l'humour, la rencontre d'un homme d'âge moyen, suédois, avec le monde, grouillant et très différent, de l'Inde.
Göran Borg, cinquante-deux ans, est en pleine crise identitaire. Divorcé, il n'a que très peu de rapports avec ses enfants, et s'ennuie fermement au boulot. Si bien que, lorsqu'il se fait congédier du poste qu'il occupait depuis vingt-cinq ans, il considère qu'il n'a plus rien à perdre. C'est alors que son ami Erik lui propose de quitter un temps son Malmö gris et pluvieux pour le suivre dans le voyage organisé qu'il anime en Inde: « L’Inde incroyable ! »
Ayant toujours passivement subi les maigres événements de sa vie, une fois de plus, Göran cède et accepte.
Là-bas, il découvre un tout nouvel environnement. La foule, le bruit, l'odeur, la cuisine épicée, la valeur de l'argent : le choc est tel qu'il tombe malade. Erik, qui doit poursuivre le circuit touristique, est contraint de le confier à son ami indien Yogi à Delhi. Très vite, Göran se lie d'amitié avec ce dernier, et décide de prolonger son séjour.
Chose commune en Inde, Yogi lui propose de se rendre dans un institut pour se faire faire un soin des mains. L'institut étant sur le point de fermer, Yogi prétend que son ami est une personnalité importante du journalisme culturel suédois. Göran tombe immédiatement sous le charme de la manucure. Elle s'appelle Preeti, et est mariée à un puissant industriel ce qui n'empêche pas Göran de chercher à la séduire.
Il frime en prétendant être venu interviewer l'un des plus grands acteurs de Bollywood, Shah Rukh Khan. Et cela fonctionne : ils se revoient plusieurs fois, s'amourachent l'un de l'autre. Göran, jusque-là hébergé chez Yogi – personnage ô combien truculent ! – décide de prendre un appartement à Delhi et de se réinventer en correspondant freelance.
Ainsi se retrouve-t-il sur la piste de l'exploitation d'enfants dans des filatures qui travaillent pour de grands distributeurs.
Au cours de ses recherches, Göran découvre que l'un des plus gros clients de la filature n'est autre que l'une des entreprises appartenant à l'époux de Preeti.
De petits mensonges en prise de conscience politique, Göran mue. Fort de son nouvel état d'esprit, Göran acquiert une conscience sociale et politique. Transformé par son expérience en Inde, Göran est désormais un homme qui croit à nouveau en l'amour, en l'amitié, et en lui-même.
Cet étonnant roman nordique, bourré d'humour et d'amour, qui se passe en Inde aurait pu s'appeler: les voyages forment la jeunesse, ou comment un éternel adolescent se construit une toute nouvelle vie.

Mikaël Bergstrand est né à Malmö. Journaliste et écrivain, il a longtemps travaillé pour le quotidien Sydsvenskan.
Entre 2007 et 2011, il a vécu à New Delhi, où il était en poste en tant que journaliste. Depuis 2011, il vit en Suède.
Les plus belles mains de Delhi est son premier roman traduit en France, vendu à plus de 15.000 exemplaires en Suède.
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Bons baisers du Baïkal, Nouvelles de Sibérie de Géraldine Dunbar (Transboreal – 2014)

Pour l'amour de la Sibérie.....

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La véritable histoire d'un indien qui fit 7.000 Km à vélo par amour de Per J. Andersson (Fleuve éditions – 2014)

 
Pikej est indien, Lotta suédoise. Il est né dans les forêts reculées de l'Orissa au sein d'une famille d'intouchables, elle a grandi dans le confort douillet de la bonne société scandinave. Les chances qu'ils se rencontrent étaient infimes. Pourtant, l'astrologue qui s'est penché sur le berceau de Pikej l'avait prédit : « Tu épouseras une fille qui ne viendra ni de cette ethnie, ni de ce village, ni de cette province, ni de cet État, ni même de notre pays. »
Dans une vie antérieure, Jagat Ananda Pradyamna Kumar Mahanandia, alias PK ou Pikej, n'a pas dû très bien se conduire, puisqu'il est né en 1949 avec de sérieux handicaps: il est le fils d'un intouchable et d'une tribale, à la peau particulièrement sombre, dans une famille très modeste de l'Orissa, au Sud-est de l'Inde.
Mais il est vrai que, puisqu'il est un dalit, un paria hors caste, aux yeux des brahmanes qui le méprisent, il n'a pas droit à la réincarnation. Alors Pikej va faire avec ce qu'il a, l'amour des siens, sa profonde gentillesse qui lui assure la bienveillance immédiate de ceux qu'il rencontre (sauf les brahmanes les plus bornés) et surtout sa formidable énergie, capable de triompher de tous les obstacles.
En dépit de la ségrégation et des humiliations dont il est victime, Pikej, qui se révèle doué pour le dessin, parvient à aller à Delhi pour suivre les cours des Beaux-arts, tout en survivant dans la rue grâce à ses portraits avec fusain.
On est dans les années 1970, il côtoie, dans sa bohème, un certain nombre de hippies occidentaux en route vers Katmandou et ses paradis artificiels.
C'est ainsi que, le 17 décembre 1975, il fait la connaissance de Lotta, une suédoise baba cool avec qui se nouent vite des liens forts, d'amitié puis d'amour. Réciproque, puisque la jeune fille accepte d'accompagner son ami chez lui en Orissa, afin qu'il reçoive la bénédiction de son père. Les voilà quasi fiancés.
Mais Lotta reprend son voyage, puis rentre chez elle. Ils s'écrivent mais Delhi et Boras, où elle vit, c'est vraiment très loin.
Pikej, qui, grâce à son talent, est presque devenu une vedette, aidé matériellement par le gouvernement d'Indira Gandhi, n'a cependant qu'une idée en tête: rejoindre l'amour de sa vie, et l'épouser.
Pour y parvenir, il devra accomplir, à vélo, une folle odyssée de 7.000 Km via l'Afghanistan, l'Iran, la Turquie, puis l'Autriche, l'Allemagne, le Danemark et la Suède.
 
Enfin, après des tribulations dont il se sort toujours grâce à sa gentillesse et à sa chance, il parvient à Boras, le 28 Août 1977.
Désormais il fera toute sa vie en Suède, parfaitement intégré, mais ses enfants Émelie et Karl-Siddharta, le rapprocheront de ses origines et de son pays.
La véritable histoire d'un indien qui fit 7.000 Km à vélo par amour pourrait n'être qu'un roman. Mais il s'agit bien d'un récit aussi, en témoigne le cahier de photographies en noir et blanc au cœur de l'ouvrage, véritable album de famille de la rencontre en Inde, entre Pikej et Lotta, à la vie de famille en Suède.
C'est aussi un conte original, drôle, tendre, social magistralement mené, parfait pour une adaptation Bollywoodienne.
La littérature nordique ne cessera donc point de nous surprendre ? car un autre roman, également suédois, dont je vous parlerai bientôt, se passe également en Inde.....

Per J. Andersson, né en 1962 à Hallstahammar, est un écrivain et journaliste suédois spécialiste de l’Inde, et a déjà publié de nombreux ouvrages sur ce pays.
Correspondant et collaborateur de plusieurs journaux suédois depuis plus de 30 ans, il a également fondé le magazine de voyage Vagabond, très connu en Suède.
Il séjourne régulièrement en Inde chaque année, et anime le blog Indien Online : http://per-j-andersson.blogspot.fr/
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