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Une si lente absence, à bord du Transsibérien, Photographies Xavier Voirol, Textes d'Éric Faye (Le Bec en l'Air – 2014)


Une si lente absence est le récit d'un voyage photographique et littéraire d’Éric Faye et Xavier Voirol, à bord du Transsibérien, de Moscou à Pékin.
Si un voyage à bord du Transsibérien est la découverte de contrées rêvées, il est aussi une expérience sur la notion de temps: " Après le temps élastique et lent du voyage et le plongeon dans les forêts de Sibérie , après les solitudes de Gobi, votre esprit s'est comme réglé sur une fréquence particulière, sur laquelle les bruits de l'homme sont happés, dissous dans ceux de la nature ".

À la constante vitesse de 70 Km/h, le paysage paraît identique d’un jour à l’autre. Tout change pourtant, imperceptiblement : les visages s’asiatisent, les fleuves s’élargissent, la plaine se couvre de bosses, la végétation change…
Materné par le personnel du train, livré à l’inaction et à la solitude, le voyageur traverse aussi des états intérieurs auxquels il est peu souvent confronté: " Être léger: le voyageur voit son esprit s'ouvrir grand à tout ce qui l'entoure. Ouvert à cent pour cent, le voyageur s'oublie. C'est la bienheureuse éclipse du moi. Certains voyages vous changent, d'autres non. Celui qui revient d'une traversée ferroviaire des steppes n'est pas celui qui est parti ".

Ennui, introspection, confrontation à ses obsessions, c’est peut-être là le voyage le plus surprenant. L’écrivain Éric Faye, par ses impressions d'une écriture admirable, nous embarque dans ce train mythique et le photographe Xavier Voirol, par ses photos, nous transporte dans une autre temporalité: " Il existe plusieurs méthodes pour plonger l'ego dans un sommeil profond, clé du bonheur, et le voyage en est une. Mais il faut pour cela de la patience, du temps devant soi et de grands espaces; car l'agent neuroleptique n'agit que lentement, dès lors que vous sortez de l'orbite de votre vie quotidienne. Le voyage en Transsibérien ou en Transmongolien permet cette détente-là, cette mise à distance car, répétons-nous, c'est un voyage à l'intérieur de soi, d'apprentissage de soi ".

Éric Faye est écrivain. Son œuvre littéraire mêle des nouvelles (Je suis le gardien du phare, José Corti, 1997, Prix des Deux Magots), des romans (Croisière en mer des pluies, Stock, 1999 ; Mes trains de nuit, Stock, 2005 ; L’Homme sans empreintes, Stock, 2008…), des essais et des récits.
Il a reçu en 2010 le Grand Prix du roman de l’Académie française pour Nagasaki (Stock). Avec Christian Garcin, il est l’auteur d’un récit de voyage En descendant les fleuves : Carnets de l’Extrême-Orient russe (Stock, 2011) et a collaboré à l’ouvrage collectif Le Minimum visible (Le Bec en l’air, 2011).
En 2012, il a été le lauréat de la Villa Kujoyama, à Kyôto, d’où il a rédigé ce texte.

Xavier Voirol vit et travaille en Suisse. Nominé à l’European Kodak Award à Arles en 1991 et lauréat du prix de la photographie du Canton de Berne en 1992, il a notamment réalisé des travaux sur la vie monacale (1987-1995), l’Albanie (1991-1992), Saint-Pétersbourg (1992), Saint-Imier (1991-1995), les communautés anabaptistes du Jura bernois (1995-1996).
Il collabore avec divers quotidiens et magazines suisses et étrangers. Son dernier livre, Marin, les élèves de la mer a été publié en 2011 aux éditions Light Motiv.
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Cap-Vert, Voyage au cœur de la sôdade de Jean-Marc Cotta (Transboreal – 2014)

Au coeur de l'Atlantique......

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Dernières nouvelles du martin-pêcheur de Bernard Chambaz (Flammarion – 2014)


En 1995 paraissait, chez Julliard, Martin cet été, un de ces récits de perte que l'on ne peut pas lire comme d'autres livres.
Son auteur, Bernard Chambaz, racontait la perte d'un enfant, Martin, son fils cadet, mort le 11 Juillet 1992 sur une route du Pays de Galles, à l'âge de 16 ans et demi.
Dix neuf ans plus tard, le père enfourche son beau vélo blanc. La mère suit au volant d'une Cadillac. Et les voilà partis pour une traversée des Etats-Unis d'Est en Ouest. Au rythme d'une centaine de miles par jour, quatre semaines jusqu'à Los Angeles.
Qu’est-ce qui a poussé Bernard Chambaz à traverser les États-Unis de la côte Est à la côte Ouest ? Que cherche-t-il? Les souvenirs d'un autre voyage en famille, à cinq, sur "la terre des ancêtres" (Bernard Chambaz avait une grand-mère américaine), la mythologie du "pays de la grande-route", être avec Martin.
Car, en chemin, Martin est partout.
Chaque coup de pédale sur cette terre de mirages et de merveilles l’entraîne et le relance.
Bernard Chambaz pédale seul mais escorté par d'autres parents "orphelins": Robert Plant, chanteur de Led Zeppelin; les Roosevelt et leur benjamin, Quentin, mort à la guerre; Anne Morrow, épouse Lindbergh, dont le premier-né a été assassiné; Debbie, cette mère d'Oskaloosa (Iowa), qui a fait vieillir sur les photos, son fils, mort d'overdose…Et tous les autres qui permettent au père écrivain d'écrire encore et toujours le nom de Martin, de l'oiseau Martin, ce martin-pêcheur, vu au début du voyage.
Sur la route défile l’Amérique, ses scènes de la vie banales et ses destins extraordinaires, ces soldats de retour d’Irak, ces motards en balade autour de la cité des Anges. Mais une question demeure à laquelle nul n’échappe : qu’y a-t-il au bout du chemin ?
De ce road-trip qui marque l'anniversaire d'une douleur, Bernard Chambaz a fait un livre sans larmes, chargé de ces endorphines de l'endurance qui procurent des émotions paisiblement et intensément joyeuses. Un livre qui, comme le voulait le père inconsolable, "tient tête à la tristesse".
"Tant qu'on pédale, on est encore vivant" se répète-t-il.
Bernard Chambaz signe ici son livre le plus ambitieux, entre révélation du quotidien et quête des grands mythes.

Bernard Chambaz est né à Boulogne-Billancourt en 1949. Son père, Jacques Chambaz, fit partie du bureau politique du PCF de 1974 à 1979. Après une agrégation de lettres modernes et d'histoire, il se tourne vers l'écriture.
Bernard Chambaz, professeur d'histoire, a beaucoup couru après le ballon et a couru aussi quelques marathons. En 2003, il se consacre au cyclisme en effectuant un Tour de France, sur le parcours de la Grande Boucle, pour les cent ans de l'épreuve. En 2006, il s'attaque au Giro italien et, dans les mêmes conditions, court en 2008 le Tour d'Espagne. Il a publié de nombreux ouvrages, récits et romans, dont L'Arbre de vies (Goncourt du premier roman).
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Zanzibar, le royaume des fées de Sonia Privat (Magellan & Cie – 2013)


Son premier ouvrage de ce type, «Zanzibar», a été couronné de succès, et de prix, l’an dernier au plus grand rendez-vous du genre à Clermont-Ferrand avec le Grand Prix du Public.
C'est ainsi que Marc Wiltz, le directeur de Magellan et Cie, a eu un coup de coeur pour les créations de Sonia Privat.
Il réédite donc, dans un format grand luxe et beaucoup plus fourni, (30x30 et 140 pages), son carnet sur Zanzibar et éditera, dans les mêmes conditions, son carnet de voyage sur l’Inde à paraître en Mars normalement et nous en reparlerons à ce moment-là.
En février 2010, l'artiste peintre a pris l'avion pour cette destination proche de l'équateur, via Arusha, en Tanzanie, juste à la frontière Kenyane. Arrivée à Stone Town, capitale de Zanzibar, ville classée patrimoine mondial de l'Unesco, c'est le choc du « mélange des couleurs, des Noirs ébène aux yeux clairs, des Indiens purs ».
Cet amour des personnages et des portraits, Sonia Privat le tient de son enfance où son grand-père algérien accueillait à Rodez tous ceux qui frappaient à sa porte: « J'ai toujours été confronté à la multitude des peuples. Mon but, c'est de travailler l'être humain et donc de le rencontrer avant ». C'est ce qu'elle a pu réaliser à Zanzibar: « J'y ai trouvé le sens de ma peinture. Elle est juste un témoignage de mes voyages ».

Et c'est ainsi qu'est né tout naturellement son Carnet de voyages intitulé Zanzibar, le royaume des fées, composé de textes, de dessins, de peinture et de photographies.
La majeure partie de ses toiles sont des aquarelles de très grand format, ce qui la distingue des autres aquarellistes: « Depuis l'anglais William Turner, l'aquarelle a souvent été reléguée au rang d'ébauche, d'esquisse. Moi, je trouve qu'elle donne toute la poésie à mes portraits et à mes personnages. L'aquarelle est l'école de la modestie car jusqu'à la dernière minute, on peut jeter son travail ».

Le monde de Sonia Privat est fait d’une foule de personnages exotiques parés de draperies aux couleurs chatoyantes, de bijoux d’argent et de pierres dures. Ils viennent de pays où le soleil est brûlant, la vie difficile mais simple. On les rencontre sur des marchés multicolores où dominent les odeurs fortes du safran, du poivre, du curcuma, du cumin ou encore aux portes d’un désert impitoyable. Ils sont beaux, ils sont fiers.
Et ils nous regardent. Dans leurs yeux qui ne se détournent pas, il y a du défi, une grande détermination, parfois de la colère ou de la tristesse mais jamais de résignation. Ces hommes, ces femmes expriment des sentiments forts. Ils ont une présence, une densité remarquables. Ils nous affrontent sans doute, mais nous séduisent aussi, à leur insu. Si loin des apparences et des artifices qui sont maintenant les règles de notre monde formaté, et malgré les dangers et les rudesses de leur quotidien, ils sont libres et forts.

Elle seule pourrait le dire, mais ces regards, ces sentiments sont peut-être aussi les siens.
Sonia Privat va comme eux son propre chemin, à l’abri des tendances du moment, sans concessions aux modes normalisées dont la monotonie décourage le regard.
Tous les personnages rassemblés autour d’elle par son talent et par son énergie, elle les a fait naître bien sûr mais elle continue de les faire vivre, elle les protège, elle les aime et ils ont besoin d’elle. Sa vie de peintre et de femme est là toute entière: "Peindre encore et toujours, petit témoignage de tout ce qu'il y a de beau ou de moins beau dans le monde, mais d'humain... Le regard léger d'un enfant, le regard profond d'une femme, la sagesse de quelques hommes, la folie des autres, aux fenêtres du monde... Peindre un monde parfois esthétique et rêvé... Peindre encore et toujours ces ailleurs que j'affectionne tant... Imprégnée des couleurs, des douleurs, des odeurs et des matières, inspirée par ces pays aux accents épicés, parfois même très épicés, je tente de donner naissance à de nouveaux visages, à de nouveaux destins qui m'entraînent dans mon Orient intérieur. Peindre encore et toujours en toute humilité ces quelques instants d'éternité..."
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EasyJet d'Alexandre Friederich (Allia – 2013)

Et si l'on refusait le modèle low-coast?

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S'abandonner à vivre de Sylvain Tesson (Gallimard – 2014)


S'abandonner à vivre, précepte karmique des bouddhistes et hindouistes ou fatalisme slave?
Après le succès de son récit dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson renoue avec un genre qu’il affectionne, la nouvelle.
Devant les coups du sort, il n'y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l'on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s'abandonne à vivre.
C'est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs. Ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, en Russie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit.
On retrouve dans ce nouvel opus les paysages et les situations exotiques propres à l’imaginaire de l’auteur.
Tous ces textes (19 au total) tirent leur force des personnages singuliers qu’ils révèlent, autant que des inflexions de vérité que l’on perçoit dans la manière d’écrire de Sylvain Tesson. Tout ici est plus ou moins directement inspiré d’une expérience vécue par l’auteur, puis ressaisi par la fécondité de son imagination et son talent de conteur toujours plus vigoureux et affûté.
Ainsi, dans « L’Ermite », un ingénieur français se rend en bateau sur une plateforme pétrolière pour y travailler. Le capitaine du navire, un Russe, lui raconte l’histoire de Constantin le bienheureux, un saint qui s’est inspiré de la vie d’un ermite fameux, Seraphim de Sarov, pour vivre retiré du monde dans la foi. On apprend à la fin du récit que Constantin est désormais patient d’un hôpital psychiatrique…
« L’Exil » raconte l’émigration d’Inta, jeune Nigérien qui tente de rejoindre l’Europe. Ses parents et lui ont économisé depuis cinq ans 5 000 dollars pour payer Youssef, un passeur algérien. Après bien des rebondissements, Inta finit par arriver en France où il devient laveur de carreaux… et regrette la douceur simple du Nigéria.
Dans « Snipper », Terence Juvenal, un lieutenant intello, lecteur de Mauriac, est envoyé en Afghanistan. Est-il assassiné par le terroriste Suleiman, Brahim dans sa vie d'avant dans une cité de Drancy, seulement pour cause de Djihad ou parce qu'autrefois, au lycée, en France, il lui a soufflé sa petite amie, Élise Bouchard?
Chez Sylvain Tesson, l'humour, même noir, n'est jamais très loin.
Certaines nouvelles, d'ailleurs, sont plus légères, comme celle du « Téléphérique », avec ces deux skieurs de Zermatt, accablés à la perspective de passer un Noël familial, qui se bloquent volontairement dans un téléphérique pour ripailler tranquilles, et se voient "sauvés" malgré eux!
Il est aussi souvent question de la Russie, pays inventeur du "pofigisme". Ce mot russe désigne une attitude face à l'absurdité du monde et à l'imprévisibilité des événements. Sylvain Tesson en donne une définition, en introduction à l'une de ses nouvelles: " le pofigisme est une résignation joyeuse, désespérée face à ce qu'il advient. Les adeptes du pofigisme, écrasés par l'inéluctabilité des choses, ne comprennent pas qu'on s'agite dans l'existence. Ils accueillent les oscillations du destin sans chercher à en entraver l'élan. Ils s'abandonnent à vivre".
Cette terre d'élection de notre cher écrivain-voyageur, nous la retrouvons dans « L’Ennui », où le lecteur rencontre Tatiana, qui vit avec sa mère à Stirjivoïe, ville champignon aux confins de la Sibérie où la température descend parfois à – 40° C. La jeune femme est diplômée de l’université, mais que faire de sa connaissance de la littérature française dans cette cité ouvrière ? Elle se prostitue et distrait ses clients en récitant des vers de Baudelaire. Un jour Tatiana part avec un Français qui l’installe au soleil de Saint Rémy de Provence, mais l’ennui la rattrape… et aussi en compagnie, dans « l'Ermite », d'un capitaine-philosophe, voguant sur la Lena et nostalgique de l'URSS.
Du vécu, donc, écrit dans un style superbe, nourri de références littéraires avec quelques réflexions grinçantes sur notre époque, digne d'un moraliste misanthrope qui éprouve, entre deux plateaux de télévision (devoir de l'écrivain vis-à-vis de l'éditeur!), le besoin de fuir ses semblables au cœur d'une nature presque inhabitée.
De livre en livre, Sylvain Tesson creuse son sillon et impose une voie à part dans la littérature française.

Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson est né en 1972. Après un tour du monde à vélo, il se passionne pour l’Asie centrale, qu’il parcourt inlassablement depuis 1997.
Il s’est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L’axe du loup (Robert Laffont).
De lui, les Éditions Gallimard ont notamment publié Une vie à coucher dehors (collection blanche, 2009, Folio n° 5142), Prix Goncourt de la nouvelle, et Dans les forêts de Sibérie, Prix Médicis essai (collection blanche, 2011, Folio n° 5586).



SYLVAIN TESSON À L'OCCASION DE LA SORTIE DE "S... par LESCINQCONTINENTS
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Calcutta de Shumona Sinha (L'Olivier – 2014)

 
Trisha est revenue à Calcutta pour assister à la crémation de son père.
La mort de son père, le retour dans la maison familiale, la déambulation dans les rues de sa ville natale, tout concourt à projeter son présent dans son propre passé, mais aussi dans celui de sa famille et de son pays.
Lui revient en mémoire le film flou, déchiré de ses années d'enfance. Entre un père communiste et une mère mélancolique, elle a dû grandir plus vite que les autres enfants. Devenue adulte elle sait que chaque chose contient une histoire, que l'huile d'hibiscus de ce flacon qu'elle admirait était un remède pour adoucir la folie maternelle, les jours où celle-ci s'enfermait dans le silence et la mélancolie, et que la couette rouge remisée au grenier cachait une arme, son père l'y avait mise à l'époque où les communistes étaient traqués.
Elle sait aussi que les légendes familiales ne suffisent pas à étouffer les sombres passions qui les traversent, que son pays a été en proie à des violences dévastatrices et qu'il faut se méfier de l'obscurité.
Dans ce roman sensuel et bouleversant, Shumona Sinha entreprend un autre récit, poussée par une nécessité personnelle: la mort de son père.
Ce sera Calcutta où se mêlent sa propre histoire et celle de son héroïne, Trisha. Une ville qui lui rappelle les violences politiques, depuis les années 1970, sous la "dictature" d'Indhira Gandhi, d’un pays qui est le sien, le Bengale occidental.
Ancré dans la réalité indienne, sublimé par la puissance des métaphores qui irriguent son écriture, ce grand roman en appelle autant à l'imagination qu'au réel.

Née à Calcutta (Inde) en 1973, dans une famille hindoue de Kshatriyas, la caste des guerriers, Shumona Sinha s'était familiarisée très tôt avec les littératures du monde en grandissant dans une bibliothèque avec plein de livres d'auteurs étrangers, russes ou français notamment, traduits en bengali ou en anglais.
Avec un père professeur d'économie, marxiste athée et une mère plus traditionnelle, professeur de mathématiques, Shumona suit des études, parlent plusieurs langues indiennes et apprend le français, à 22 ans, à l'Alliance Française.
Shumona Sinha obtient, à 17 ans, le Prix du meilleur jeune poète du Bengale.
En 2001, la jeune femme débarque à Paris pour suivre des études à la Sorbonne. Elle en ressort avec un DEA en lettres modernes.
En collaboration avec le poète Lionel Ray, elle est l’auteur de plusieurs anthologies de poésie française et bengalie.
En 2008, elle publie un premier récit, Fenêtre sur l’abîme (Ed. La différence). Elle rencontre un véritable succès critique et public avec Assommons les pauvres (L’Olivier, 2011), un «roman aussi étonnant par le choix de son sujet que par la langue et l’énergie sauvages qu’y déploie son auteur» (Marc Weitzmann, Le Monde).
Assommons les pauvres a été couronné par le Prix Valéry-Larbaud et le Prix du roman populiste.
En dix ans à peine, son style s'est affirmé, parsemé de métaphores et d’images frappantes de justesse. On retrouve dans ses deux romans, comme dans le dernier, la même prose poétique aux accents autobiographiques : menés par des narratrices ayant comme elle quitté l’Inde pour la France, ils racontent le déracinement, l’expérience combinée de la liberté et de la perte, le deuil des fantasmes entourant le pays d’accueil comme la patrie d’origine.

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Au secours ! Un ours est en train de me manger ! de Mykle Hansen (Nouvelles éditions Wombat – 2014)


Rien de tel que de commencer cette nouvelle année avec un éclat de rire littéraire venu de l'autre côté de l'Atlantique.
Manager tyrannique, Marv Pushkin embarque son équipe de publicitaires pour un week-end de chasse en Alaska. Alors qu’il est en train de changer une roue de son 4 x 4, un ours l’attaque. Coincé sous la voiture, la jambe broyée par le châssis, Marv se fait grignoter le pied par Monsieur l’Ours et bientôt le second.
Une situation pour le moins inconfortable, qui plongerait plus d’un citadin dans le désespoir. Mais, grâce aux puissants analgésiques dont il ne se sépare jamais, Marv est résolu à tenir le coup en attendant les secours. S’engage alors un délirant monologue où il s’attache à démontrer la supériorité de l’Homo Sapiens sur le Plantigrade, et plus largement de la Civilisation sur la Nature, n’en déplaise aux écolos chevelus et autres thuriféraires de ce "ringard de Thoreau".
Car Marv Pushkin déteste la nature, sa femme geignarde et ses lopettes de subordonnés. En revanche, il adore son Range Rover aux sièges rabattables en cuir d’Oxford, ses vêtements de marque, ses drogues aux propriétés chimiques merveilleuses, sa maîtresse Marcia du service clients, et surtout lui-même.
L’être supérieur qu’est Marv Pushkin parviendra-t-il à se tirer de ce mauvais pas – et à repartir du bon pied ?
L’Ours deviendra-t-il l’avenir de l’Homme ?
Vous le saurez en lisant cette satire hilarante, une trépidante aventure immobile aux multiples rebondissements.

Mykle Hansen vit à Portland, dans l’Oregon. Auteur de plusieurs recueils de nouvelles (Monster Cocks, The Bored, Bored Princess, Rampaging Fuckers of Everything on the Crazy Shitting Planet of the Vomit Atmosphere...), publiés sous l’égide du bien nommé mouvement « Bizarro », il signe ici un premier roman résolument anti-Nature Writing.
Lors de sa tournée promotionnelle aux États-Unis, Mykle concluait ses lectures en combattant un ours à mains nues.
Il perdait souvent.

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