1961. John et Joe ont à peine plus de vingt ans, ils sont davantage affamés de littérature que de nourritures terrestres, et ils ont la ferme intention de tourner le dos à tout ce qu’on attend d’eux aux États-Unis. Diplôme en poche, ils choisissent de brûler leur épiderme et leur vie sous le soleil de l’hémisphère Sud. Les Carnets du Nil blanc retracent une de leurs grandes aventures, ce voyage qui les mena de Munich à Nairobi sur la selle d’une moto.
Ce défi fou naît de l’invitation d’un membre du club des anciens élèves de Princeton, le mystérieux Sam, riche propriétaire anglais qui s’ennuie au coeur de la jungle kenyane. Pour lui rendre visite, les deux amis sont prêts à affronter la chaleur, les fièvres locales, et les embûches dont regorge une Afrique en pleine décolonisation.
Les voilà donc en Europe. Ils passent un agréable séjour en Italie. John apprend la langue. Puis ils se rendent à Munich, afin d'acquérir une moto, une magnifique BMW R50 blanche de 500 cm3, qui sera leur bicéphale. Étant donné sa couleur et leur périple, ils la baptisent "Le Nil blanc".
Ils débarquent en Tunisie, se baladent jusqu'à Djerba. Puis ils passent en Lybie, en fraude, subissent l'épreuve du désert jusqu'à Tobrouk et El-Alamein, lieux de guerrière mémoire.
Vient ensuite l'Égypte de Nasser, le Soudan déjà déchiré entre le Nord musulman et le Sud chrétien, luttant pour la possession du pétrole. À Kosti, ils voient le Nil blanc, le vrai. Les voici en Ouganda, ses trombes d'eau, naviguant sur un ferry délabré. Pour lutter contre ce qu'il appelle "la monose", John tient son journal, à la manière de Gide. Joe, lui, écrit des poèmes, entre deux maladies: il finira à Nairobi avec une double pneumonie!
En effet au bout d'un périple de 9.500 Km, les globe-trotters sont enfin parvenus au Kenya, chez leur hôte, à "l'Impala farm". Ils y subissent la plus cruelle des déceptions: Sam Small est un alcoolique paranoïaque qui ne s'occupe pas d'eux, ne leur montre rien de la nature alentour, et disparaît même totalement.
Heureusement, Will Powys, frère du poète Gallois John Cooper, prend le relais et leur explique la situation du pays: Jomo Kenyatta vient d'en prendre les rênes, et le conduira à l'indépendance en 1963.
L’opulente nature africaine est magnifiée sous une plume qui a le charme de ses vingt ans et qui sait recréer entre les lignes toute la magie des destinations lointaines.
Car en plus de fournir l’exemple sincère et subtil d’une amitié masculine en gestation, entre ambiguïté sexuelle et influence intellectuelle réciproque, les Carnets du Nil Blanc offrent un témoignage précieux sur les années troubles de la décolonisation, ainsi qu’une réflexion originale sur les grands enjeux du continent Noir.
Un peu désappointés, les garçons reprennent le chemin de la vieille Europe, atterrissent à Paris sans savoir ce qu'ils vont faire. Rentrer au pays semble la seule solution. Quand survient un miracle: on propose à John un travail de professeur à Tanger. Il passera dix-sept ans au Maroc. Joe, toute sa vie.
Objet littéraire singulier, ces carnets de voyage constituent un vrai roman de formation itinérant. En même temps qu’ils arpentent champs de ruine gréco-romaine, villages de bédouins ou capitales du Tiers-Monde, John et Joe font l’apprentissage de l’altérité, de la solitude, et, aussi, des inévitables désillusions au détour du chemin.

John Hopkins est né en 1938 dans le New Jersey. Après des études de sciences politiques à l’Université de Princeton, il entreprend une série de voyages à travers le monde puis s’attarde au Maroc pendant dix-sept ans.
Six de ses livres ont été publiés à La Table Ronde : Le Vol du « Pélican » (1988), Dans les montagnes chinoises (1989), Rendez-vous ultime (1991), Adieu, Alice (Quai Voltaire, 1999 ; La Petite Vermillon, 2001), Carnets d’Amérique du Sud (1972-1973) (Quai Voltaire, 2005) et Carnets de Tanger (1962-1979) (Vermillon, 1995 ; La Petite Vermillon, 2011).