Le Tigre, Une histoire de survie dans la Taïga de John Vaillant (Noir sur Blanc, 2011)
Par Alain et Christine Londner, dans Lire et découvrir -# 634 - Fil RSS
Le nouveau Prix Nicolas Bouvier 2012

En hiver 1997, un tigre de Sibérie chasse et dévore les habitants d’un petit village isolé dans les forêts de l’Extrême-Orient russe. Iouri Trouch et ses hommes de « l’inspection Tigre » sont appelés pour enquêter sur les attaques du félin, et pour décider de son sort.
Il ne s’agit pas d’un animal ordinaire : tous les tigres sont doués de mémoire, ce qui les rend extrêmement dangereux, mais celui-ci semble engagé dans un véritable processus de vengeance. John Vaillant suit l’équipe d’inspecteurs dans leur traque du tigre, à travers la forêt dense et le froid mordant. Il décrit également les effets de la présence de l’animal sur le village terrorisé.
Minée par la pauvreté et les dures conditions de vie, la population de cette région s’est tournée vers le braconnage et l’abattage illégal de la forêt pour survivre. Elle a ainsi contribué à la disparition progressive de la race du tigre de l’Amour, qui figure aujourd’hui sur la liste rouge des espèces menacées en Russie.
À travers ce récit d’aventure haletant, basé sur une histoire vraie, Vaillant documente la dévastation économique, culturelle et environnementale de la Russie postsoviétique, ramenant les actes désespérés du félin à un symptôme de la crise touchant à la fois cet animal en voie de disparition – et les humains partageant son territoire.
John Vaillant est un écrivain baroudeur pour qui l’aventure s’accompagne d’exploits physiques intenses ou spectaculaires. Cet Américain se passionne pour ce que la nature donne de plus grandiose à observer : en amoureux de l’environnement, ses pas le portent sur les cinq continents.
Longtemps reporter pour les prestigieux New-Yorker et National Geographic, il s’établit finalement à Vancouver où il vit aujourd’hui.
Son premier livre, The Golden Spruce, l’Épicéa d’Or en français, est un reportage fouillé sur l’abattage des épicéas au Canada.
Avec son second ouvrage, Le Tigre, Une histoire de survie dans la Taïga, John Vaillant décide de se détacher du style journalistique pour se rapprocher du roman. À mi-chemin entre reportage et fiction, John Vaillant convie le lecteur à observer le monde au travers des yeux d’un aventurier resté enfant : au-delà de récits extrêmement bien documentés, il parvient à restituer le sentiment primitif du chasseur lancé en terre inconnue, celui des premières excursions, des premiers émerveillements.
Ce récit est aussi une démonstration de la fascination de John Vaillant pour la force animale et humaine, mais aussi pour la persévérance et le courage des chasseurs . Avec un véritable émerveillement, il décrit le combat titanesque entre Iouri Trouch et le tigre mangeur d’hommes : Amélie Nothomb a décrit ce récit dans les colonnes du Monde comme "l’équivalent forestier de Moby Dick" !
Cependant, s’il érige le tigre en quasi-divinité, à mi chemin entre un esprit de la Taïga sauvage et une catastrophe naturelle, John Vaillant garde bien à l’esprit qu’il s’agit là d’un des derniers membres d’une espèce en voie d’extinction. Il choisit ainsi la fascination comme moyen de sensibiliser les lecteurs de la cause des tigres de Sibérie.
Le Prix Nicolas Bouvier 2012, attribué à l’unanimité du jury, couronne le récit de John Vaillant, Le Tigre Une histoire de survie dans la taïga (traduit de l’anglais par Valérie Dariot). Chaque année décerné à Saint-Malo lors du festival, le prix Nicolas Bouvier couronne un texte de grande exigence littéraire, français ou étranger prolongeant l’esprit de son oeuvre.
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