Décembre 1971. La guerre de libération du Bangladesh vient de prendre fin. Une fois la fièvre de la révolution retombée, tous les habitants de ce pays, qui vient de naître, sont confrontés aux défis de la paix. Comme celui de bien d’autres, le destin de la famille de Rehana Haque va se trouver radicalement modifié.
On le découvre à travers le parcours de Maya et Sohail Haque, les deux enfants de Rehana. Tandis que Maya, jeune médecin, très engagée auprès des femmes, s’emploie à les aider à conquérir leur liberté, son frère Sohail, profondément affecté par le souvenir de la guerre et par des événements traumatisants sur lesquels le voile n’est levé qu’à la fin du roman, se réfugie progressivement dans la religion musulmane dont il adopte les positions les plus intolérantes et les plus sectaires, au point de se détourner progressivement de ses anciens amis d'université, de sa sœur comme de sa mère - et, plus tard, de son propre fils.
Très perturbée par la métamorphose de son frère auquel elle était très liée avant la guerre, Maya décide de s’exiler et quitte la maison de son enfance. Elle parcourt le pays et s’installe à Rajshahi, où elle ouvre un dispensaire après avoir travaillé dans divers hôpitaux universitaires.
Loin de s’ouvrir davantage au monde après son mariage avec Silvi - avec laquelle il aura un fils -, Sohail se retranche toujours plus dans la religion jusqu’à adhérer bientôt, avec sa femme, à la secte islamique Tabligui Jamaat - la congrégation de l’islam -, décision qui signe la rupture avec sa mère. De son côté, Silvi, l’épouse de Sohail, organise régulièrement des réunions de femmes afin de leur enseigner les différentes conditions à remplir pour être une bonne musulmane et entretenir le rapport qui convient à Dieu, à la moralité, au monde masculin et au sexe, au voile, ainsi que la vie du prophète et de ses femmes, et la manière d’élever les enfants.
Quant à Sohail, c’est à la mosquée qu’il dispense ses enseignements auprès de son propre groupe d’adeptes, qui, devenus prosélytes, y entraînent leurs fils et leurs connaissances afin qu’ils puissent bénéficier des leçons de celui qui est désormais considéré comme un saint homme.
C’est en apprenant le décès de Silvi, qui succombe à la maladie qui l’a frappée, que Maya, après sept ans d’absence, prend la décision de rentrer chez elle. Très vite, elle s’attache au petit Zaid, le fils de Sohail, découvre qu’il n’est pas scolarisé et s’efforce de lui apprendre l’alphabet. Hélas, toutes ses tentatives pour faire inscrire Zaid à l’école resteront sans effet. Sohail fait le choix d’envoyer Zaid dans une madrasa, sur une île lointaine.
Bouleversée, Maya se sent obligée d’agir quitte à provoquer le déclenchement, longtemps retardé, d'une inéluctable tragédie: après avoir réussi à identifier la madrasa où son neveu a été envoyé, elle entreprend le voyage pour tenter de le récupérer.
Maya et Sohail incarnent ici deux conceptions du monde : à la modernité émancipatrice de la jeune femme s’oppose l’obscurantisme militant de Sohail et de ses adeptes. Mais tout l’art de Tahmima Anam réside dans la manière dont, par petites touches impressionnistes, elle parvient à rendre sensible cette confrontation en la nourrissant de ce qui fait la vie de toute famille dans ses contradictions, ses affects passionnés ou ses non-dits fondateurs.
Un bon musulman est une plongée aussi inédite que bouleversante au cœur même de l'intégrisme tel qu'il se vit, s'exprime ou se combat au quotidien, chez des hommes et des femmes de chair et de sang dont il confisque douloureusement le destin.

Née en 1975 à Dacca, au Bangladesh, Tahmima Anam a grandi à Paris, New York et Bangkok.
Issue d’une famille d’écrivains, elle a pour père le rédacteur en chef d’un des plus grands quotidiens anglophones du Bangladesh, The Daily Star. Titulaire d’un doctorat en anthropologie sociale obtenu à l’Université de Harvard, Tahmima Anam a collaboré, entre autres, aux magazines Granta, The Guardian, The New York Times, The New Statesman.
Elle est actuellement assistante de rédaction au New Statesman et habite à Londres.
Un bon musulman est le deuxième roman de Tahmima Anam, récompensé par le Commonwealth Writer'Prize en 2008 et dont l'œuvre est traduite dans une vingtaine de langues.
Son premier livre, The Golden Age, a été traduit dans une douzaine de langues (En France, il est paru sous le titre Une vie de choix, aux éditions Les Deux Terres en 2009).