Selon la légende, il y a 2.000 ans, le naufrage d'un navire, au large des côtes de l'Inde, laisse sur la plage un groupe de Juifs fuyant les persécutions grecques. Bien qu'ils aient perdu beaucoup de leurs livres sacrés lors du naufrage, ces juifs ont préservé une tradition orale de prières majeures comme la déclaration de foi, Shema Yisrael, et la prière à Eliyahu Hannibi ou le prophète Élie.
Ces Juifs Bene Israël (Enfants d'Israël) de l'Inde manifeste donc un attachement au Prophète Elie. Vivant dans un pays entouré par des images d'une multitude de dieux, les aînés avaient créé le culte d'Elie dans le but de continuer à préserver le judaïsme en Inde.
Dans les maisons Bene Israël, contrairement à ceux des autres Juifs, il y a habituellement une image du prophète sur un mur de la maison. C'est une pratique courante pour ces familles d'offrir des prières à Élie, lui demandant d'intervenir dans leur vie pour les aider à faire en sorte que leurs enfants réussissent à l'école ou qu'un mariage puisse se faire par exemple, etc.
Parfois, il répond et parfois ses réponses se font attendre.

Le contexte historique du nouveau roman d'Esther David a pour cadre les émeutes d'Ahmedabad en 2002, dans l'État du Gujarat, à la suite desquelles les derniers membres de la communauté juive de la ville, dont les ancêtres avaient vécu paisiblement en Inde, emménagent dans un groupe d'immeubles pour éviter les tirs croisés entre Hindous et Musulmans.
Si tous les habitants de la résidence Shalom India se sont réunis de manière communautaire dans un seul bâtiment, ce n’est pas pour rester entre eux. ils ont d'abord voulu fuir le danger d’émeutes anti-musulmanes où en tant que circoncis et « mangeurs de viande » ils ont pour certains été menacés.
Mais dans le bâtiment d’à côté, les populations se mélangent et quand un appartement se libère, le louer à un non-juif n’est pas vraiment un problème. Il est donc aussi question de poèmes ourdous, de costumes de mariages traditionnels indiens et de mode de vie israélien, dans ce roman multicolore.
Le roman commence par l'événement surnaturel du prophète Elie descendant sur Terre dans son char afin de rencontrer les gens qui célèbrent la première nuit de la Pâque juive dans tous les foyers de la résidence, afin de boire le verre de vin qui lui est destiné.
En commentant la qualité du verre de vin qui lui est offert, le prophète présente brièvement tous les personnages du roman.
La suite est une série de portraits, prenant la forme de nouvelles, se penchant sur la vie de chacun d’entre-eux. Toutes les nouvelles tournent autour d’un concours de déguisement organisé par la synagogue, idée géniale et qui permet de positionner tous les personnages par rapport à une grande question : le rapport à la tradition. Qu’il s’agisse de porter un jean ou d’entrer dans la peau d’un personnage biblique, le choix des déguisements pour les jeunes exprime toujours leurs désirs personnels et la réaction plus ou moins autoritaire des parents montre la latitude qui existe dans ces familles aimantes.
Comme personnages, on trouve ainsi Yaël, jeune fille modèle rêvant de séduire Léon malgré l'étroite surveillance de sa mère et de sa tante ; Sippora, femme à l'élégance naturelle qui fait l'admiration de tous et recueille les confidences dans son salon de beauté ; Ruby, veuve éplorée de Gershom et son désir naissant pour un violoniste non-juif; Rachel, qui trouve l'amour sur Internet avec un garçon qui meurt en Israël, malheureusement, dans une explosion.
Évidemment la question des amours avec des membres d’autres communautés est au cœur du roman; et ce qui est réjouissant chez Esther David est que le choix pour les jeunes de s’affranchir de la tradition par amour finit toujours plus ou moins bien. En tout cas, passionnés par leur progéniture, les parents comprennent et pardonnent. Et c'est le cas de Juliette, qui elle, trouve l'amour avec un garçon de religion hindou qui se convertira au judaïsme pour épouser Juliette.
Dans le même temps, les personnages sont très attachés à leurs racines indiennes. Même ceux qui ont émigré en Israël ont des sentiments nostalgiques de l'Inde. Deux d'entre eux, Juliette et Romiel, qui se sont mariés et ont migré vers Israël, finissent par revenir à Ahmedabad ayant eu du mal à gérer leur vie en Israël.
À travers la vie d’un immeuble et de ses habitants, Esther David peint les hésitations, les doutes et les joies de cette minuscule communauté juive qui est, sans relâche, tiraillée entre le poids d’une tradition à sauvegarder et le tumulte multiculturel qui l’entoure.
Manière d’Immeuble Yacoubian à la sauce casher, Shalom India Résidence, construit de brillante manière et empli de belles histoires qui résonnent universellement, nous initie aux rites et aux interdits d’un microcosme truculent à travers une narration enjouée et pleine d'esprit.

Esther David est née en 1945 au sein de la communauté juive d’Ahmedabad, sur la côte nord-ouest de l’Inde. Peintre et sculpteur, historienne de l’art, elle dispense une éducation alternative dans les bidonvilles.
Son premier roman, La Ville en ses murs (1998), a figuré sur la liste du prix Femina. Elle a publié en 2009 Le Livre de Rachel, Prix Eugénie Brazier, chez Eloïse d'Ormesson.