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L’élimination de Rithy Panh avec Christophe Bataille (Grasset-2012)

Cambodge: les années de plomb...

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Un bon musulman de Tahmima Anam, traduit de l'anglais par Sophie Bastide-Foltz (Actes Sud- 2012)

 
Décembre 1971. La guerre de libération du Bangladesh vient de prendre fin. Une fois la fièvre de la révolution retombée, tous les habitants de ce pays, qui vient de naître, sont confrontés aux défis de la paix. Comme celui de bien d’autres, le destin de la famille de Rehana Haque va se trouver radicalement modifié.
On le découvre à travers le parcours de Maya et Sohail Haque, les deux enfants de Rehana. Tandis que Maya, jeune médecin, très engagée auprès des femmes, s’emploie à les aider à conquérir leur liberté, son frère Sohail, profondément affecté par le souvenir de la guerre et par des événements traumatisants sur lesquels le voile n’est levé qu’à la fin du roman, se réfugie progressivement dans la religion musulmane dont il adopte les positions les plus intolérantes et les plus sectaires, au point de se détourner progressivement de ses anciens amis d'université, de sa sœur comme de sa mère - et, plus tard, de son propre fils.
Très perturbée par la métamorphose de son frère auquel elle était très liée avant la guerre, Maya décide de s’exiler et quitte la maison de son enfance. Elle parcourt le pays et s’installe à Rajshahi, où elle ouvre un dispensaire après avoir travaillé dans divers hôpitaux universitaires.
Loin de s’ouvrir davantage au monde après son mariage avec Silvi - avec laquelle il aura un fils -, Sohail se retranche toujours plus dans la religion jusqu’à adhérer bientôt, avec sa femme, à la secte islamique Tabligui Jamaat - la congrégation de l’islam -, décision qui signe la rupture avec sa mère. De son côté, Silvi, l’épouse de Sohail, organise régulièrement des réunions de femmes afin de leur enseigner les différentes conditions à remplir pour être une bonne musulmane et entretenir le rapport qui convient à Dieu, à la moralité, au monde masculin et au sexe, au voile, ainsi que la vie du prophète et de ses femmes, et la manière d’élever les enfants.
Quant à Sohail, c’est à la mosquée qu’il dispense ses enseignements auprès de son propre groupe d’adeptes, qui, devenus prosélytes, y entraînent leurs fils et leurs connaissances afin qu’ils puissent bénéficier des leçons de celui qui est désormais considéré comme un saint homme.
C’est en apprenant le décès de Silvi, qui succombe à la maladie qui l’a frappée, que Maya, après sept ans d’absence, prend la décision de rentrer chez elle. Très vite, elle s’attache au petit Zaid, le fils de Sohail, découvre qu’il n’est pas scolarisé et s’efforce de lui apprendre l’alphabet. Hélas, toutes ses tentatives pour faire inscrire Zaid à l’école resteront sans effet. Sohail fait le choix d’envoyer Zaid dans une madrasa, sur une île lointaine.
Bouleversée, Maya se sent obligée d’agir quitte à provoquer le déclenchement, longtemps retardé, d'une inéluctable tragédie: après avoir réussi à identifier la madrasa où son neveu a été envoyé, elle entreprend le voyage pour tenter de le récupérer.
Maya et Sohail incarnent ici deux conceptions du monde : à la modernité émancipatrice de la jeune femme s’oppose l’obscurantisme militant de Sohail et de ses adeptes. Mais tout l’art de Tahmima Anam réside dans la manière dont, par petites touches impressionnistes, elle parvient à rendre sensible cette confrontation en la nourrissant de ce qui fait la vie de toute famille dans ses contradictions, ses affects passionnés ou ses non-dits fondateurs.
Un bon musulman est une plongée aussi inédite que bouleversante au cœur même de l'intégrisme tel qu'il se vit, s'exprime ou se combat au quotidien, chez des hommes et des femmes de chair et de sang dont il confisque douloureusement le destin.

Née en 1975 à Dacca, au Bangladesh, Tahmima Anam a grandi à Paris, New York et Bangkok.
Issue d’une famille d’écrivains, elle a pour père le rédacteur en chef d’un des plus grands quotidiens anglophones du Bangladesh, The Daily Star. Titulaire d’un doctorat en anthropologie sociale obtenu à l’Université de Harvard, Tahmima Anam a collaboré, entre autres, aux magazines Granta, The Guardian, The New York Times, The New Statesman.
Elle est actuellement assistante de rédaction au New Statesman et habite à Londres.
Un bon musulman est le deuxième roman de Tahmima Anam, récompensé par le Commonwealth Writer'Prize en 2008 et dont l'œuvre est traduite dans une vingtaine de langues.
Son premier livre, The Golden Age, a été traduit dans une douzaine de langues (En France, il est paru sous le titre Une vie de choix, aux éditions Les Deux Terres en 2009).

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Comédie du livre 2011 - Table ronde du 29 Mai - La rencontre audio



Les Arpenteurs du monde

avec:

Antoine Calvino pour "Un an autour de l'océan indien" (Éd.Phébus)
Antoine Calvino est journaliste indépendant à Paris depuis plusieurs années lorsqu’il décide d’abandonner ses activités le temps d’une année afin de découvrir, sac au dos et en solitaire, les pays du pourtour de l’océan Indien. De 2007 à 2008, ce trentenaire à l’esprit festif a traversé l’Inde avant de parcourir le Yémen, l’Ethiopie, le Somaliland, le Kenya, l’Ouganda, Dubaï, l’Iran, la Turquie, la Syrie, le Liban et finalement Israël.

Olivier Lemire pour "L'esprit du chemin" (Éd.Transboreal)
Olivier Lemire a marché durant deux mois du nord au sud de la France pour atteindre le Bonheur, une rivière qui prend sa source au pied du mont Aigoual et alimente le Tarn. Parti de Plaisir en banlieue parisienne, il a relié bourgades et hameaux aux noms évocateurs, symboles des sentiments, des préoccupations et des grandes étapes de la vie : Le Corps, L’Espoir, La Conscience, L’Inquiétude, La Foy, La Sagesse, L’Amitié, en passant par La Beauté ou encore Le Paradis.

Alice Plane pour "À l'auberge de l'Orient" (Éd.Transboreal)
Alice Plane est partie, en janvier 2007 pour six mois, seule, avec l’envie de découvrir les femmes d’Asie centrale dans l’espace où elles sont reines : les cuisines. De l’Azerbaïdjan au Kazakhstan, en passant par l’Iran, le Tadjikistan et le Kirghizistan, elle s’intéresse ainsi à leur place dans la société, expérience qu’elle approfondit à travers la rédaction du récit de son voyage.

Philippe Sauve pour "Errance amérindienne" (Éd.Transboréal)
Guidé par ses réflexions, les rencontres insolites et les signes que le destin sème sur sa route, Philippe Sauve parcourt les États pittoresques et chargés d’histoire du Sud et du Midwest de l’Amérique, plongeant au cœur de la culture indienne, imprégnée de mystères et de traditions jamais perdues.

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Comédie du livre 2011 - Table ronde du 29 Mai - La rencontre audio



Les Aphorismes, Bloc-notes et autres racontars de Sylvain Tesson

avec

Sylvain Tesson pour "Une vie à coucher dehors" (Éd.Gallimard)

Issu de la jeune génération d’explorateurs français, Sylvain Tesson est particulièrement apprécié pour les récits de ses expéditions qu’il relate avec talent. Géographe de formation et membre du comité directeur de la Société des explorateurs français, il a déjà réalisé plusieurs voyages au long cours, notamment en Asie centrale et en Haute Asie.
Une heure avec Sylvain Tesson à qui nous donnons carte blanche pour organiser sa causerie - il sera question notamment d'Aphorismes - face à un public qui reconnaît, depuis longtemps, la qualité de son écriture et l’authenticité de cet écrivain-aventurier.

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Comédie du livre 2011 - Table ronde du 28 Mai - La rencontre audio



D'autres mondes, d'autres peuples

avec:

Gyaltsen Drolkar pour "L'insoumise de Lhassa " (Éd.Bourin)
Gyaltsen Drolkar, jeune nonne tibétaine, a été emprisonnée et torturée pendant 12 ans pour avoir souhaité l’indépendance du Tibet et longue vie au Dalaï Lama. Libérée en 2002, elle vit maintenant à Bruxelles.

Linda Gardelle pour "Pasteurs touaregs dans le Sahara Malien" (Éd.Buchet-Chastel)
Peut-on rester éleveur nomade aujourd’hui ? C'est ce à quoi Linda Gardelle tente de répondre, à travers ses deux livres qui paraissent simultanément, en prenant pour exemple les Touaregs du Mali et les nomades de Mongolie..

May Kham pour "Journal d'une enfant survivante" (Éd.Les Nouveaux Auteurs)
L'histoire, racontée dans le livre de May Kham, est celle d'une jeune Hmong du Laos, depuis son enfance auprès d'un père général, allié des Occidentaux, jusqu'à son exil en France, en passant par les terribles camps de la jungle thaïlandaise, mouroirs à ciel ouvert.

Preeta Samarasan pour "Et c'est le soir toute la journée" (Éd.Actes Sud)
Le premier roman de Preeta Samarasan est avant tout le portrait intime d'une famille indienne avec ses secrets, ses aspirations, ses espoirs et ses déceptions. Mais il est aussi une description de la vie en Malaisie sur plus d'un siècle, englobant, l'indépendance, les émeutes raciales et d'importants mouvements migratoires..

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Comédie du livre 2011 - Table ronde du 28 Mai - La rencontre audio



Évocation de l'œuvre de Kenneth White ou l'art de la Géopoétique

Alain Vacquié vous propose une évocation de l'œuvre de Kenneth White, au gré de ses voyages, de ses souvenirs et de son humeur vagabonde et poétique.
Une promesse de pur plaisir littéraire, en compagnie de Patrick Vendrin, comédien, qui se fera un plaisir de lire proses et poésies de cet écrivain le plus curieux, inattendu, cultivé que l'on puisse imaginer.

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Comédie du livre 2011 - Table ronde du 28 Mai - La rencontre audio



Raconteurs d'histoires

avec:

Isabelle Delloye pour "Le jardin d'Hadji Baba" (Éd.HéloÏse D'Ormesson)
Isabelle Delloye nous propose une fabuleuse fresque où se croisent une multitude de personnages. Le Jardin d’Hadji Baba évoque autant le passé, culturel de l’Afghanistan que ses maux présents. Entre mémoire et renaissance deuil et diaspora, l’initiation à la vie de Djon Ali dépeint un pays magnifique, trop souvent réduit à son actualité violente et tragique.

Maxence Fermine pour "Rhum Caraïbes" (Éd.Albin Michel)
La luxuriance des paysages de la Guadeloupe, ses croyances héritées des anciens esclaves ont inspiré à l’auteur-culte de Neige et d’Opium, Maxence Fermine, une épopée baroque et envoûtante, empreinte de sensualité et de magie à l’image de ces Caraïbes chatoyantes.

Christian Garcin pour "Des femmes disparaîssent" (Éd.Verdier)
Des femmes disparaissent est, d’abord, un vrai roman policier ou plutôt un thriller littéraire. Car tout en gardant le style maîtrisé qu’on lui connaît, Christian Garcin se permet de conduire le lecteur sur tous les registres de la narration.

Guillaume Jan pour "Le cartographe" (Éd.Intervalles)
Le Cartographe est le premier roman de Guillaume Jan où Lazare, vingt-cinq ans, accompagne un groupe de rock dans sa tournée européenne. Mais le projet tourne court à Sarajevo et le jeune homme doit se débrouiller seul pour rentrer en France. Le chemin du retour se révèle plus compliqué que prévu : cet Ulysse maladroit va se perdre dans les Balkans.

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Dans l’ombre du soleil grec de Lawrence Durrell (Louis Vuitton-2012)

Un grand écrivain qui a vécu à Sommières dans le Gard.....

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Shalom india résidence d’Esther David (Héloïse d'Ormesson-2012)

 
Selon la légende, il y a 2.000 ans, le naufrage d'un navire, au large des côtes de l'Inde, laisse sur la plage un groupe de Juifs fuyant les persécutions grecques. Bien qu'ils aient perdu beaucoup de leurs livres sacrés lors du naufrage, ces juifs ont préservé une tradition orale de prières majeures comme la déclaration de foi, Shema Yisrael, et la prière à Eliyahu Hannibi ou le prophète Élie.
Ces Juifs Bene Israël (Enfants d'Israël) de l'Inde manifeste donc un attachement au Prophète Elie. Vivant dans un pays entouré par des images d'une multitude de dieux, les aînés avaient créé le culte d'Elie dans le but de continuer à préserver le judaïsme en Inde.
Dans les maisons Bene Israël, contrairement à ceux des autres Juifs, il y a habituellement une image du prophète sur un mur de la maison. C'est une pratique courante pour ces familles d'offrir des prières à Élie, lui demandant d'intervenir dans leur vie pour les aider à faire en sorte que leurs enfants réussissent à l'école ou qu'un mariage puisse se faire par exemple, etc.
Parfois, il répond et parfois ses réponses se font attendre.

Le contexte historique du nouveau roman d'Esther David a pour cadre les émeutes d'Ahmedabad en 2002, dans l'État du Gujarat, à la suite desquelles les derniers membres de la communauté juive de la ville, dont les ancêtres avaient vécu paisiblement en Inde, emménagent dans un groupe d'immeubles pour éviter les tirs croisés entre Hindous et Musulmans.
Si tous les habitants de la résidence Shalom India se sont réunis de manière communautaire dans un seul bâtiment, ce n’est pas pour rester entre eux. ils ont d'abord voulu fuir le danger d’émeutes anti-musulmanes où en tant que circoncis et « mangeurs de viande » ils ont pour certains été menacés.
Mais dans le bâtiment d’à côté, les populations se mélangent et quand un appartement se libère, le louer à un non-juif n’est pas vraiment un problème. Il est donc aussi question de poèmes ourdous, de costumes de mariages traditionnels indiens et de mode de vie israélien, dans ce roman multicolore.
Le roman commence par l'événement surnaturel du prophète Elie descendant sur Terre dans son char afin de rencontrer les gens qui célèbrent la première nuit de la Pâque juive dans tous les foyers de la résidence, afin de boire le verre de vin qui lui est destiné.
En commentant la qualité du verre de vin qui lui est offert, le prophète présente brièvement tous les personnages du roman.
La suite est une série de portraits, prenant la forme de nouvelles, se penchant sur la vie de chacun d’entre-eux. Toutes les nouvelles tournent autour d’un concours de déguisement organisé par la synagogue, idée géniale et qui permet de positionner tous les personnages par rapport à une grande question : le rapport à la tradition. Qu’il s’agisse de porter un jean ou d’entrer dans la peau d’un personnage biblique, le choix des déguisements pour les jeunes exprime toujours leurs désirs personnels et la réaction plus ou moins autoritaire des parents montre la latitude qui existe dans ces familles aimantes.
Comme personnages, on trouve ainsi Yaël, jeune fille modèle rêvant de séduire Léon malgré l'étroite surveillance de sa mère et de sa tante ; Sippora, femme à l'élégance naturelle qui fait l'admiration de tous et recueille les confidences dans son salon de beauté ; Ruby, veuve éplorée de Gershom et son désir naissant pour un violoniste non-juif; Rachel, qui trouve l'amour sur Internet avec un garçon qui meurt en Israël, malheureusement, dans une explosion.
Évidemment la question des amours avec des membres d’autres communautés est au cœur du roman; et ce qui est réjouissant chez Esther David est que le choix pour les jeunes de s’affranchir de la tradition par amour finit toujours plus ou moins bien. En tout cas, passionnés par leur progéniture, les parents comprennent et pardonnent. Et c'est le cas de Juliette, qui elle, trouve l'amour avec un garçon de religion hindou qui se convertira au judaïsme pour épouser Juliette.
Dans le même temps, les personnages sont très attachés à leurs racines indiennes. Même ceux qui ont émigré en Israël ont des sentiments nostalgiques de l'Inde. Deux d'entre eux, Juliette et Romiel, qui se sont mariés et ont migré vers Israël, finissent par revenir à Ahmedabad ayant eu du mal à gérer leur vie en Israël.
À travers la vie d’un immeuble et de ses habitants, Esther David peint les hésitations, les doutes et les joies de cette minuscule communauté juive qui est, sans relâche, tiraillée entre le poids d’une tradition à sauvegarder et le tumulte multiculturel qui l’entoure.
Manière d’Immeuble Yacoubian à la sauce casher, Shalom India Résidence, construit de brillante manière et empli de belles histoires qui résonnent universellement, nous initie aux rites et aux interdits d’un microcosme truculent à travers une narration enjouée et pleine d'esprit.

Esther David est née en 1945 au sein de la communauté juive d’Ahmedabad, sur la côte nord-ouest de l’Inde. Peintre et sculpteur, historienne de l’art, elle dispense une éducation alternative dans les bidonvilles.
Son premier roman, La Ville en ses murs (1998), a figuré sur la liste du prix Femina. Elle a publié en 2009 Le Livre de Rachel, Prix Eugénie Brazier, chez Eloïse d'Ormesson.
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Sibir, Moscou-Vladivostok (mai-juin 2010) de Danièle Sallenave (Gallimard-2012)

Toujours dans le train des écrivains "Blaise Cendrars".... avec une académicienne....

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Devenir indien : La révolution inachevée de la culture et de l'identité de Pavan K.Varma (Actes Sud-2012)

 
Il y a quelques décennies, le monde était découpé en Empires. Au milieu du vingtième siècle, des pays indépendants ont émergé de ces derniers, mais même après des années de libération politique, la liberté culturelle a échappé à ces nations anciennement colonisés comme l'Inde.
Dans ce livre important, Pavan K. Varma, se penche sur les conséquences de l'Empire sur la psyché indienne. Poursuivant le décryptage décapant de la psyché indienne entamé avec Le Défi indien, Pavan K. Varma met ici l'accent sur la nécessité, pour son pays, d'oeuvrer enfin à une émancipation culturelle, que l'affranchissement économique et politique du sous-continent n'a pas réussi à établir, plus de soixante ans après le départ des Britanniques et l'indépendance de l'Inde.
S'appuyant sur l'histoire indienne moderne, des événements contemporains et l'expérience personnelle, il examine comment et pourquoi l'héritage du colonialisme persiste dans la vie quotidienne indienne, affectant la langue, la politique, l'expression créatrice et l'image de soi. Plus de six décennies après l'indépendance, l'anglais demeure la langue la plus puissante en Inde, et est devenu un moyen d'exclusion sociale et économique.
Les arts et la littérature classiques continuent d'être négligés, et la culture populaire est stupidement l'imitation des tendances occidentales.
Convoquant souvenirs familiaux, observations, conversations et archives, Devenir indien, après avoir rappelé de quel mépris, voire de quel effarant racisme, firent preuve nombre d'acteurs historiques de la colonisation britannique, dénonce l'incompréhensible inertie des élites indiennes actuelles face à la confiscation, par un modèle occidental mondialisé et marqué au sceau des valeurs de l'ancien colonisateur, de la créativité plurielle d'un pays en position de jouer un rôle de puissance majeure du XXIe siècle.
Fustigeant la véritable machine à plagier qu'est devenue l'industrie du cinéma de Bollywood, le clonage architectural dont l'Inde est aujourd'hui le complaisant théâtre (Les villes sont parsemées de bâtiments incongrus qui ne doivent rien aux traditions indigènes de l'architecture), l'absence de politique novatrice en matière de gestion du patrimoine ou l'incapacité de l'édition à rendre justice à la diversité linguistique qui caractérise l'Inde, Pavan K. Varma exhorte avec ferveur ses compatriotes à se défaire de leur "amnésie coloniale" pour prendre d'urgence en main leur devenir identitaire, afin, loin de toute tentation xénophobe ou étroitement traditionaliste, de demeurer fidèle à l'exigence du mouvement initié, il y a un siècle, par les combattants de la liberté.
La thèse est convaincante, Pavan K. Varma utilisant un savant mélange d'histoire, de religion et des exemples personnels pour donner cette profondeur au livre.
Un livre lucide, érudit et réfléchi qui est la première histoire populaire de la classe sociale qui a façonné le passé récent de l'Inde et contrôle toujours la clé de son avenir.

Diplomate, essayiste, traducteur, Pavan K. Varma est un passionné multiforme.
Après avoir occupé de nombreuses fonctions au sein du ministère indien des Affaires étrangères, en Inde et à l’étranger, il est aujourd’hui ambassadeur de l’Inde au Bhoutan.
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Rencontre du Vendredi 27 Janvier 2012



La rencontre du 27 Janvier, aura pour thème principal L'Extrême-Orient russe et Vladivostok.
Nous accueillerons, pour l'occasion Cédric Gras.

Né à Saint-Cloud en 1982, Cédric Gras débute ses études de géographie à Paris, avant de les poursuivre à Montréal puis en Inde.
Parallèlement, il s’adonne à sa passion pour l’alpinisme et la marche dans divers massifs montagneux : Andes, Caucase, Népal, Karakoram pakistanais. En 2002, il relie les plaines mongoles au plateau tibétain lors d’un voyage à cheval et à pied.
Quand un accident refroidit ses ardeurs himalayennes en 2006, il découvre la Russie pour sa dernière année de mastère, à Omsk, en Sibérie.
Séduit par l’est de la Fédération, il accepte l’année suivante d’enseigner le français à l’université d’État d’Extrême-Orient de Vladivostok avant, finalement, de rester deux années supplémentaires en tant que volontaire international afin d’y créer l’Alliance française.
De ces années à Vladivostok, il fait aujourd’hui un récit au point de vue riche et personnel sur la réalité de la région, dans un style alerte et profond.
Il est aujourd’hui directeur de l’Alliance française de Donetsk, dans l’Est ukrainien. .

Projection numérique. , suivie d'une dédicace du livre "Vladivostok, entre neige et mousson" (Éditions Phébus).
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Transsibérien de Dominique Fernandez, accompagné de deux cahier-photos de Ferrante Ferranti (Grasset-2012)

Encore dans le train des écrivains "Blaise Cendrars".... avec un académicien....

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Voyage en éthiopie et autres récits africains de Curzio Malaparte (Arléa-2012)


En 1939, désavoué par le régime fasciste, Curzio Malaparte s'embarque pour l'Éthiopie afin de regagner estime et considération en témoignant de la colonisation italienne. Mais, séduit par "la terre des hommes rouges", il renonce à l'entreprise de glorification pour mener une exploration plus intime. Et son voyage devient littérature.
Voyage en Éthiopie et autres écrits africains est donc un récit de voyage d’une grande plume de la littérature italienne du xxe siècle. Il s’agit d’un recueil d’articles écrits pour le grand quotidien italien Corriere della Sera.
L’écrivain entendait rendre compte de « l’italianisation » de l’Éthiopie après sa conquête par le régime fasciste. Le livre emmène le lecteur dans une Éthiopie imaginaire et réelle à la fois ; les paysages y sont abstraits et concrets ; les lieux y sont personnifiés et les hommes réduits parfois à de simples choses. Perdant ses repères, le lecteur n’a pas l’impression de lire un reportage mais de pénétrer dans un monde unique : celui d’un grand auteur. Les faits, pourtant, sont présents et tout à fait réels : combats avec les rebelles éthiopiens, vie des villages, rencontre de certaines autorités de l’administration coloniale.
Malaparte nous étonne à chaque page par une accumulation d’images surprenantes, inoubliables. C’est bien plus qu’un récit journalistique, chaque scène devenant unique, épique.
L’écriture procède par accumulation de visions ; le voyage devient hallucination. L’Éthiopie nous est livrée comme un immense théâtre aux décors changeants, qui décline ses couleurs au gré du parcours du soleil.
À la lecture de certains passages plus idéologiques, impossible de faire la part de ce qui est dû au contexte fasciste, à l’expression d’une véritable pensée ou encore à une simple esbroufe – le doute étant toujours permis avec Malaparte. Il est certain, en tout cas, que ces discours sont prétextes à littérature.
Jointe à ce récit, on lira la correspondance entre Malaparte et le Corriere della Sera. Non seulement il ne donna de lui aucune nouvelle durant des mois, mais il remit ses articles longtemps après la date convenue. On ne peut qu’admirer l’incroyable liberté et l’audace de l’écrivain.

Curzio Malaparte (1898-1957), était un écrivain, journaliste, correspondant de guerre et diplomate italien. Auteur d’une oeuvre foisonnante mêlant récits, théâtre, essais et chroniques, il reste principalement connu pour ses romans Kaputt (1944) et La Peau (1949).
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Tangente vers l'Est de Maylis de Kerangal (Verticales – 2012)

Dans le train des écrivains "Blaise Cendrars"....

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Le gouverneur d'Antipodia de Jean-Luc Coatalem (le Dilettante-2012)


Jean-Luc Coatalem, tous ses livres en témoignent, est du club de ceux qui aiment à "tâter de la rondeur" de la planète. Il aime également à goûter les retombées poétiques de l’élan voyageur: étiquettes jaunies et guêtres en cuir de buffle, lunettes de visée et ombrelles de lin, boussoles de cuivre et carabines allemandes, toute la brocante de l’errance aventureuse.
Ce goût tout à la fois poétique et forcené s’incarne cependant dans des figures rares. Tel celui qui nous parle debout sur la grève d’Antipodia, François Lejodic, 34 ans, dit "Jodic", mécanicien et amoureux déçu qui s'est volontairement débarqué sur Antipodia pour tenter d'oublier sa Virginie.
Antipodia, parcelle antarctique, "une île perdue, cernée de vagues puissantes, devant, derrière, partout". Une île australe. Aux antipodes de tout. Battue par les vents. Loin des zones de pêche.
Depuis "Jodic" fait fonction de vigie de la République tricolore sur cette miette granitique, poncée par la marée, abrasée par les vents, piquetée de chèvres voraces, laissées là naguère par un navire, en guise de réserve de viande, au cas où, un jour, un bâtiment s'échouerait dans les parages, afin que les rescapés ne soient pas contraints de s'entredévorer pour survivre.
Lui sert de compagnon et de supérieur un rejeton des Paulmier de Franville, famille amirale, diplomate en disgrâce suite à une affaire de mœurs "Singapourienne" qui vit l’endroit comme une Sainte-Hélène à la nudité vertigineuse. Ses journées se passent à relever la météo, vérifier que le matériel est entretenu, tenir un registre des événements: "En mon royaume vide, comptable des nuages, prince des nuées, je suis le négus du Grand Rien."
Si notre "Gouv" tourne en rond, remâchant sa disgrâce sur le petit périmètre de l'île, le second cavale comme un lièvre, heureux, ravi.
Son secret? Une plante mystérieuse; le reva-reva. Celui qui l'absorbe fait entrer aussitôt ses rêves dans la réalité.
Chacun arbitre son quotidien à sa façon: songes érotiques et maintenance du matériel, rêves de pouvoir et taquineries érudites. Une revue d’inspection épicée d’une foulure au pied, la visite à une base météo, l’arrachage d’une molaire prennent stature de dates majeures.
Mais l'hiver et la glace arrivent.
Un naufragé aussi, sur un bout de bois, poussé par des vagues. Lui, un Mauricien, s'appelle Moïse, jeté par-dessus bord par le capitaine du navire où il était embarqué. Il se croit sauvé des eaux froides. Il pose son pied nu sur la grève désolée. C'est alors que tout commence. Que tout éclate.
Le temps joue son rôle d’acide, attaque, délite, excite : la rêverie tourne à l’obsession, le songe exotique à la vision homicide, les tensions s’exacerbent, les violences surgissent entre Antipodiens, un délire épais que rien ne parvient à réduire.
Avec Le Gouverneur d'Antipodia, Jean-Luc Coatalem signe, dans un récit tendu, une étonnante robinsonnade.

Breton, finistérien, Jean-Luc Coatalem est né en 1959. Dans le sillage d’un grand-père officier colonial, et d’un père militaire de carrière, il a connu, au gré des mutations familiales, une enfance en Polynésie et une adolescence à Madagascar, séjours qui lui ont donné le goût de l’ailleurs et l’ont marqué.
Éditeur, reporter pour "Grands Reportages” et pour “Géo” depuis 1999, il a parcouru le globe à pied, à cheval, en ULM et en brise-glaces, de la Chine à l’Antarctique et du Brésil au Pakistan. Il a visité près de 80 pays.
En tant qu’écrivain, il a publié des récits bourlingueurs comme Suite indochinoise (La Table Ronde, 1993, Le Dilettante, 2004, Petite Vermillon, 2008) et Mission au Paraguay (Grasset, 1996 et Petite Vermillon, 2009), ainsi que des romans ou des nouvelles situés dans des décors exotiques, comme Capitaine (Flammarion, 1991), Triste Sire (Le Dilettante, 1992 - réédition en 2012), Les Beaux Horizons (Le Dilettante, 1997), Zone tropicale (Le Dilettante, 1988), Fièvre jaune (Le Dilettante, 1989) ou Le Fils du fakir (Grasset, 1998 & LdP, 2001).
Aux côtés de Nicolas Bouvier et d'Alain Borer, il a été l’un des neuf signataires du Manifeste pour une littérature voyageuse, sous l’égide de Michel Le Bris, en 1992. Il s’est fait connaître du grand public par son enquête passionnée sur Paul Gauguin, Je suis dans les mers du Sud (Grasset, 2001, LdP, 2003), et par son ode à la géographie et à l’errance, La consolation des voyages (Grasset, 2004 & LdP, 2006).
Parmi ses ouvrages récents, Il faut se quitter déjà (Grasset, 2008 & LdP, 2009), Le dernier roi d’Angkor (Grasset, 2010, LdP 2011).
En parallèle, il a co-signé deux albums de bande dessinée avec son complice Loustal (Casterman, 2002 et 2004).
Distinctions : Bourse Cino del Duca 1998, Prix Amerigo-Vespucci 2001, Prix Tristan-Corbière 2001, Prix Bretagne 2001, Prix des Deux-Magots 2002.

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Afrique des métamorphoses de Pierre Graziani (L'Archipel-2012)

Un voyage en Afrique

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Le train des écrivains: Moscou-Vladivostock


Du 28 mai au 14 juin, dans le cadre de l’Année France-Russie 2010, 15 écrivains français et 2 photographes étaient invités à traverser la Russie à bord du Transsibérien, baptisé pour l'occasion "Blaise Cendrars", pour un périple de Moscou à Vladivostok. Huit villes étapes avec comme programme des rencontres littéraires avec la population et des découvertes des grands lieux du patrimoine russe.
Voulu par Alexandre III pour rallier l’Asie à travers les forêts de la Taïga et l’immense étendue des steppes, le Transsibérien rallie Moscou à Vladivostok. De la « ville des mille et trois clochers et des sept gares » jusqu’aux rivages du Pacifique, il éveille toujours cette même fascination du voyage qu’exprimait Blaise Cendrars en 1913 dans sa Prose du Transsibérien.

Aujourd’hui, près d’un siècle après la publication de ce poème mythique, ces auteurs représentatifs de la littérature française contemporaine, dont certains ont déjà écrit leurs textes sur ce voyage, accompliront le voyage imaginé par le poète: Patrick Deville, Géraldine Dunbar (Seule sur le Transsibérien- Transboréal- 2010), Jean Echenoz, Mathias Enard (L'alcool et la nostalgie- Inculte éditions, 2011), Dominique Fernandez (Transsibérien-Grasset, 2012), Sylvie Germain (Le monde sans vous- Albin Michel, 2011), Guy Goffette, Minh Tran Huy, Maylis de Kerangal (Tangente vers l'est- Verticales, 2012), Kris, Wilfried N’Sondé, Jean-Noël Pancrazi, Olivier Rolin (Sibérie- Inculte éditions, 2011), Danièle Sallenave (Sibir- Gallimard, 2012), et Eugène Savitskaya accompagnés des photographes Tadeusz Kluba et Ferrante Ferranti, se sont lancés dans l’aventure en traversant la Russie d’Ouest en Est.
Cette délégation d’auteurs était placée sous le signe de la singularité et de la liberté : liberté des formes, liberté d’expression dans une langue choisie plutôt qu’héritée, liberté d’intervenir dans le champ de l’imaginaire ou celui du réel. Certains d’entres eux ont déjà été traduits en russe, d’autres le sont pour la première fois dans une anthologie bilingue spécialement éditée pour l’occasion. Jamais depuis André Gide et ses compagnons de voyage, en 1936, une délégation d’écrivains français ne se sera aventurée si profondément en Russie.

Durant les seize jours du trajet, le train a fait escale dans quelques-unes des plus belles villes de Russie : Moscou, Nijni-Novgorod, Kazan, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Krasnoïarsk, Irkoutsk, Oulan-Oude et Vladivostok. Les écrivains sont allés à la découverte du patrimoine culturel et naturel russe.
Afin de favoriser les rencontres et les échanges entre auteurs français et russes et la population locale, chaque ville étape a accueilli des tables rondes, des colloques et des débats littéraires ouverts à un large public dans les Alliances françaises, les bibliothèques, les universités et les librairies.

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