Kampuchea de Patrick Deville (Seuil-2011)
Par Alain et Christine Londner, mercredi 28 septembre 2011 à 10:32.

C’est le récit d’un voyage le long du fleuve Mékong, effectué entre le procès des leaders khmers rouges à Phnom Penh (2009) et la révolte des chemises rouges en Thaïlande (début 2010).
Tout part, d’une certaine façon, de la découverte, par hasard, des temples d’Angkor par Henri Mouhot en train de poursuivre un papillon. Car la France est très présente. Elle est la puissance coloniale dont de nombreuses traces demeurent. Et Paris est le lieu où quelques jeunes Cambodgiens, vers le milieu du XXe siècle, viennent poursuivre de brillantes études : ils seront les « frères », numérotés par ordre d’importance, qui se retrouveront plus tard à la tête de l’inconcevable mouvement révolutionnaire des khmers rouges arrivés au pouvoir le 17 avril 1975 et qui organiseront une méthodique extermination de tous ceux qui résistent à leur système.
Patrick Deville explore la mémoire de cette tragédie récente, dans le paysage souvent enchanteur du Mékong. La littérature n’est jamais loin, pour le meilleur (Pierre Loti, Malraux, Kessel ou encore Conrad) mais aussi pour le pire (Douch, l’un des hauts dignitaires après Pol Pot, à l’ouverture de son procès, déclame du Vigny).
Grand voyageur, esprit cosmopolite, Patrick Deville est né en 1957.
Après des études de littérature et un CAPES de philosophie, Patrick Deville s'embarque, à l'âge de 25 ans, dans une longue série de voyages au cours desquels il sera amené à écrire et enseigner en Algérie, au Nigéria, au Maroc ou encore à Cuba.
Épisodiquement, sa vocation de romancier rappelle le globe-trotter sur les rives françaises, notamment en 1988 lorsqu'il publie son premier succès critique et commercial, Longue vue.
Le Feu d'artifice (1992), La Femme parfaite (1995) et Ces deux-là (2000), profondément marqués par le style minimaliste de Deville, paraissent eux aussi aux Éditions de Minuit, tandis que l'auteur sillonne les mers du Sud, papillonnant de résidences d'écrivains en festivals littéraires.
En 2001, il pose ses valises à Saint-Nazaire pour prendre la tête de la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs (MEET), où il fonde un prix littéraire latino-américain. Sa passion du voyage transparaît plus que jamais dans une nouvelle vague de romans publiés au Seuil: Pura Vida : vie et mort de William Walker (2004), La Tentation des armes à feu (2006) et Equatoria (2009) qu'il imprègne de la chaleur violente, abrutissante, rongeante de l'Afrique du fleuve Congo.
Patrick Deville clôt avec Kampuchéa sa trilogie de l'exploration des ex-territoires coloniaux, qu'il avait commencée en Amérique centrale avec Pura Vida, et en Afrique avec Equatoria.
Kampuchéa - Patrick Deville par EditionsduSeuil
Posté dans Lire et découvrir | »
lu 478 fois


