Disparition de Patrick Leigh Fermor
Par Alain et Christine Londner, mercredi 29 juin 2011 à 14:19.
Le résistant, écrivain voyageur et scénariste, Patrick Leigh Fermor, né le 11 février 1915 à Londres, fils d’un géologue et d’une mère bohème élevée en Inde, est mort à l’âge de 96 ans vendredi 10 juin 2011. Il était avant tout un amoureux de voyages et de liberté. De sa vie bien remplie, on retient son excentricité, son humour et son érudition.
Son premier ouvrage, publié au début des années cinquante, est un récit de voyage aux Antilles : Vents Alizés (Payot-1993-disponible). Fermor donne ici sa première leçon, magistrale, sur la manière de voyager, de ressentir, de partager et de décrire ce qui compte : les paysages, naturellement, mais surtout la vie des gens, leurs espoirs et leurs découragements. De Trinidad à la Jamaïque, avec un long et passionnant passage sur Haïti.
On retrouve cette même veine antillaise dans son unique roman : Les violons de Saint-Jacques, un conte des Antilles (Le Promeneur-disponible), un petit chef-d'oeuvre d'observation attristée, sa seule oeuvre de fiction.
Les ouvrages suivants, sont écrits surtout en Grèce, où l'auteur s'est installé au cours des années cinquante et où il passera la plus grande partie de sa vie : Mani, Voyages dans le Sud du Péloponnèse (Payot- 1999- disponible) décrit les paysages et les personnages du Péloponnèse. C'est le moment où l'auteur cessera de publier pendant une trentaine d'années.
Ce n'est qu'après ce long intermède qu'il reprend la plume dans les années 1970. Il donne alors ses deux œuvres maîtresses : Le Temps des offrandes (Payot-1991), et Entre fleuve et forêt (Payot-2003). Tous deux disponibles.
Patrick Leigh Fermor a quitté son pays le 8 décembre 1933 pour traverser à pied le continent. D’Ouest en Est, de la corne des Pays-Bas à Istanbul, porte de l’Orient. Il atteint la Corne d’Or le 1er janvier 1935, un an plus tard, ayant dormi dans de sordides brasseries bavaroises, à la belle étoile, ou dans un château des Carpates.
Ce voyage fondateur, Patrick Leigh Fermor ne cessera de le revivre pour en tirer ces deux livres considérés comme des chefs d’œuvre de la littérature de voyage. L’écrivain visait une trilogie mais le troisième tome ne vit jamais le jour.
Ces deux ouvrages majeurs sont une leçon pour tous les voyageurs : la culture, l'intelligence, la passion juvénile les dominent. Fermor décrit tout : la boue et les blés, les églises et les sabots, les masures et les châteaux.
Avec bonheur, chemin faisant, il mélange tout : considérations historiques et philosophiques, histoire familiale, descriptions de personnages et lieux et progresse à travers l'Europe comme s'il était chez lui.
Empreint de ce qu'on pourrait qualifier de "Désir d'Europe", le récit de cette traversée est, pour Leigh Fermor, l'occasion de connaître, de comprendre, et finalement de chanter sa patrie européenne, ses origines grecques, son histoire commune, ses valeurs partagées.
Ses équivalents français seraient à chercher du côté de Nicolas Bouvier (pour l’érudition curieuse) qui considérait ses écrits comme des "chefs d'oeuvre de l'humanisme nomade", ou de Jacques Lacarrière (pour l’amour de la marche et de la Grèce) ; son descendant côté anglo-saxon serait Bruce Chatwin, dont les cendres reposent dans une petite chapelle du Péloponnèse où Leigh Fermor a posé ses bagages en 1962.
En 2004, Patrick Leigh Fermor reçevait le Knight Bachelor’s Badge pour services rendus à la littérature et aux relations entre le Royaume-Uni et la Grèce.
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