"Longue vie au Dalaï Lama!” Elle y a mis toute son énergie, la jeune nonne tibétaine.“Indépendance au Tibet !” Elle a crié, Gyaltsen Drolkar.
En plein cœur du vieux Lhassa, aux abords du temple du Jokhang, un de ces lieux où bat l’âme spirituelle tibétaine. Défilé éphémère et revendications étouffées: quelques minutes à peine ont suffi aux policiers pour fondre sur les kamikazes d’une cause sacrifiée sur l’autel de la realpolitik.
Le 5 octobre 1989, le Dalaï Lama, considéré par les Chinois comme un dangereux séparatiste, avait obtenu le prix Nobel de la paix. Le 21 août 1990, Gyaltsen Drolkar a payé ses espoirs de sa liberté et de sa santé. Le 30 novembre 1990, elle a été condamnée à 4 ans de prison pour “activités séparatistes”.
Originaire de Meldro Gungkar, dans le Tibet central, la nonne du couvent de Garu avait 20 ans à peine.
Ses conditions de détention dans l’unité 3, le quartier des femmes, de la prison de Drapchi, Gyaltsen Drolkar les évoque, dans son livre, avec ce mélange de pudeur et de dignité qui sied aux femmes tibétaines: “Ils font une grande différence entre les prisonniers politiques et les prisonniers de droit commun. À partir du moment où l’on est considéré comme prisonnier politique, les conditions deviennent terribles”.
Tortures, confinements solitaires, travaux forcés, privations, malnutrition, viols : les Tibétains n’ignorent pas ce qu’ils risquent derrière les barreaux de Drapchi ou de Gutsa.
Mais la flamme de l’insoumission ne s’est pas éteinte. La jeune nonne et treize de ses compagnes de Drapchi ont pu se procurer un magnétophone et profiter des moments de relâchement de la surveillance pour enregistrer des messages et des chansons populaires.
Quand les Chinois s’en sont aperçus, il était trop tard: les voix, vibrantes d’espoir, sorties du fond du gouffre, résonnaient déjà dans tout la ville de Lhassa. Chacune de celles qu’on appellera “les quatorze nonnes chanteuses de Drapchi” donnait son nom et dédiait un poème ou une chanson à ses proches. Seize mélodies entonnées à l’avenant, en solo ou à plusieurs. Des chansons qui usaient souvent de métaphores pour décrire loyauté et dévotion au Dalaï Lama et au Panchen Lama, des paroles qui rappelaient la soif de liberté de ces jeunes femmes pour leur nation.
Aussi méritaient-ils, aux yeux des Chinois, une punition sévère: les quatorze nonnes, qui avaient toutes été incarcérées entre 1989 et 1992 pour avoir pacifiquement manifesté –quelques minutes seulement et en tout petits groupes – leur attachement au Dalaï Lama et à l’indépendance du Tibet, virent leur peine doubler.
Depuis sa libération, Gyaltsen Drolkar vit, réfugiée en Belgique, à Bruxelles.