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Une jeunesse indienne de Narendra Singh Sarila (Payot-2011)

Vie d'un Maharadjah....

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Et c'est le soir toute la journée de Preeta Samarasan (Actes Sud-2011)

 
Par une triste journée de septembre 1980, une jeune servante tamoule, Chellam - accusée par une fillette de six ans, Aasha, d'avoir joué un rôle dans la mort mystérieuse de sa grand-mère -, s'apprête à quitter, pour n'y plus revenir, la "Grande Maison" de Kingfisher Lane qui abrite les Rajasekharan, une famille de notables indiens de la ville d'Ipoh, en Malaisie.
Sa soeur aînée, Uma, s'étant, une semaine auparavant, envolée pour les États-Unis, la petite Aasha est seule, à présent, pour affronter une situation familiale délétère, entre un père aussi progressiste qu'absent et une mère que ronge l'amertume.
C'est dans l'inquiétude ainsi créée et au fil d'un envoûtant récit kaléidoscopique que Preeta Samarasan fait peu à peu surgir, sous le regard de la fillette, les non-dits et les mensonges dans lesquels s'enracine le "roman familial" des Rajasekharan, jusqu'à convoquer la figure du grand-père fondateur, jadis misérable coolie perdu dans la foule d'une immigration indienne aujourd'hui encore condamnée à la précarité par des lois iniques, aux allures d'authentique apartheid, dans un pays prétendument multiracial qui privilégie ouvertement sa communauté malaise.
Ce roman est avant tout le portrait intime d'une famille avec ses secrets, ses aspirations, ses espoirs et ses déceptions. Mais il est aussi une description de la vie en Malaisie sur plus d'un siècle, englobant, l'indépendance, les émeutes raciales et d'importants mouvements migratoires.
En invitant, dans un roman impressionnant d'autorité et de lyrisme, à une exploration sans compromis de la profonde corruption du rapport au monde, sur le plan individuel et collectif, dont est responsable la classe politique de son pays, Preeta Samarasan s'inscrit dans la lignée d'un Salman Rushdie, d'une Arundhati Roy ou d'une Kiran Desai, et inaugure avec éclat l'entrée de la Malaisie sur la scène de la littérature mondiale.
D'une force et d'une intensité extrêmes, ce roman, servi par une langue somptueuse, propose à travers le destin de trois femmes la passionnante découverte tant d'un pays, la Malaisie, que d'une région du monde dont on parle peu, et où une diaspora indienne que l'on ne connaît guère a joué et joue encore un rôle considérable.

Descendante de familles indiennes émigrées en Malaisie à la fin du XIXe siècle, née en Malaisie, Preeta Samarasan a quitté son pays pour achever ses études secondaires aux États-Unis.
Après avoir obtenu un master de musicologie et de création littéraire, elle s'est installée en France, dans un petit village de la Haute-Vienne, où elle vit avec son mari et sa fille.
Et c'est le soir toute la journée, son premier roman, a été traduit en quinze langues.

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Revue "6 Mois N°1" (Éditions les Arènes-2011)

Après "XXI", voici la revue "6 mois"

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Chef de Jaspreet Singh (Buchet-Chastel-2011)

 
Après une absence de quatorze ans et à la demande du général Kumar, chef du Commandement du Nord, son ancien employeur, Kirpal Singh revient pour cuisiner le repas de noces de sa fille, Rubiya.
À bord du train lent et bondé qui fait route de Delhi vers les hauteurs enneigées du Cachemire, le cuisinier Kip regarde défiler les lumières minuscules, les champs luisants et les villages bruyants du nord de l’Inde.
Ce faisant, il se remémore son passé : Il avait dix-neuf ans quand il est parti sur les traces de son père, et est arrivé dans ce camp militaire du glacier de Siachen,- le plus froid et le plus haut champ de bataille du monde-, où se font face, les armées indienne et pakistanaise.
Aujourd’hui, alors qu’il vient d’apprendre qu’il est atteint d'un cancer sans espoir de guérison, il se rappelle comment, dans la violence chaotique et les températures extrêmes de ce lieu absurde, il s’était laissé guider et cajoler par l’univers capiteux des femmes souvent plus mûres que lui et par les mets délicats et épicés de son mentor caustique et fougueux, le chef Kishen. Jusqu’à cette après-midi inoubliable, dont le souvenir lui est toujours aussi oppressant, où cette terroriste pakistanaise à la longue chevelure d’ébène échoua sur la rive du fleuve pour changer sa vie à jamais.
Jaspreet Singh crée un tourbillon d’allusions sensuelles, depuis les herbes aromatiques et les épices de la cuisine indienne, aux allures soyeuses des femmes que Kip n’ose pas toucher, jusqu’aux cinglantes chaleurs du sous-continent et aux froideurs surnaturelles des sommets du Cachemire.
Obsédant, mélancolique et intensément lyrique, Chef est le roman de l’espoir, de l’amour et de la mémoire sur le Cachemire occupé mais défiguré par les souffrances d’un conflit qui n’en finit pas: "J'ai commencé à travailler sur ce livre à l'époque où il y avait environ un million de soldats sur la frontière contestée, Il y avait un risque sérieux d'un échange nucléaire entre les deux pays".
C'est, également, un exercice littéraire et lyrique qui capture l’essence persistante de la paix perdue dans un territoire perturbé et disputé. Jaspreet Singh oppose ainsi la nourriture à la mort et lance un appel poignant en faveur de la paix au Cachemire: "J'ai été très intéressé par la vie au jour le jour des paramilitaires au Cachemire, dit-il. Même maintenant, quand je rencontre des hommes de l'armée, ils sont formés à ne pas exprimer leurs émotions. Ils mènent une vie intérieure très intense. Je voulais saisir cela".

"J’aime ce précepte de Nabokov : écrire avec la précision d’un poète et la passion d’un scientifique". Voilà pourquoi après une carrière de chimiste, Jaspreet Singh décide un beau jour de donner un tout autre ton à sa vie et de prendre la plume.
Né en 1969 au Penjdab indien, Jaspreet Singh a grandi dans la région du Cachemire et dans plusieurs villes de l’Inde (son père était militaire de carrière), avant de s’installer en 1990 à Montréal, où il a obtenu un doctorat en ingénierie chimique à l’université de McGill. Il publie en 2004 un recueil de nouvelles, Seventeen Tomatoes, encore non traduit à ce jour en français.
Son premier roman, Chef, est unanimement salué par la critique, et remporte en 2009 le Georges Bugnet Award for Fiction et le Canadian Authors Association Literary Award.
C'est aussi l’occasion, pour l’auteur, d’évoquer le violent conflit qui secoue cette région depuis un demi-siècle: "Je sentais qu’il y avait des histoires importantes qu’il fallait raconter; des histoires très différentes des versions policées fournies par le gouvernement; des histoires sur « ce qui c’était passé », sur ce qui aurait pu se passer du point de vue des personnages secondaires, pris dans un conflit sanglant."
Jaspreet Singh vit dans les Rocheuses canadiennes parce qu'elles lui rappellent sa bien-aimée région du Cachemire.
Actuellement, il termine une pièce de théâtre à Montréal et travaille sur un autre roman, Le Livre des jardins suspendus.

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L’Alcool et la Nostalgie de Mathias Énard (Inculte éditions-2011)


Réveillé en pleine nuit par un coup de téléphone de Jeanne qui lui apprend la mort de Vladimir, Mathias part dans l’heure à Moscou pour y retrouver celle qui reste, son amour défunt. Dans la douleur du deuil, au cœur d’une ville déboussolée — vaste terrain vague peuplé par des ombres —, les anciens amants se retrouvent brièvement réunis autour de la dépouille de leur ami.
Mais il va falloir l’escorter jusqu’à son village natal, au fin fond de la Sibérie, pour l’y enterrer. Un voyage que Mathias effectuera seul aux côtés de son compagnon silencieux, à bord du célèbre Transsibérien qui relie Moscou à Vladivostok.
Trois mille kilomètres à parcourir à travers une fabuleuse succession de paysages, et autant de souvenirs de la féroce et complexe histoire d’amour qui met en scène les trois complices dans les lieux interlopes de la capitale Russe, au milieu des volutes d’opium.
Dans ce récit, s’invitent également en résonance l’histoire politique et culturelle russe : la Guerre Civile menée par Trotsky, les goulags racontés par Chalamov, les Premiers Honoraires de Babel.
Un texte où les ombres de Dostoïevski, Axionov et Gogol ne sont jamais bien loin… Tout comme Tchekov, qui prétendait que face à la mort, il ne reste que l’alcool et la nostalgie.

Après des études d’arabe et de persan à l’INALCO et de longs séjours au Moyen-Orient, Mathias Énard s’installe en 2000 à Barcelone. Il participe aussi au comité de rédaction de la revue Inculte à Paris et, en 2010, il enseigne l’arabe à l’Université de Barcelone.
En 2008, Actes Sud publie son roman Zone caractérisé par une seule phrase de 500 pages. Il publie en 2010 Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants aux éditions Actes Sud, un conte sur un épisode peu connu de la vie de Michel-Ange, une escapade à Constantinople, où il débarque le 13 mai 1506 à l’invitation du sultan Bajazet II. Ce court récit montre la Constantinople tolérante et européenne qui a su accueillir les Juifs chassés d’Espagne par les terribles rois très catholiques. Le Goncourt des Lycéens a été décerné à ce roman en 2010.
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Circulations de Matthias Zschokke (Zoé-2011)


Il n’en était certes pas à son coup d’essai, mais on avait véritablement découvert le Suisse Matthias Zschokke il y a deux ans avec Maurice à la poule, couronné chez nous du Prix Femina étranger, journal décousu, presque dérisoire, et confinant pourtant à l’universel, d’un homme "sans qualités", le fameux Maurice, employé modèle et gris dans un bureau des quartiers nord de Berlin.
Matthias Zschokke se faisait entomologiste des sentiments, scrutant au plus près des ébranlements des êtres humains, détaillant au scalpel, mordant, cruel, à la fois empathique et ricaneur.
Une méthode totalement assumée – jusqu’à la mauvaise foi – dans son nouvel ouvrage, "Circulations", de caustiques chroniques vagabondes, un récit qui paraît ces jours-ci.
Amman, Budapest, Baden-Baden, Saint-Luc, New York, et en entrée, Berlin. De la ville omniprésente dans son œuvre, Matthias Zschokke nous entraîne dans le vaste monde. Avec son sens si aiguisé de l’observation et son regard plein d’humour et d’empathie, il nous guide de mégapoles en coins perdus, saute de l’une à l’autre au fil des mots.
Plus que le voyage, c’est le génie des lieux qui l’intéresse, comme des personnages qui se révèlent peu à peu. Et même si le lecteur peut puiser dans cet ouvrage quelques bonnes adresses, il s’agit avant tout ici de littérature. La subjectivité et la poésie qui habitent cette mosaïque de petits récits ne laissent aucun doute sur la nature de cette invitation au voyage.
Car de Berlin à New York en passant par Porto, Amman, Budapest ou… l’Alsace, ses Circulations sont autant de chroniques vachardes sur les peuples qui, tour à tour, l’enchantent ou le désolent. En général, sa sévérité est inversement proportionnelle à l’éloignement et à l’exotisme.
La Jordanie, il adore. L’Alsace, pas du tout.
Les formules de Matthias Zschokke sont proprement réjouissantes. New York, Venise ou Barcelone? Des villes où l’on "ricoche sur des créatures vivant du tourisme et sur des créatures souffrant du tourisme".
Dans les Thermes de Caracalla, à Baden-Baden, "chacun regarde devant lui comme s’il venait d’apprendre sa nomination à un poste de professeur et qu’il était enfin libéré de tout souci". Un bain dans la mer Morte? "Difficile à supporter, ce rien absolu, mais quelle que soit la chose qui nous torture, elle finit par mourir là-dedans".
Et nous, de mourir de délectation à dévorer les saillies de cet écrivain. L’exercice de style impose le ton vif, l’œil implacable et le stylo acéré.

Matthias Zschokke, né à Bern en 1954, vit à Berlin depuis 1980. Il a commencé sa carrière comme acteur avant de se lancer dans trois autres activités créatrices : l’écriture, la dramaturgie et le cinéma.
En 1981, il remporte le Prix Robert Walser pour son premier roman intitulé Max et cinq ans plus tard, le Prix de la Critique allemande pour son film « Edvige Schmit ».
Son roman Maurice mit Huhn qui lui a apporté une grande notoriété lors de sa publication en 2006, a été traduit en français en 2009 sous le titre Maurice à la poule et a obtenu la même année à Paris le Prix Femina Etranger.


Berlin par l'écrivain Matthias Zschokke envoyé par Les cinq continents
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L'Épopée du baron Ungern-Sternberg en Mongolie de Dmitri Perchine, Traduit du russe et présenté par Dany Savelli (La Lanterne Magique-2011)

Histoire du baron sanguinaire......

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RHADIKA JHA À MONTPELLIER

Radhika Jha à Montpellier, on ne pouvait souhaiter mieux.
Son séjour de 4 jours en France, alors qu'elle venait de Tokyo où elle réside maintenant, fut bien court et très fatiguant mais elle n'a pas hésité à accepter notre invitation, ce dont nous la remercions vivement.
Nous avons redécouvert (son dernier passage remonte à 5 ans) une écrivain brillante, charmante et pleine de grâce (sans doute la pratique de la danse Odissi!).

Son éditeur Philippe Picquier avait fait le chemin depuis Arles pour la retrouver.

Durant la rencontre qui a suivi, Philippe Picquier s'est fait un plaisir de lire le début du roman de Radhika Jha, occasion pour l'assistance de découvrir le texte pour la première fois puisque le livre ne sortira qu'à la fin du mois.

Au cours d'un dîner où l'Inde, son terrain d'écriture et le Japon, sa nouvelle terre d'exploration, furent évoqués, nous avons pu apprécier sa gentillesse et toute la finesse de sa pensée.
Elle doit, en ce moment même, survoler notre belle terre en direction de Tokyo.
Nous espérons la revoir bientôt en France ou chez elle à Tokyo pourquoi pas!
 
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L’Esprit du chemin, Voyage aux sources du Bonheur d'Olivier Lemire (Transboréal-2011)


Désireux de changer radicalement le cours de sa vie de cadre pressé et de retrouver la nature, Olivier Lemire a marché durant deux mois du nord au sud de la France pour atteindre le Bonheur, une rivière qui prend sa source au pied du mont Aigoual et alimente le Tarn.
Parti de Plaisir en banlieue parisienne, il a relié bourgades et hameaux aux noms évocateurs, symboles des sentiments, des préoccupations et des grandes étapes de la vie : Le Corps, L’Espoir, La Conscience, L’Inquiétude, La Foy, La Sagesse, L’Amitié, en passant par La Beauté ou encore Le Paradis.
Autant de lieux-dits bien réels dont il a rencontré les habitants, les interrogeant sur leur vision de l’existence et sur ce qui les rend heureux. Autant de portraits qui ponctuent, au fil de cet itinéraire métaphorique à travers une campagne vue d’un œil neuf et sans cesse à redécouvrir, le voyage d’un homme qui marche en quête du sens de la vie et apporte, par son cheminement, des éléments de réponse aux grandes questions existentielles.

Né à Rouen en 1959, d’un père normand et d’une mère suisse trop tôt disparue, Olivier Lemire a un itinéraire atypique dans le monde de l’aventure. Vendeur de photocopieurs en porte-à-porte à 20 ans, consultant en agence de design à 30, en charge des trains de montagne et des trains touristiques de Veolia à 40, il a décidé à l’aube de ses 50 ans de devenir « correspondant géographique », métier qu’il s’est inventé. Ce travail, qui l’a rapproché de sa vraie nature, consiste à arpenter à pied la géographie, composée de territoires et de gens, et d’en relater ce qu’il voit, entend et ressent.
Olivier Lemire a réalisé de nombreux voyages dans le monde entier : remontée sud/nord du Chili, volcans d’Indonésie, tour de l’Islande, Paris/Nice et Séville/Murcie à vélo… et de très nombreuses marches sur les traces des romantiques allemands, en Suisse surtout. Mais la liste de ses voyages mondiaux reste modeste.
En revanche, il a fait de la campagne française sa spécialité, et y traque les toponymes de lieux-dits aux noms porteurs de sens qui provoquent en lui une sorte de vertige métaphysique : « la Mort », « la Vie », « le Désespoir », « la Haine », « la Solitude », « le Bonheur », « le Bout du monde »… n’ont plus de secrets pour lui.
En 2007, il a ainsi cheminé sur 450 km entre « la Vie », dans la Creuse, et « la Mort », aux confins du Doubs.
En 2008, il a parcouru 2 500 km à pied pour réaliser le livre Celui qui marche, publié au Cherche Midi et aussitôt épuisé.
En 2009, il a rejoint les seize « Bout du monde » français et a pris la décision de quitter son emploi pépère pour se consacrer à sa vocation de « correspondant géographique ».
D’avril à mai 2010, il est reparti pour 1 500 km de marche de « Plaisir », en Région parisienne, au « Bonheur », en Cévennes, voyage qui a fait l’objet d’une série de six articles pour La Vie et qui paraît aujourd'hui aux éditions Transboréal.
Olivier Lemire a par ailleurs quelques marottes – son nid-d’aigle qu’il a restauré dans le Mercantour, la météorologie et les ciels océaniques, la manière dont la géographie éclaire notre présence au monde, la ligne d’horizon, le bout du chemin, les finistères… – et une aversion éprouvée pour toutes les impasses et tous les ronds-points.


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USA l'autre guide. Tome 1: les 24 états de l'Ouest d'Anne Toulouse (Jacob-Duvernet-2011)

Une nouvel façon de concevoir un guide....

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Des lanternes à leurs cornes attachées de Radhika Jha (Philippe Picquier-2011)

 
C'est à une Inde nouvelle que nous convie ce roman qui s'attache à une héroïne originale et hautement symbolique: une vache.
Des lanternes à leurs cornes attachées se déroule à Nandgaon, un village à quelques minutes de bus de la ville réelle de Khandwa dans le Madhya Pradesh.
Quatre personnages principaux sont au cœur de ce roman.
Ramu, le "simplet", qui épouse une belle jeune fille éduquée, Lakshmi, diplômée en biologie. Mais le couple est mis au ban du village à cause du suicide du père de Lakshmi à la suite de nombreuses dettes agricoles.
Peu de temps après son mariage, Ramu trouve une vache errante, abandonnée dans la forêt, et l'adopte. C'est le début d'une grande histoire d'amour originale, qui va faire de l'humble Ramu et de sa femme Lakshmi les sauveurs de leur village pour le meilleur ou pour le pire.
Le troisième personnage est Manoj Mishra qui abandonne son doctorat d'histoire pour entrer, avec sa femme, comme stagiaire dans un institut – le KIRD (Institut pour le développement rural)- qui perfectionne l'insémination artificielle, la fertilisation de la vache indienne avec du sperme d'origine européenne (suédoise et hollandaise) afin qu'elle produise plus de lait pour mettre fin à la pauvreté dans les villages.
Manoj a été pistonné par son beau-père, riche industriel dont il a épousé la fille Pratima dans un mariage arrangé.
Ayant gravi rapidement les échelons et étant devenu un inséminateur compétent, il ira, en compagnie d'un magnifique taureau espagnol Govinda, acheté à l'institut, s'installer dans le chef-lieu de Khandwa, sous-préfecture d'une région agricole pour créer une succursale d'insémination. Aussi reprend-il son activité d'inséminateur, parcourant les campagnes sur sa Endfield à la recherche de vaches fertiles et de paysans conciliants.
Sa rencontre avec Lakshmi sera déterminante pour le devenir du village.
Jusque-là le village de Nandgaon, qui a sciemment décidé de tourner le dos à la modernité, vivait à l'écart du monde, dans une sorte de paradis soigneusement préservé. Ni eau courante, ni électricité, ni même une route qui mène au village.
Le chef de celui-ci, le quatrième personnage, le "patel" Gopal Mundkur, craint le changement: il soupçonne que la science moderne ne fera que provoquer la destruction de l'équilibre fragile qui lie Nandgaon, ses gens et son troupeau. Son rôle est essentiel: il rend la justice, veille au bien-être de sa communauté et est l'homme le plus riche, propriétaire des plus belles terres et des plus belles vaches, tout en étant très respecté par les villageois qui viennent à lui régulièrement demander aide, assistance et conseils.
Nandgaon adore son troupeau: "et puisque ces bovins se rattachaient tous au Patel, c'était comme si tout Nandgaon n'avait qu'un seul cœur, et que ce cœur, c'était le troupeau".
À l'insu de tous et en rupture avec la coutume, Lakshmi va faire inséminer la génisse venue de la jungle par Manoj. La vie du village en sera bouleversée, car la génisse née, sans aucun lien avec le troupeau du village, est blanche et noire, ce qui terrifie les villageois qui la considèrent comme un monstre par rapport à leur bétail blanc. Et celle-ci, devenue adulte, va faire de Ramu un homme jalousé car il vend l'excédent de son lait dans les villages environnants, ce qui lui rapporte de l'argent et elle va accoucher d'un mâle prêt, bientôt, à monter toutes les vaches du troupeau.
Dès lors le rapport de force entre Lakshmi, la modernité et le Patel, la tradition est inévitable. Entre Shumbhu, le taureau de Lakshmi et Nandini, la plus belle vache du Patel, tout peut arriver.
Dans cette composition soigneusement orchestrée, Radhika Jha manifeste son amour pour son pays et les hommes simples qui l'habitent confrontés à une nature à la fois féroce et maternelle.
Elle traite avec sérieux la manière d'introduire des méthodes modernes dans les communautés rurales, avec une sensibilité, une fantaisie et une empathie qui obligent le lecteur à comprendre ce qui est en jeu dans ces campagnes reculées.
Son roman s'enracine dans la terre et le cœur de l'Inde, celle des fêtes (magnifique description de la Gao Puja), des rites et des dieux, celle aussi des notables et des sous-préfectures, évoqués avec humour lorsque germe en eux la graine de la cupidité.
Il résonne en nous comme une parabole, une de ces épopées de vie et de mort qui se transmettent de génération en génération pour expliquer comment le village de Nandgaon s'ouvrit un jour avec délices aux joies et aux vices de la modernité.
Des lanternes à leurs cornes attachées. est annoncé en Inde comme le premier grand roman indien rural depuis des décennies.

Jeune plume indienne cosmopolite au confluent de la littérature traditionnelle et le la culture occidentale, Radhika Jha manie la plume avec autant d’élégance et de précision qu’elle pratique l’odissi, une danse classique indienne aux mouvements complexes et raffinés.
Native de Delhi, Radhika Jha choisit l’université de Chicago pour suivre des études de sciences politiques et d’anthropologie avant de devenir journaliste pour L’Hindustan Times et Busisnessworld, où elle explore aussi bien la culture, que l’environnement ou l’économie.
Très vite, elle est amenée à voyager en Europe, en France et en Suisse notamment, avant de regagner l’Inde et Bombay où elle oeuvre pour la fondation Rajiv-Gandhi où elle a démarré le projet Interact pour l'éducation des enfants des victimes du terrorisme dans différentes parties de l'Inde.
Elle vit aujourd’hui à Tokyo avec son mari et ses deux enfants, et partage son temps entre son métier de danseuse et d’écrivain.
Si les thèmes de l’exil et du "melting-pot" sont naturellement au centre de son premier roman L’Odeur (prix Guerlain 2002), c’est d’une façon totalement originale, toute de sensualité : à travers les senteurs piquantes des condiments et des mélanges d’épices qui suivent l’héroïne hindoue du Kenya à Londres, puis à Paris, pour son malheur et son bonheur. Car tout passe par le prisme de l’odorat, un sens que l’héroïne développe toujours davantage, un don pour apprendre le monde qui se révèle être aussi une malédiction. Un hymne aux sens qui fit dire au magazine Elle : "Jamais depuis Le Parfum de Süskind, un écrivain n’avait réussi à explorer avec autant de maestria le monde méconnu des effluves".
Deux ans plus tard, sort un second opus, de nouvelles cette fois-ci, 100% indiennes : L’Éléphant et la Maruti, trois histoires où se mêlent trois destins, liés par une force d’attraction, Delhi la gargantuesque et bouillonnante capitale indienne. Radhika Jha raconte cette ville en pleine fermentation, où se condensent toutes les contradictions de l’Inde : aussi vivante et explosive que peut l’être la rencontre entre une petite Maruti 800, la voiture préférée des conducteurs de Delhi, et un éléphant.
Son troisième ouvrage, un autre recueil de nouvelles, nous emmène à nouveau dans le monde cosmopolite cher à Radhika Jha, de Genève à Bombay en passant par Turin.
Enfin, dans son second roman qui sort cette année en France, Des lanternes à leurs cornes attachées, elle peint le magnifique portrait du village de Nandgaon, bouleversé par l’arrivée d’une héroïne des plus surprenantes: une vache.
Tous ces romans sont parus aux éditions Philippe Picquier.

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