Wanderer et Voyage de Sterling Hayden(Rivages-2010)
Par Alain et Christine Londner, jeudi 30 décembre 2010 à 12:43.

Artiste ayant partagé ses deux passions, la mer et la comédie, Sterling Hayden a eu une carrière mouvementée mais parsemée de chef d'œuvres.
Né dans le New Jersey, en pleine Première Guerre Mondiale, Sterling Relyea Walter alias Sterling Hayden décide dès son adolescence qu'il deviendra marin. Les bateaux et les Tours du monde sont des passions qui coûtent chères. Or le métier d'acteur paye plutôt bien : il réussit un bout d'essai et se retrouve acteur presque par hasard au début des années 40.
Sterling Hayden tourne quelques films qui ne passent pas à la postérité. Surgit alors la Seconde Guerre Mondiale et Sterling Hayden s'engage dans la Marine puis dans les services secrets. À son retour, il entre au Parti Communiste qu'il finit par quitter au bout de quelques mois.
1950 est l'année où tout commence : John Huston l'engage pour Quand la ville dort, film noir qui lance une jeune inconnue nommée Marilyn Monroe. Mais il accumule de nombreuses dettes à acheter les bateaux qu'il affectionne. Il tourne néanmoins de beaux films tels que Johnny Guitare (1954) de Nicholas Ray ou Prince Vaillant la même année.
Victime du maccarthysme, il est contraint de dénoncer une partie de ses camarades. Endetté, une fois de plus, c'est auprès de Stanley Kubrick qu'il trouve une alternative financière et artistique : L'Ultime Razzia et Dr Folamour revigorent sa carrière.
Les années 70 vont lui donner quelques beaux rôles puisque Hayden tourne tour à tour sous la direction de Coppola (le Parrain), Bertolucci (1900) ou Altman (Le Privé).
La mer dans l'âme, il passe de moins en moins de temps sur les plateaux et écrit deux ouvrages révélateurs de sa personnalité de loup solitaire voyageur: Wanderer et Voyage, qui paraissent, aujourd'hui en traduction, aux éditions Rivages.
Sterling Hayden décède en mai 1986 en Californie.

1959. Sterling Hayden, défiant la justice, embarque à bord de son voilier, le Wanderer, accompagné d'un équipage hétéroclite de jeunes gens déçus par la société américaine.
C'est pour lui l'occasion d'un voyage intérieur aux confins de sa mémoire. Il évoque ainsi son passé - sa fuite vers l'océan et sa carrière de marin, mais aussi son travail à Hollywood et son mépris du métier d'acteur : "être payé une fortune pour lire des textes écrits par les autres".
Sterling Hayden, acteur phare honoré par des cinéastes légendaires, nous livre une autobiographie touchante et sincère, écrite au milieu de sa vie et qui est un adieu à sa jeunesse.
Mais c'est avant tout le livre d'un grand écrivain qui, avec beaucoup de lucidité, essaie de trouver le sens de nos modes de vie, la place de l'homme dans nos sociétés, et fait le lien entre le voyage et la littérature.

Sterling Hayden n'a jamais été à Hollywood qu'en transit. Ne jouant à l'acteur que pour payer ses tours du monde, il se retira sur une péniche, et consacra dix ans à l'écriture de Voyage.
Cette épopée à la cinquantaine de personnages inoubliables est taillée sur le même modèle que les grands romans d'aventures classiques américains - ceux de Melville, de Stevenson - , dont l'auteur partage les thèmes. Son horizon est un imaginaire romantique à grande échelle.
Pourtant, il ne s'en tient pas à un brillant pastiche néoclassique. Il emmène son oeuvre encore plus loin : vers une conscience politique qu'il faut rattacher à sa vie de militant idéaliste, victime du maccarthysme, qui prôna l'égalité entre les classes.
Avec trente ans d'avance, Sterling Hayden avait réussi le livre sur l'entrée de ce siècle dont nous sommes aujourd'hui sortis.
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