Montez à bord d'un bus privé, prenez place, s'il y en a une de libre. Installez-vous aussi confortablement que vous pouvez et regardez, subrepticement, bien sûr, les autres autour de vous. Essayez d'imaginer leurs histoires, leurs raisons d'être à bord de ce bus particulier, ce jour-là, à ce moment précis. Laissez votre esprit créer des images de l'endroit où a commencé leur voyage. Quand le bus démarre, attendre. Regardez et écoutez, avec avidité, glanez des indices, des bribes de conversation, observez la coupe des vêtements, les bagages et les apparences de chacun.
Il est grand temps de se mettre en route en compagnie de Tabish Khair.
Mangal Singh, écrivain raté, abandonné par sa femme et exploité par son cousin et employeur, chauffeur d’autocar sur la ligne Gaya-Phansa, deux villes de l’État indien du Bihar, ressasse son amertume et observe les passagers embarqués ce jour-là. Parmi eux: Farhana Begum, un eunuque nostalgique des jours où les hijras étaient plus sollicités que les prostituées et les mendiants dans les mariages et qui poussera sa transformation jusqu'au mariage: Rasmus, un homme d'affaires frustré, d'origine indienne et danoise à la fois (comme l'auteur), très angoissé, serrant une mallette pleine d'argent et qui a du prendre ce bus suite à une panne de son Ambassador; une matriarche hindoue, Mme Mirchandani, convaincue de sa supériorité sociale: un jeune garçon, Chottu, fuyant les lieux d'un crime terrible, qui rentre dans son village...
Des individus loin de leur chez-soi, issus de milieux et des cultures très différentes, dont les itinéraires enchevêtrés le temps d’un voyage n’échappent pas non plus à l’attention de Shankar, le contrôleur, qui veille sur eux à sa manière.
La variété des caractères pendant le voyage donne un aperçu de quelques-unes des nombreuses facettes de l'Inde moderne.
Sur un chemin parallèle, un autre homme se remémore l’enfance et l’adolescence, évoquant son désir pour la servante Zeenat, ses souvenirs du chef cuisinier de la maisonnée, Wazir Mian ainsi que les espaces réels et imaginaires qui l’ont modelé.
C'est à ce moment-là que la prose de Tabish Khair est saisissante de beauté quand il décrit les échos et les intersections de la vie: à la fois dans les maisons de l'aristocratie, et dans les immeubles modernes de la classe moyenne de Patna.
À certains moments, en effet, par la légèreté du toucher, par son souci du détail et de l'affection bienveillante pour ses personnages, Tabish Khair peut être à la fois lyrique et attentif, imprégnant le quotidien d'une profondeur émotionnelle rare.
Le long de routes poussiéreuses, les pensées de chacun défilent, le flux de la conscience se délite parfois, et nul n’imagine encore l’événement qui obligera l’autocar à s’arrêter en chemin, un peu plus longtemps que prévu…
Un premier roman, traduit de l'anglais par Blandine Longre, écrit avec une aisance exceptionnelle et une simplicité de lecture (glossaire, des mots hindis employés, à la fin de l'ouvrage), qui tisse un portrait évocateur des régions rurales et petites villes en Inde à travers ce voyage unique.

Poète, romancier, journaliste, critique littéraire, Tabish Khair est professeur de littérature, pour le département d'anglais, à l’université d’Aarhus, au Danemark.
Né à Gaya, dans le Bihar, en 1966, il a publié son premier recueil de poèmes, Where Parallel Lines Meet, en 2000 chez Penguin. Apaiser la poussière, publié par Picador en 2004, est son premier roman. Il fut sélectionné pour le Encore Award, prix décerné par la Société britannique des Auteurs.
Le deuxième, intitulé Filming:A Love Story a paru chez le même éditeur en 2007. Harper Collins publiera bientôt son prochain recueil de poèmes, Man of Glass, ainsi que son troisième roman, The Things about Thugs, qui se situe dans le Londres victorien.
Il collabore régulièrement à divers journaux et magazines britanniques,, américains, indiens, danois…tels que The Guardian, Outlook India, Times of India, The Independent, The Wall Street Journal, etc.