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Quatres villes profanes et un paradis d'Édouardo Manet (Éditions des Busclats-2010)


Les cinq récits de ce recueil nous entraÎnent avec humour et fantaisie dans des villes qu’Eduardo Manet revisite avec sa verve d’écrivain et son regard de cinéaste.
Boston, Agadir, Londres, Irun et Hendaye ou ce village indien perdu au bout du monde et qui est une figure possible de paradis, sont plus que le décor d’histoires d’amour, de rupture, de jalousie, de meurtre ou d’initiation.
Dans ces nouvelles où le rire, l’angoisse ou simplement le sourire le disputent à la gravité, les personnages ne sont pas des figures venues d’ailleurs. Ils sont nés de ces lieux connus ou inconnus.
Violence du regard d’autrui dans le Boston chic; révélation mystique au dessus de la Tamise, aventure trouble aux frontières incertaines du Pays basque français et espagnol, naïveté salutaire de ces terres indiennes encore vierges.
Ce retour aux récits d’Eduardo Manet après un demi-siècle de théâtre et de roman est une belle réussite.

Écrivain et réalisateur, Eduardo Manet est né à Cuba en 1930. Il a fait ses études à l'Université de La Havane où il a participé à des débats politiques et a rencontré des figures marquantes la vie culturelle et politique cubaine. Il a séjourné quelques années aux États-Unis, en Italie, mais surtout en France, avant de revenir à Cuba en 1960.
Pendant huit ans, il a réalisé 4 longs métrages et 6 courts métrages, collaboré à de nombreuses revues et dirigé l'Ensemble dramatique national. En 1968, devant la censure et la décision de Fidel Castro d'appuyer l'intervention armée russe à Prague, il a choisi de quitter le pays et de s'installer en France, où la version française de sa pièce interdite, Les nonnes, a été jouée. Il a poursuivi son œuvre de romancier et de dramaturge en français et a obtenu officiellement la nationalité française en 1979.
Eduardo Manet a reçu le Prix Goncourt des lycéens pour L'île du lézard vert (Points Seuil)en 1992, le Prix Interallié pour Rhapsodie cubaine (Le livre de poche) en 1996 et le Prix du Roman d'Évasion pour D'amour et d'exil en 1999.


America 2010 : interview d'Eduardo Manet
envoyé par les cinq continents
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Six mois dans une cabane près du Baïkal

Le retour de Sylvain Tesson.....

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Mangue amère de Bulbul Sharma (Picquier-2010)

 
Après nous avoir emmené au cœur des cuisines indiennes dans la colère des aubergines, son premier recueil de nouvelles succulentes, paru en 1999 chez Philippe Picquier, Bulbul Sharma avait décidé, dans son second recueil Mes sacrées tantes, toujours chez Philippe Picquier, de permettre à ses héroïnes de quitter la maison où les femmes sont souvent confinées et réduites à exercer leurs tâches domestiques.
Elle nous propose, cette fois, de retrouver les plaisirs de la cuisine indienne dans ce nouveau recueil de neuf nouvelles et de tracer des portraits comme autant de facettes de la femme indienne avec toujours un humour et une tendresse pour ces mères, épouses, sœurs ou filles, à la force de caractère étonnante, force qui leur permet de changer leur destinée et de se libérer du carcan social où elles se trouvent prisonnières.
Bulbul Sharma nous apporte un véritable festin de contes savoureux racontés à tour de rôle par sept femmes ordinaires, réunies autour de Badibua, dans la cour d'une maison, pour préparer un repas à l'occasion d'une cérémonie d'anniversaire des funérailles du défunt Bhanurai Jog à qui l'on rend honneur chaque année depuis sa disparition.
Et tandis que leurs mains continuent à couper, nettoyer et cuisiner les légumes, ces femmes vont raconter des histoires émouvantes de malice, où l'amour, la vengeance, la colère couvent, ainsi que toutes les nuances d'une myriade de sentiments humains: "Cinq histoires pendant qu'elles découpaient les légumes, une pendant qu'elles décortiqueraient le riz et peut-être deux pendant qu'elles remueraient le beurre clarifié. Il y avait parfois assez de temps pour une dernière, après le repas".
Chaque histoire est, tour à tour, triste, douce, amère, furieuse, drôle, poignante, occasion, pour l'auteur, d'une exploration des plus profondes fissures et crevasses des relations humaines.
L'alimentation, abordée dans diverses (et inattendues) situations, fonctionne comme le seul ingrédient commun à travers chaque histoire.

Certaines, cependant, parmi ces 9 histoires, attirent notre attention:
L'histoire la plus horrible est celle de Maya, la fille unique d'une riche famille de propriétaires terriens qui est mariée à Subir, parti travailler à Londres. Gitasri, sa belle-mère la déteste car elle est éduquée, effrontée, indépendante et intelligente. Elle décide de demander l'aide d'un gourou, dès plus douteux, pour, grâce à des mélanges d'épices, annihiler les caractères dominant de Maya: "Il voulait la vider de sa substance, retirer le sang de ses veines et le remplacer par des perles broyées et du venin de serpent mélangé à du jus d'opium".
Ainsi l'objectif, pour la belle-mère, sera atteint: "La rendre aussi douce qu'une vache, calme, obéissante, peu bavarde, toujours d'humeur égale, prête à s'abandonner, facile à posséder".. Ce qui sera, hélas, fait jusque dans la mort.
L'histoire la plus incroyable est celle de Nanni, jeune mariée qui vit dans la famille de son époux comme le veut la tradition.
Tout avait bien commencé, mais son mari Harish a vite changé et il ne cesse de cracher sur sa famille, lui faisant mille reproches. Maintenant elle déteste qu'il la touche.
Et lorsque la timide Nanni, cuisinière surdouée, atteint le seuil de tolérance, elle décide de tuer son mari avec de la nourriture, et plus de nourriture, en le gavant de bonnes choses afin d'annihiler, par sa cuisine, toute la haine que son mari avait pour elle et pour sa famille: "Il y avait tellement d'ingrédients riches que l'on pouvait mettre dans un verre de lait. Tellement de choses merveilleuses et délicieuses qui le tueraient à petit feu. Il ne sentirait pas les mains de la mort se resserrer autour de sa gorge avant qu'il ne soit trop tard, que ses artères soient complètement bouchées par tout le gras et tout le sucre qu'elle aurait versé dans sa bouche toujours affamée".
Habilement, sans avoir l'air de le faire, Bulbul Sharma croque avec ses histoires une peinture de la hiérarchie sociale en vigueur dans la vie d'un village et dévoile le fait que, si la vie rustique peut apparaître à prédominance masculine et chauvine, sous la surface ce sont les femmes qui tirent les ficelles.
L'histoire la plus tendre est celle de Jamini dont le fils unique, le maussade et nombriliste Babu, arrive des États-Unis pour un séjour de cinq semaines interminables après une absence de cinq ans.
Il trouve à redire à tout. Il n'aime pas cette maison, aux plafonds fissurés, aux sols abîmés et au jardin à l'abandon, qu'il pousse à faire vendre pour installer ses parents dans un appartement.
Jamini, dont le cœur maternel saigne dans le vide de sa cuisine, versera avec passion son amour dans les plats qu'elle prépare dans une tentative désespérée de reconquérir l'amour de Babu: "Cinq semaines, c'était long. Elle ferait seulement un plat par jour, un plat de son enfance pour le déjeuner. Il ne s'en rendrait pas compte mais petit à petit, son corps se souviendrait de chaque saveur et il reviendrait à elle. Trente jours, c'était suffisant pour qu'elle regagne son amour".
L'histoire la plus touchante de cette collection est celle, dans laquelle le juge Banurai Jog redécouvre sa femme Mala, décédée récemment d'un cancer, à travers la promenade qu'il fait dans son jardin.
Cette bonne épouse, discrète, bien élevée et obéissante, qui avait pris soin de lui pendant trente années, et avait supporté sa mauvaise humeur, il l'avait ignorée, trop occupé à son métier de juge même une fois à la retraite.
Et c'est en découvrant, par hasard, la beauté du jardin, dont elle s'occupait sans vraiment lui en parler, avec ses légumes, ses fleurs, son verger, les prairies sur huit hectares, que cet homme, désormais seul, ayant renier son fils parti à Londres, va redécouvrir cette femme dont il ne savait pas grand-chose.

Un sujet récurrent dans cette tapisserie de contes, c'est la solitude des parents dont les enfants ont quitté la maison et leurs tentatives désespérées pour se connecter avec une génération installés à l'étranger.
Les visites, délicatement décrites chaque année par cette diaspora quand ils regardent leurs maisons d'enfance avec des yeux différents, remarquant la poussière, la crasse et le délabrement de celles-ci, pousse Bulbul Sharma a tisser un sombre tableau d'un fossé qui n'a cessé de se creuser (physique et psychologique) entre les deux générations qui, de manière irrévocable, est voué à atteindre un point de non-retour.
Le nouveau livre de Bulbul Sharma une fois refermé, on comprend que chaque histoire conserve sa saveur unique tout en contribuant au plat principal et le plat principal est un véritable festin pour les sens.

Née en 1952, Bulbul Sharma est peintre et écrivain. Elle habite Delhi. Elle a publié trois recueils de nouvelles, The perfect Woman, Ager of aubergines and My Sainted aunts. Les deux derniers ont été publiés en français aux Editions Philippe Picquier sous les titres La Colère des aubergines et Mes sacrées tantes.
Bulbul Sharma travaille comme professeur d’arts plastiques auprès d’enfants handicapés. Auteur et illustrateur de A Book of indian birds, elle prépare un livre sur les arbres de l’Inde.
Elle a publié également un grand nombre d’ouvrages qui n’ont pas encore été traduits en français. En été 2007, une grande exposition de ses œuvres avait eu lieu à Londres.
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Un océan de pavots d'Amitav Ghosh (Laffont-2010)

 
L'Ibis, ancien transporteur d'esclaves reconverti en navire marchand, est au coeur de cette extraordinaire saga indienne. Parti de Baltimore, aux États-Unis, il rejoint Calcutta pour embarquer une cargaison de coolies attendue à l'île Maurice.
Parmi eux Deeti, une paysanne ruinée par le commerce de l'opium tenu par les Anglais et qui accule les paysans indiens à la misère; Quand son mari meurt, sa seule idée est le sati, mais de façon inattendue, elle est arrachée au bûcher funéraire sur lequel elle avait décidé de mourir et devient une paria avec son sauveur, Kuala, son amoureux, de la caste des intouchables et l'homme fort du village. Ils décident de devenir des travailleurs sous contrat ("coolies") et de chercher leur bonheur à l'île Maurice.
Paulette Lambert, une jeune Française qui se fait passer pour indienne afin d'échapper au mariage sordide auquel l'a condamné son tuteur;
Enfin Jodu, son frère de lait, un jeune Indien, qui s'est engagé comme mousse sur l'Ibis, mais ignore la présence de Paulette parmi les coolies, à l'instar de Zachary Reid, le commandant en second, un Noir qui a tout l'air d'un Blanc et qui risquerait sa carrière si cela venait à se savoir.
Dans les flancs de l'Ibis sont également enfermés deux prisonniers condamnés à l'exil : Neel Rattan, le Zemindar de Raskali, qui, habitué à l'opulence inimaginable que le statut de brahmane de haute caste suppose, n'a guère prêté attention à ses ressources qui s'amenuisent, et il a accumulé des dettes auprès d'un anglais qui l'a trahi et Ah Fatt, un métis de Chinois et d'Indien, opiomane.
Sur le pont, Baboo Nob Kissin (le plus drôle et sans doute le plus tragique des personnages principaux) est chargé de la surveillance générale. Convaincu que sa sainte tante, qu'il a aimée par-dessus tout, va se réincarner en lui, il se laisse envahir par la pitié et vient en aide aux prisonniers.
Tous ces individus, aux parcours et aux caractères si dissemblables, seront unis par le périple, un voyage au cours duquel chacun tentera de faire basculer son destin. Il leur faudra pour cela survivre à la rage de l'océan Indien, aux privations, aux maladies, aux révoltes et affronter la cruauté extrême du commandant en second et de son âme damnée.
Brisant les préjugés sociaux et surmontant la barrière des langues, ces individus si dissemblables devront apprivoiser les parts inconnues d’eux-mêmes et s’ouvrir au monde qui les entoure. Pour certains, le prix à payer sera élevé.
Nous assistons au déclin moral de l’Empire britannique et aux ultimes feux des grandes familles de maharadjahs, et nous restons aussi fascinés par l’extraordinaire puissance vitale d’hommes et de femmes qui, refusant la fatalité un jour, rompent les amarres.
Amitav Ghosh a écrit un grand et magnifique roman épique, original et coloré, une belle histoire complexe, autour de personnages centraux avec un grand choix de représentants de la société du XIXe siècle à l'époque coloniale en Asie. Il y a aussi beaucoup de personnages secondaires qui ajoutent beaucoup de saveur à l'histoire.
Les problèmes mondiaux abordés par l'auteur, la politique coloniale, les guerres, la caste et la race, restent d'actualité. La géographie et les descriptions des paysages, de l'Inde, Calcutta, Maurice (réels et imaginaires), des Sundarbans, l'un des endroits préférés d'Amitav Ghosh, sont également séduisantes.
Premier roman d’une trilogie épique, Un océan de pavots nous plonge dans l’Inde du XIXe siècle.

Né en 1956 à Calcutta, Amitav Ghosh est l'un des plus célèbres auteurs indiens contemporains.
Amitav Ghosh est acclamé dans le monde littéraire pour ses travaux sur la fiction, l'écriture et le journalisme.
Il étudia à la Doon School (où il fut co-disciple de son aîné Vikram Seth), au collège St. Stephen's de Delhi, à l'Université de Delhi et à l'Université d'Oxford, où il obtint un doctorat en anthropologie sociale.
En 1999, A.Ghosh a été nommé professeur de littérature comparée au Queens College (Université de la Ville de New York).
Son oeuvre a été récompensée par de nombreux prix: le Prix Arthur C. Clarke en 1997 pour Le Chromosome de Calcutta, le Prix Médicis Etranger en 1990 pour Les Feux du Bengale. Il a reçu également la Padma Shri du gouvernement indien en 2007.
Avec un arrière-plan historique, ses romans prennent la forme de fables initiatiques, entraînant les personnages dans de rocambolesques pérégrinations. Ses histoires permettent à Amitav Ghosh d'entamer une réflexion sur les notions de frontières, de nations, d'ethnies tout en évoquant les cultures et les pays qui ont jalonné son parcours : Inde, Bangladesh, Birmanie, Royaume-Uni, Malaisie.
Amitav Ghosh vit à New York avec son épouse Deborah Baker, biographe et éditrice chez Little, Brown and Company. Ils ont deux enfants, Lila and Nayan.
Il partage maintenant son temps entre l'université de Harvard, où il est professeur invité, et ses maisons en Inde et à Brooklyn.

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