Les derniers flamants de Bombay de Siddharth Dhanvant Shanghvi (Les deux Terres-2010)
Par Alain et Christine Londner, dans Lettres indiennes -# 379 - Fil RSS
Dans les marais, les flamants roses sont les symboles tenaces d’un Bombay qui est devenu Mumbai.
C’est dans les quartiers huppés de cette ville que Karan Seth, nouvellement arrivé de Shimla, est venu saisir, avec son appareil photo, l’esprit de la mégapole. Et c'est en s'appropriant les humeurs et les personnages de cette ville qu'il va croiser ses modèles : Samar Arora, le pianiste excentrique qui inexplicablement repousse les feux de la rampe à l'apogée de sa carrière et dont l'homosexualité suscitera les invectives du Parti nationaliste Hindou; Zaira, l'amie intime de Samar et de Karan, dont la timide élégance dément son statut de star ravissante de l'écran de Bombay, et Rhea, dont les frustrations d’épouse et la séduisante mélancolie l’entraînent dans une relation avec le jeune photographe.
L’assassinat de Zaira, par Malik Prasad, le fils du ministre du travail et de l'emploi, va bouleverser ce microcosme mondain et faire remonter à la surface tous les non-dits de la haute société indienne : le sexe, l’argent, l’obsession de la célébrité, la corruption politique et judiciaire, battent en brèche les valeurs fondamentales, alors que les préjugés gardent leur emprise sur tous.
Les flamants roses de Bombay est une représentation d'une netteté remarquable de la société urbaine contemporaine et son obsession de la célébrité.
C'est à la fois le portrait d'une mégapole grouillante, une étude sur la solitude, une réflexion sur l'attraction inexplicable et mystérieuse que les villes exercent sur nous et une méditation sur l'amour et le sexe.
Shanghvi confirme, dans ce roman acerbe et puissant dans sa représentation de Bombay, dans toute sa séduction et ses menaces, son habileté prodigieuse de conteur.
L’Inde d’aujourd’hui s’impose, pas forcément dans ce qu’elle a de plus idyllique. Shanghvi traite de la pauvreté, de la corruption, du sida, de la vanité d’un monde fondé sur les apparences et l’argent auquel il oppose, puisqu’on est en Inde, la spiritualité.
S’ouvrant sur une satire, le roman s’achève dans la tendresse et la gravité.
Siddharth Dhanvant Shanghvi, né en 1977, est un pur produit de la mégalopole indienne, Bombay. Son premier roman, La fille qui marchait sur l’eau (10x18-2004), a obtenu le Betty Trask Award outre-Manche. Cet ouvrage, qui dessine le portrait de Bombay dans les années 20, embrasse les grands thèmes : l’amour, la vengeance, l’ambition, la passion. Il a été publié avec succès dans plus de douze pays.
Les derniers flamants de Bombay, son deuxième roman, dans le Bombay devenu Mumbaï, est inspiré par un fait divers controversé dans son pays natal (contrairement au roman ou le personnage de Malik évite la condamnation grâce à l'intervention de son père, ce fils d'homme politique influent a bien été condamné à la prison à vie en 2006 en appel). Le roman a été nommé pour le Man Asian Literary Prize en 2008.
Siddharth Dhanvant Shanghvi s'est imposé comme l'un des meilleurs portraitistes d'un Bombay moderne mais ambivalent. Le jeune Indien manie à merveilles les ingrédients magiques - sexe, meurtre, corruption politique - mais excelle aussi dans la description des tourments de l'âme et des grandes failles du destin.
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