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Les derniers flamants de Bombay de Siddharth Dhanvant Shanghvi (Les deux Terres-2010)

 
Dans les marais, les flamants roses sont les symboles tenaces d’un Bombay qui est devenu Mumbai.
C’est dans les quartiers huppés de cette ville que Karan Seth, nouvellement arrivé de Shimla, est venu saisir, avec son appareil photo, l’esprit de la mégapole. Et c'est en s'appropriant les humeurs et les personnages de cette ville qu'il va croiser ses modèles : Samar Arora, le pianiste excentrique qui inexplicablement repousse les feux de la rampe à l'apogée de sa carrière et dont l'homosexualité suscitera les invectives du Parti nationaliste Hindou; Zaira, l'amie intime de Samar et de Karan, dont la timide élégance dément son statut de star ravissante de l'écran de Bombay, et Rhea, dont les frustrations d’épouse et la séduisante mélancolie l’entraînent dans une relation avec le jeune photographe.
L’assassinat de Zaira, par Malik Prasad, le fils du ministre du travail et de l'emploi, va bouleverser ce microcosme mondain et faire remonter à la surface tous les non-dits de la haute société indienne : le sexe, l’argent, l’obsession de la célébrité, la corruption politique et judiciaire, battent en brèche les valeurs fondamentales, alors que les préjugés gardent leur emprise sur tous.
Les flamants roses de Bombay est une représentation d'une netteté remarquable de la société urbaine contemporaine et son obsession de la célébrité.
C'est à la fois le portrait d'une mégapole grouillante, une étude sur la solitude, une réflexion sur l'attraction inexplicable et mystérieuse que les villes exercent sur nous et une méditation sur l'amour et le sexe.
Shanghvi confirme, dans ce roman acerbe et puissant dans sa représentation de Bombay, dans toute sa séduction et ses menaces, son habileté prodigieuse de conteur.
L’Inde d’aujourd’hui s’impose, pas forcément dans ce qu’elle a de plus idyllique. Shanghvi traite de la pauvreté, de la corruption, du sida, de la vanité d’un monde fondé sur les apparences et l’argent auquel il oppose, puisqu’on est en Inde, la spiritualité.
S’ouvrant sur une satire, le roman s’achève dans la tendresse et la gravité.

Siddharth Dhanvant Shanghvi, né en 1977, est un pur produit de la mégalopole indienne, Bombay. Son premier roman, La fille qui marchait sur l’eau (10x18-2004), a obtenu le Betty Trask Award outre-Manche. Cet ouvrage, qui dessine le portrait de Bombay dans les années 20, embrasse les grands thèmes : l’amour, la vengeance, l’ambition, la passion. Il a été publié avec succès dans plus de douze pays.
Les derniers flamants de Bombay, son deuxième roman, dans le Bombay devenu Mumbaï, est inspiré par un fait divers controversé dans son pays natal (contrairement au roman ou le personnage de Malik évite la condamnation grâce à l'intervention de son père, ce fils d'homme politique influent a bien été condamné à la prison à vie en 2006 en appel). Le roman a été nommé pour le Man Asian Literary Prize en 2008.
Siddharth Dhanvant Shanghvi s'est imposé comme l'un des meilleurs portraitistes d'un Bombay moderne mais ambivalent. Le jeune Indien manie à merveilles les ingrédients magiques - sexe, meurtre, corruption politique - mais excelle aussi dans la description des tourments de l'âme et des grandes failles du destin.

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En cuisine de Monica Ali (Belfond-2010)

Le troisième roman de Monica Ali, retour à Londres....

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Le tour du monde en 80 jours et à vélo de Guillaume Prébois J’ai Lu, Arthaud Poche-2010)


Le journaliste cycliste Guillaume Prébois, 37 ans, entreprend un "Tour du monde en 80 jours" et à vélo sur les traces de Philéas Fogg, le héros de Jules Verne.
L'itinéraire concocté par Jules Verne sera le fil rouge de son périple, Fogg utilisa le train, les paquebots et même un éléphant pour relever le défi. Guillaume utilisera, hors son vélo, des moyens modernes de transport, l'avion, le bateau et le train.
Il s'est déjà illustré en réalisant le Tour de France 2007 "à l'eau claire" et une étape en avant du peloton. Il a triplé son sobre exploit l'année suivante, en enchaînant le tour d'Italie (le Giro), le tour de France et le tour d'Espagne (la Vuelta).
Chaque jour, il rendra compte de son aventure dans un carnet de bord publié en dernière page du journal Le Monde: "Je vais pédaler sur quatre continents, soit 13.500 km (l'équivalent de 4 Tours de France), à raison de 200 km/jour en moyenne".
Ce livre rassemble les notes arrivées au journal.
Comme le héros de Jules Verne, Guillaume Prébois enfourche sa selle vers le Sud-Est jusqu'à la pointe de la botte italienne. Puis transfert maritime jusqu'à Athènes et envol vers le Sud de l'Inde, traversée d'Ouest en Est du sous-continent et nouvel envol vers Perth en Australie, via Singapour où Fogg fit également parler de lui dans le roman.
Traversée vélocipédique de l'Australie entre Perth et Sydney, Vol Sydney-San Francisco et retour sur le vélo pour une trans-america d'Ouest en Est jusqu'à New York. Enfin, retour en aéroplane jusqu'à Londres, puis train jusqu'à Paris.
L'ultime étape "contre la montre" et avec adrénaline, traverse depuis la gare du Nord les 10e, 11e, 12e et 13e arrondissements parisiens.
Guillaume Prébois parcourt la planète avec le monde sous les fesses: la selle du vélo est italienne, le cadre est canadien, les roues américaines et les boyaux sont allemands.
Il est accompagné dans son périple par deux compagnons d’aventure. Christophe, 27 ans, professeur et éleveur attentionné de canaris. Il conduira le camping-car et se chargera aussi des photos et Bruno, 48 ans, alias Archi est architecte dans le Haut Var.

Après des études d'économie, Guillaume Prébois se consacre à sa passion : le cyclisme. Il devient journaliste sport pour Le Monde, RFI, RTBF, tout en accomplissant des défis (le Tour de France, puis les tours d'Italie et d'Espagne, à l'eau claire, précédant de 24 heures le passage des professionnels, 3 000 km le long du Danube...). Le 8 juillet 2009, il s'attaque, inspiré par Phileas Fogg, au tour du monde.

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Le rêve du philologue de Björn Larsson (Grasset, 2009)

Quand le romanesque se met au service de l’intelligence....

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Le Brésil, des hommes sont venus de Blaise Cendrars (Gallimard Folio-2010)


Blaise Cendrars n'est pas encore le romancier de L'or et de Moravagine, lorsqu'il embarque pour Rio de Janeiro, en janvier 1924. Marqué par les querelles de l'avant-garde parisienne, le poète manchot souhaite larguer les amarres et retrouver la bourlingue de sa jeunesse : le Brésil va exaucer ses voeux.
Trente ans durant, Cendrars ne cessera de clamer son histoire d'amour avec ce "paradis terrestre", dont il restitue à merveille les mille trésors dans Le Brésil. Des hommes sont venus.
Longtemps épuisé, ce court essai, publié en 1952, et illustré d'une quarantaine de photos de son ami Jean Manzon issues de l'édition originale, donne à voir la réalité d'un pays métissé et insouciant. De l'ombre gigantesque du Corcovado à l'exubérance amazonienne, des paysages arides du Nordeste aux centaines de clochers de Salvador, cette "Rome des Noirs", des immeubles cariocas au labyrinthe amazonien, en passant par le destin monotone des gauchos, il nous donne à voir un pays tourné vers l'avenir.
Cendrars promène son regard passionné sur ces terres longuement sillonnées, sans rien taire de leurs contradictions. À la poésie des lieux succède alors la sauvagerie des êtres, dans un feu d'artifice de couleurs.

Né le 1er septembre 1887 à la Chaux-de-Fonds en Suisse d'une mère écossaise et d'un père suisse, Blaise Cendrars s'appelait en réalité Frédéric Sauser.
Habitué à voyager dès son plus jeune âge au gré des affaires paternelles, il fugua à 16 ans et prit le premier train venu qui l'emporta jusqu'à Moscou où il fût apprenti chez un horloger. Puis d'autres trains, des paquebots, des avions, des automobiles le menèrent aux quatre coins du monde, de l'Inde au Brésil, de New-York à Paris, de Bruxelles à Londres. Pour survivre, il fît plusieurs métiers, apiculteur, scénariste à Hollywood, cultivateur de cresson, vendeur de cercueils, de couteaux de poche, de tire-bouchons...
Il revient à Paris en 1907 et vit la bohème, fraye avec tous les milieux, fréquente tout le monde. Ce boulimique de vie aimait brouiller les pistes et raconter des histoires, créant au gré de ses voyages et de ses humeurs, sa légende personnelle.
On crut même pendant longtemps que le livre qu'il mettait en tête de sa bibliographie La légende de Novgorod n'existait pas jusqu'à ce qu'un exemplaire de ce poème soit découvert en 1996 chez un antiquaire bulgare.
Par contre, on sait que ses débuts furent difficiles au point qu'il vola L'Hérésiarque d'Apollinaire sur un étalage de la librairie Stock. Larcin qui le mena tout droit à la prison de la Santé. Et si, avec la parution des Pâques à New-York, vînt la reconnaissance, la fortune ne suivit pas pour autant.
Néanmoins, cette publication lui permit de se faire un nom et de rencontrer Apollinaire, Soupault, Desnos, Cocteau, Léger, Modigliani, Soutine, Picasso, Chagall, Sati et de se lier d'amitié avec eux.
Marié en 1914 et père de famille, Blaise Cendrars s'engage dans la Légion quand débute la première guerre mondiale. En septembre 1915, il est grièvement blessé dans l'attaque de la ferme Navarin et perd son bras droit. Mais la guerre ne meurtrira pas seulement son corps, elle changera aussi son regard sur la vie parisienne.
Et même s'il continue d'habiter la capitale française où le nom de Cendrars est de plus en plus à la mode, et même s'il multiplie ses activités, travaillant avec Abel Gance sur le film La Roue, puis sur J'accuse, assurant la direction littéraire des éditions de La Sirène, rédigeant articles sur articles, publiant ses poèmes illustrés par Modigliani ou Léger, participant au ballet La Création du Monde, l'agitation du milieu artistique, avec ses revendications, ses manifestes et ses proclamations tapageuses, l'ennuie et il ne s'y reconnaît plus.
Alors après sa rencontre avec Oswald de Andrade, peintre brésilien, et Paulo Prado, magnat du café et mécène, Blaise Cendrars s'embarque pour le Brésil. Il a déjà quitté femme et enfants depuis quelques années déjà pour suivre Raymonne Duchâteau, comédienne, et il aspire à de nouvelles aventures, de nouveaux horizons, et le Brésil était à cette époque en plein essor, renvoyant au reste du monde l'image d'un paradis encore intact.
À son retour en France, il commence la rédaction du roman L'Or qui sera publié en 1925 et dont le succès immédiat assoit définitivement sa réputation. Puis l'année suivante, c'est Moravagine, dont il prétendra avoir écrit dix-mille pages en une seule nuit, "ma plus belle nuit d'écriture", disait-il.
Alternant, voyages et reportages, poèmes et romans, Hollywood pour Paris-Soir, Espagne, Portugal, de nouveau le Brésil, Blaise Cendrars est un homme pressé. Mais la seconde guerre mondiale éclate et ravage, encore une fois, l'Europe puis le reste de la planète. Aventurier, certes, mais surtout témoin de son temps, Blaise Cendrars s'engage comme correspondant de guerre pour l'armée anglaise.
Après la capitulation de juin 40, il cesse d'écrire durant trois ans et se réfugie à Aix-en-Provence. Sa plus longue période d'inactivité jusqu'alors. Mais le feu n'est pas mort, la braise reste chaude, prête à raviver ses flammes au moindre souffle. Souffle qui l'emportera en août 1943 et c'est L'homme foudroyé. Premier livre de la série qui verra paraître, La main coupée, puis, Bourlinguer. Il y aura encore Les lotissements du ciel et La banlieue de Paris avec des photographies de Robert Doisneau.
En octobre 1949, il se marie avec Raymonne en Suisse. Modérant ses activités, il termine Emmène-moi au bout monde !... en 56, livre qu'il avait commencé en 47 et l'année suivante paraît sa dernière publication, Trop c'est trop.
Après une attaque qui le paralyse à moitié en 1959, Blaise Cendrars meurt à Paris le 21 janvier 1961.
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Winter de Rick bass (Gallimard Folio-2010)

Un écrivain de l'école des "Nature writers"

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Les Îles grecques de Lawrence Durrell (Bartillat-2010)


Deux mille îles grecques… Il fallait le talent de Lawrence Durrell pour les évoquer en un volume charmant. En effet, Durrell a passé là de longues années de sa vie. Il y a puisé l'inspiration d'ouvrages devenus célèbres : Citrons acides, L'Ile de Prospero. où les souvenirs personnels se mêlent aux descriptions, aux mythes et à l’histoire.
L’auteur s’intéresse à un très grand nombre d’entre elles : des îles Ioniennes aux Cyclades en passant par les Sporades et d’autres encore. Ce panorama, vivant, évoque bien sûr les vestiges d’un passé fabuleux sans que les aspects concrets de la vie contemporaine soient oubliés. Durrell parle en connaisseur et en amoureux de ces sites. Son enthousiasme sait transmettre l’essentiel. Il s’émerveille devant la lumière, les ports ou la flore. Son érudition n’est jamais pesante.
Dans un style remarquable, Durrell mêle ensemble dans un même élan, une seule coulée, une égale harmonie, la description et l'évocation des sites, l'histoire, les mythes, l'architecture, l'archéologie et les souvenirs d'un voyageur exceptionnel.
Avec lui comme guide, nous naviguons d’île en île à la recherche de nouveaux éblouissements. Et l'on devine alors que cet ouvrage possède une admirable beauté littéraire. Les îles grecques demeurent un des hauts lieux de la planète. Durrell nous le rappelle avec une langue admirable où tout le génie méditerranéen de l'écrivain s’exprime.

Lawrence Durrell (1912-1990) est né en Inde. Les îles grecques sont à l'origine de plusieurs de ses livres majeurs : L'Ile de Prospero, Vénus et la mer et Citrons acides, tous en livre de poche.
Son séjour en Egypte pendant la Seconde Guerre mondiale lui inspira le célèbre Quatuor d'Alexandrie.
Après de longues années d'errance, il se fixa à Sommières et se consacra à sa seconde somme romanesque, Le Quintette d'Avignon.
II compte parmi les plus grands écrivains anglais du XXe siècle.
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