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Nicolas Bouvier, espace et écriture-Collectif (Zoé-2010)

Nicolas Bouvier est parti se frotter à l'Europe et à l'Asie pour les interpréter par l'écriture. Des livres ont jailli de ses voyages, si forts qu'ils ont inspiré nombre de vocations de voyageurs et d'écrivains.
Voyageur-poète, écrivain-musicien, artisan de l'image et du verbe, Nicolas Bouvier incarne dans son oeuvre sa manière d'être au monde. Il résulte de tous les voyages de Nicolas Bouvier et des livres qui les accompagnent un "usage du monde" qui est aussi notre usage du monde, à nous lecteurs.
C'est dans l'esprit d'un Nicolas Bouvier, homme de tous les dialogues, réceptif à la diversité des cultures et des musiques qu'un colloque international, organisé par Hervé Guyader, lui a été consacré à l'université de Brest en avril 2008 avec, faisant suite, ce livre qui se propose de nous faire découvrir les communications prononcées à cette occasion.
La variété des intervenants, qui sont issus d'horizons géographiques et intellectuels différents, donne à lire d'intéressantes contributions.
Avec, notamment, Michel Butor, poète, écrivain et essayiste; Jean-Yves Guéguéniat, grand voyageur où ses longues marches l'ont mené successivement à Saint-Jacques-de-Compostelle, à Jérusalem puis dans les Andes; Nadine Laporte qui a consacré deux ouvrages à Nicolas Bouvier, parus aux éditions Zoé; Gilles Lapouge, essayiste et romancier, qui a bien connu Nicolas Bouvier en tant que pilier historique du festival Étonnants Voyageurs à Saint-Malo; François Laut qui vient d'achever une magnifique première biographie de Nicolas Bouvier, publiée aux éditions Payot; Frédéric Lecloux, photographe de l'agence "VU" qui s'est lancé en compagnie de sa petite famille sur les traces de "L'Usage du monde" en nous offrant un livre superbe d'une écriture photographique mêlant portraits en intérieur, paysages mélancoliques et objets du quotidien. Le livre s'appelle "l'Usure du monde" et est publié aux éditions Le bec en L'air; Ingrid Thobois, romancière, Prix du premier roman en 2007 pour "Le roi d'Afghanistan ne nous a pas mariés" aux éditions Phébus, résultat d'un séjour prolongé à Kaboul à la suite d'une année de nomadisme sur la route de "l'Usage du monde".
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Joseph Kessel : le nomade éternel d'Olivier Weber (Athaud-J'ai Lu-2010)

Portrait d'un grand bourlingueur à la crinière blanche....

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Quand viennent les cyclones d’Anita Nair (Albin Michel-2010)

 
Auteur de livres de cuisine à succès, Meera, la quarantaine, doit avant tout son statut social à son mariage avec Giri, cadre dirigeant d’une multinationale. Lorsqu’il la plaque sèchement au beau milieu d’un brunch branché., elle se retrouve seule à s’occuper de la survie matérielle de sa famille – ses enfants, mais aussi sa mère et sa grand-mère –, et de la Maison bleue, la ruine somptueuse où elle avait vécu avec son mari, de si belles heures.
Elle prend aussi peu à peu conscience du carcan dans lequel l’avait enfermé son rôle d’épouse exemplaire.
L’homme qui la raccompagne chez elle est lui aussi une âme meurtrie. J.A.Krishnamurthy, ou JAK, est un expert international, spécialiste des cyclones. Il s’efforce, comme Mîra, de réunir les pièces du puzzle de sa vie. Chez lui, dans une chambre spécialement équipée, repose Smirtri, sa fille âgée de dix-neuf ans, tombée dans le coma après avoir été attaquée dans des circonstances non élucidées sur la plage d’un village éloigné. Une muraille de silence et de peur entoure l’agression de cette jeune militante féministe, que la police ne peut – ou ne veut – élucider, et JAK ne trouve pas plus d’aide du petit ami de sa fille pour percer le mystère.
Smriti, est sans cesse enfermé dans un combat avec la mémoire, fait des grimaces grotesques et des grognements et grondements comme un animal sauvage.
Son père veille sur elle dans le désespoir et la dévotion et consacre ses journées à la recherche de la vérité insaisissable derrière cette agression.
Les destinées de Meera et JAK se confondent alors. D’une manière aussi fougueuse et inéluctable que la venue d’un cyclone: "J'ai essayé de regarder ce qui se passe quand vous êtes témoin de la dévastation d'un monde parfait, ce qui arrive à mes deux protagonistes", dit Anita Nair.
Renouant avec la veine à la fois sensuelle et engagée de Compartiment pour dames, la romancière Indienne Anita Nair nous plonge dans l’Inde d’aujourd’hui, dont chacun des personnages exprime les multiples facettes et paradoxes.
La beauté vivace et persistante de l’Inde moderne est évoquée avec brio. À mots choisis, elle nous transmet une immense compassion pour ses personnages à travers un regard percutant sur le mariage, la condition de parent, le destin et les relations humaines. Le livre traite aussi de la nature cyclique des événements de notre vie et de la réparation de nos erreurs – à travers les portraits forts et fins de personnages auxquels, parce qu’ils sont loin d’être parfaits, on peut s’identifier.
Le Cyclone, cette dépression violente de la nature devient une métaphore pour les changements radicaux qui frappent notre vie dans ce nouveau roman.
Curieusement pour un auteur qui aime et qui observe la ville avec passion, c'est le premier roman d'Anita Nair qui se passe à Bangalore: "Bangalore représente, à bien des égards, ce que Meera est - calme, imperturbable, gracieuse. Mais en dessous, il y a des déchirures qui apparaissent dans un moment de crise", explique Anita Nair.

Originaire du Kerala, c'est à Madras qu'Anita Nair passe son enfance, avant de voyager à travers l'Angleterre et les Etats-Unis, pour finalement s'installer à Bangalore.
Écrivain au succès international, elle est l’auteur de Compartiment pour dames (2002), couronné par le Prix des lectrices de Elle, Un homme meilleur (2003) et Les neuf visages du coeur (2006). Tous ses livres, jusqu'à la parution du dernier, ont été publiés aux Editions Philippe Picquier.
Elle a déjà commencé des recherches sur son prochain livre, un roman historique basé au 17ème siècle au Kerala.
Anita Nair est traduite en vingt-neuf langues et vit à Bangalore.





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Dictionnaire amoureux des explorateurs de Michel Le Bris (Plon-2003)


Que cherchaient-ils, ceux-là, qui, au fil des siècles, se risquèrent par-delà l'horizon ? Face à l'inconnu, il est deux attitudes qui séparent ceux que l'on rassemble sous le seul nom d'explorateurs: ceux qui le traquent pour l'éradiquer, comme s'ils lui en voulaient et puis ceux qui s'y enfoncent dans l'espoir de s'y perdre et que "l'ailleurs" promis ne se transforme pas en un nouvel "ici". On aura compris vers lesquels vont les préférences de Michel Le Bris, fondateur du Festival Étonnants Voyageurs, qui leur dédie un panthéon.
On savait Michel Le Bris conteur hors pair. Les habits d'encyclopédiste lui vont tout aussi bien. Il le prouve à chacune des 270 entrées de son Dictionnaire amoureux, l'un des meilleurs titres de cette collection. Son secret: une jubilation, un enthousiasme, un appétit à faire le récit d'aventures extraordinaires et à dresser le portrait de "songe-creux, forbans, risque-tout, arpenteurs d'inconnu, rêveurs de royaumes et escrocs chimériques, de leur état flibustiers, savants, missionnaires, marchands, conquistadors, coureurs des bois, écrivains", porteurs d'histoires héroïques, bouleversantes, hilarantes- comme Rob Roy MacGregor qui réussit l'exploit de descendre le canal de Suez en canoë un an avant qu'il soit ouvert, Mary Kingsley, tenante du « christianisme athlétique » qui attaquait les crocodiles à coup d'ombrelle, James Holman et Jacques Arago, assurément les plus grands voyageurs aveugles, Percy Fawcett traquant le secret des Atlantes en pleine Amazonie, ou l'immense Richard Burton, dont le rire satanique nous fascine encore.
Depuis sa prime jeunesse, Le Bris est fasciné par la figure de "l'homme aux semelles de vent". Il a ici l'occasion de réunir les héros de son panthéon imaginaire, de Francis Drake à Nicolas Bouvier, et tous les lieux qui l'enchantent, de l'éphémère Floride huguenote à la terre mythique d'Ophir.

Écrivain, romancier, philosophe, éditeur, Michel Le Bris est le directeur du Festival Saint-Malo Étonnants Voyageurs
. Né dans la baie de Morlaix en 1944, il est resté extrêmement attaché à ses terrains d’enfance qu’il évoque longuement dans le très personnel Un hiver en Bretagne (Nil éditions, 1996, Points Seuil) et vit encore aujourd’hui dans la région.
Parallèlement à des études d’économie, Michel Le Bris poursuit à Nanterre des études de philosophie, grâce auxquelles il rencontrera Emmanuel Levinas, qui avec Henry Corbin un peu plus tard, auront une grande influence sur l’évolution de sa réflexion. En 1967, il participe à la naissance du Magazine Littéraire, dans l’équipe rassemblée par Jean-Jacques Brochier, qui comprendra également André Glucksmann et Raymond Bellour et prend la direction du mensuel Jazz Hot, qui jouera un rôle actif dans l’introduction du "free jazz" en France. Dans l’équipe qu’il rassemble alors : Patrice Blanc-Francard qui deviendra célèbre par les Enfants du rock, Philippe Constantin aujourd’hui disparu, grand directeur artistique, dont un prix Constantin de la chanson prolonge la mémoire et bien d'autres.
Mai 1968 jouera dans sa vie un rôle déterminant. Directeur du journal de la Gauche Prolétarienne La Cause du Peuple, il est incarcéré, condamné à huit mois de prison. Jean-Paul Sartre prend sa suite et l’affaire devient alors internationale : on ne peut pas incarcérer Sartre ! À sa sortie, il prend en main le journal J’Accuse lancé par la Gauche prolétarienne et un regroupement d’intellectuels. Dans le comité de rédaction : Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Maurice Clavel, Jean-Luc Godard, André Glucksmann, Jacques-Alain Miller, Jean-Claude Milner, Christian Jambet, Françis Bueb.
S’il quitte rapidement le mouvement mao, il reste étroitement lié avec Maurice Clavel et Jean-Paul Sartre. Il crée avec ce dernier la collection La France Sauvage chez Gallimard, participe activement aux réflexions sur le totalitarisme alors engagées autour de lui.
Il participe à la création du quotidien Libération en 1973. S’il a déjà publié plusieurs livres dont quelques ouvrages dans la collection La France Sauvage (dont Les fous du Larzac en 1975), il fait paraître ce qu’il considère comme son premier vrai livre, L’homme aux semelles de vent, en 1977, premier manifeste pour une littérature aventureuse, qui propose une interprétation radicalement nouvelle du romantisme allemand — réflexion qu’il approfondira dans Le Paradis perdu (Grasset, 1981) et le Journal du romantisme (Skira, 1981), ce dernier ouvrage traduit en cinq langues, couronné par de nombreux prix. Une édition augmentée et intitulée Le défi romantique est parue en 2002 chez Flammarion.
Grand connaisseur de l’histoire de la conquête de l’Ouest, et de l’histoire de l’Amérique en général, Michel Le Bris y a consacré plusieurs ouvrages: un roman, Les flibustiers de la Sonore (Flammarion, J’ai lu, 1998), un récit de voyage, La Porte d’Or (Grasset, 1986), un essai historique, Quand la Californie était française (Le Pré aux clercs, 1999), un Gallimard-Découvertes, La fièvre de l’or, en 1988 et un récit de voyage dans les parcs naturels américains (L’Ouest américain, territoire sauvage, Le Chêne, 2005).
Spécialiste de Stevenson, il lui a consacré une monumentale biographie (Les années bohémiennes, NiL éditions, 1994), un essai (Pour saluer Stevenson, Flammarion, 2000) et a édité chez divers éditeurs la quasi-totalité de son œuvre (dont de nombreux inédits en langue anglaise !) et notamment ses Essais sur l’art de la fiction (Payot Poche, 1992) ainsi qu’une édition de sa correspondance avec Henry James (Une amitié littéraire, Payot Poche, 1994).
Éditeur aux éditions Phébus de la quasi-totalité des grands classiques de la flibuste, il a publié aux éditions Hachette littérature le premier tome de son histoire de la flibuste : D’or, de rêves et de sang (nouvelle édition revue et corrigée en Hachette Pluriel, 2004).
Il a également consacré plusieurs ouvrages à la Bretagne.
Directeur de l’Abbaye de Daoulas de 2000 à 2006, il y organisera de grandes expositions accompagnées d’albums-catalogues publiés aux éditions Hoëbeke.
En 1990, exaspéré par les modes littéraires occupant alors le devant de la scène en France, décidé à défendre l’idée d’une littérature résolument "aventureuse, voyageuse, ouverte sur le monde, soucieuse de le dire", il crée la revue trimestrielle Gulliver, mobilise ses amis écrivains français et étrangers, multiplie les collections (Phébus, Payot, la Table Ronde), lance en France le mouvement des "écrivains voyageurs". Il propose en 1992 le terme de "littérature-monde", fait découvrir Nicolas Bouvier, dont il devient l’éditeur, mais aussi Redmond O’Hanlon, Anita Conti, Ella Maillart, Patrick Leigh Fermor, Norman Lewis, Jonathan Raban, Colin Thubron, Edward Abbey, Peter Matthiessen, des dizaines d’autres — plus de 400 ouvrages édités en l’espace de 15 années !
Il créé cette même année (avec Christian Rolland, Maëtte Chantrel et Jean-Claude Izzo qui sera pendant des années l’attaché de presse de la manifestation) le Festival Étonnants Voyageurs à Saint-Malo. Plusieurs éditions du festival seront par la suite lancées à l’étranger : à Missoula (Montana, USA), Dublin, Sarajevo (avec le Centre André Malraux), Bamako, Port-au-Prince en Haïti, Haïfa.
En 2007, dans le droit fil de l’idée de la littérature défendue par Étonnants Voyageurs, il est, avec Alain Mabanckou, Jean Rouaud et Abdourahmane Waberi à l’initiative du Manifeste pour une Littérature-Monde réunissant quarante-quatre écrivains du monde entier écrivant dans une même langue : le Français. Il dirige avec Jean Rouaud la publication de Pour une Littérature-Monde chez Gallimard regroupant vingt-cinq textes qui prolongent le débat engagé avec le Manifeste.
En septembre 2008, Michel Le Bris publie un formidable roman aux éditions Grasset, La beauté du monde et fin octobre 2008, aux éditions Hoëbeke, un album riche de 140 reproductions : L’esprit d’aventure, N.C. Wyeth consacré à celui qu’il tient pour le plus grand artiste de l’histoire de l’illustration.
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Notre Comédie du livre 2010-Suite et fin

La Comédie du livre s'est achevée.
Le moment est donc venu de remercier tous nos amis lecteurs qui ont pris sur leur temps pour venir dans notre stand, durant ces trois jours, nous aider à recevoir nos invités nombreux.
Merci surtout à nos écrivains, aventuriers, aventurières et peintres-voyageurs pour votre participation.
Ce fut un grand plaisir que de vous recevoir et d'avoir contribué, par votre présence chaleureuse, amicale et littéraire, à la réussite de notre édition 2010.
Nous vous souhaitons de réaliser vos projets d'écriture en cours ou à venir et on espère que nos chemins se croiserons de nouveau un jour ou l'autre.


Et voici en résumé de ces trois jours nos invités en pleine action.....

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Un devin m'a dit de Terziano Terzani (Éditions Intervalles-2010)


"Dans la vie, il se présente toujours une bonne occasion. Le problème, c'est de savoir la reconnaître et parfois ce n'est pas facile. La mienne, par exemple, avait tout l'air d'une malédiction. Un devin m'avait dit : "Attention! En 1993, vous courrez un grand risque, celui de mourir. Cette année-là, ne volez pas, ne prenez jamais l'avion." Cela s'était passé à Hong Kong. J'avais rencontré ce vieux Chinois par hasard. Sur le moment, ces mots m'avaient frappé, évidemment, mais cela ne m'avait pas tracassé. Nous étions au printemps de 1976, et 1993 me semblait encore très loin. Toutefois, je n'avais pas oublié cette échéance. Elle était restée dans mon esprit, un peu comme la date d'un rendez-vous auquel on n'a pas encore décidé si on ira ou non. (...) Je me suis vite retrouvé à la fin de 1992. Que faire? Prendre ce vieux Chinois au sérieux et réorganiser ma vie en tenant compte de son avertissement, ou faire semblant de rien et continuer en me disant : "Au diable les devins et leurs inepties?" (…), et j'ai pensé que la meilleure façon d'affronter cette "prophétie" était de le faire à la mode asiatique : ne pas m'y opposer, mais m'y plier. (....). Et puis, l'idée de ne pas voler pendant une année entière me plaisait beaucoup, surtout comme défi. Prétendre qu'un vieux Chinois de Hong Kong puisse avoir les clefs de mon avenir m'amusait énormément. J'avais l'impression de faire un premier pas sur un terrain inconnu. J'étais curieux de voir où les pas suivants, dans cette même direction, allaient me porter. Tout du moins, ils m'inciteraient, pendant un certain temps, à vivre une vie différente de celle de toujours...."
C'est ainsi que commence le livre de Tiziano Terzani (titre original : "Un indovino mi disse").
Pour cet auteur, correspondant en Asie de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, 1993 devient une année très particulière (durant laquelle la prophétie, en quelque sorte, se réalise) dans une vie déjà assez extraordinaire.
De cette expérience naît un livre hors de l'ordinaire, qui est à la fois un roman d'aventure, un carnet de route, une autobiographie, la narration d'un voyage et un grand reportage. C'est un des plus beaux livres de ces quinze dernières années qu'il m'ai été donné de lire et qui est enfin réédité.
Tiziano Terzani redécouvre les plaisirs de voyager- en train, à pied, en bus, voiture, bateau, à travers les montagnes et outre-mer- re-découvrant la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge, le Vietnam, la Chine, la Mongolie, le Japon, l'Indonésie, Singapour et la Malaisie. Cette odyssée à travers l'Asie est pleine de révélations et de réflexions sur les évolutions en cours, à ses yeux dramatiques.
L'histoire principale de ce livre n'est pas l'année que l'auteur, a passé à voyager autour de l'Asie sans prendre l'avion mais le voyage métaphorique à la poursuite de ce qui reste de la spiritualité asiatique. Au cours de ce voyage, Terzani emmènera également le lecteur dans le monde des diseurs de bonne aventure.

Né à Florence en 1938, Tiziano Terzani a été pendant près de trente ans le correspondant en Asie, de plusieurs journaux européens, dont Der Spiegel et le Corriere della Sera , où il se retrouva pris dans les grands événements de son temps: la guerre du Vietnam et la chute de Saigon en 1975 (dont il écrira un livre qui, traduit en vietnamien, sera le livre de référence dans les écoles vietnamiennes); l’ouverture de la Chine après la mort de Mao (où aucun étranger n’avait pu pénétrer depuis 1949) avec un long séjour en Chine qui pris fin en 1984 lorsque Terzani est arrêté pour "activités contre-révolutionnaires", puis expulsé. L'expérience intense de la Chine, et son dénouement dramatique, donne lieu à un livre, publié simultanément en Italie, les États-Unis et la Grande-Bretagne; la chute de l’Empire Soviétique où, en août 1991, alors en Sibérie avec une expédition soviéto-chinoise, il apprend la tentative de coup d'Etat anti-Gorbatchev et décide d'aller à Moscou. Le long voyage devient alors Goodnight, M. Lénine (1992), qui représente un témoignage clé dans l'effondrement direct de l'empire soviétique.
Il vécut longtemps en Asie, demeurant chaque fois plusieurs années dans chaque pays : Hong-Kong, le Cambodge, le Vietnam, la Chine, le Japon, la Thaïlande, et enfin l’Inde où, de grand reporter, il devint une sorte d’écrivain voyageur, écrivant des articles de plus en plus longs.
Profondément influencé par la spiritualité indienne, un séjour solitaire dans l’Himalaya lui permit de vivre, dans la paix, le cancer dont il était atteint en acceptant l’idée de sa mort prochaine. Abandonnant définitivement son métier de journaliste, il se retira dans une maison isolée dans les montagnes en Italie, pour méditer, vivre là ses derniers jours dans le silence, ne recevant plus personne exceptés Angela, sa femme, et leurs deux enfants : Folco et Saskia.
Quelques mois avant sa disparition, Tiziano avait envoyé un télégramme à Folco. Très affaibli et sentant la fin proche, il lui proposait de le rejoindre pour répondre aux questions que celui-ci aurait envie de lui poser sur son parcours d’homme, de journaliste, de père : "Un dialogue entre un père et un fils, un livre testament que tu devras ensuite mettre en forme".
Folco répondit à l’appel et un livre, fruit de leurs conversations, enregistrées et retranscrites, paraît en 2008: La fin est mon commencement: un père raconte à son fils le grand voyage de la vie (Ed. des Arènes, et Ed.Intervalles) qui ressort dans la collection Points Seuil en même temps que cette réédition.

Tiziano Terzani avait vingt ans en 1958, c’est l’époque des grands bouleversements sociaux et de la décolonisation. Ce qui le motive alors est de chercher une alternative au monde occidental : une société qui ne soit pas fondée sur les critères du profit, de l’argent, et qu’il espère découvrir en Asie.
Il lui faudra treize ans pour s’installer dans cette région en tant que correspondant avec en poche sa carte toute fraîche de journaliste professionnel, obtenue sans être passé par une école, après un parcours des plus atypiques.
Pour Tiziano, le métier de journaliste est une véritable mission consistant à informer, et former l’opinion des gens, en racontant ce qu’il voit et entend, au delà des faits événementiels, vérifier systématiquement la véracité de ce qu’on lui dit et rester à distance du pouvoir, quel qu’il soit.
Dans chacun des pays traversés, il apprendra la langue locale, fera des rencontres et se fera des amis, s’immergeant dans leur culture, sillonnera le pays comme il en aura envie, se rendant dans des lieux interdits aux étrangers et écrira des articles en toute liberté, surtout en Chine.
C’est au Japon où il se retrouve après la Chine, que se déclenche une crise profonde pour cet homme non seulement marqué par l’échec du communisme comme solution pour résoudre les problèmes de l’humanité mais aussi par ce qu’il découvre au Japon, c'est-à-dire tout le contraire de ce qu’il cherchait : la copie conforme la plus sophistiquée du système occidental.
À travers son métier, Tiziano en est venu à réfléchir sur la politique, les motivations sous-jacentes des guerres, sur le progrès et enfin la nature. C’est le fruit de ces réflexions qui le pousse progressivement à arrêter le journalisme. Il cesse d’abord d’écrire des papiers politiques, la politique pour lui n’offrant aucune solution, tout comme les révolutions et les guerres, parce que tout recommence, parce qu’au fond de tout ça il y a la nature de l’homme, et l’homme n’est pas devenu meilleur pour autant : "Pense à l’histoire de l’humanité et aux progrès matériels que l’homme a accomplis. Il a allongé sa durée de vie, il est allé sur la Lune. Mais en vérité, il n’a fait aucun progrès sur la voie spirituelle... Il a peur de tout, il se sent en insécurité, il ne sait pas qui il est".
Violence, égoïsme, individualisme, consumérisme, ignorance, il s’agit bien là d’un phénomène d’appauvrissement progressif de la civilisation. Et pourtant, Tiziano refuse de concevoir ce constat comme une fatalité : "Je pense que la grande bataille de notre avenir sera la bataille contre l’économie qui domine nos vies. Changeons nos critères et nos valeurs.Tant que des valeurs telles que la curiosité, le goût de l’autre, de sa différence, le courage, l’honnêteté, l’amitié, auront un impact dans le coeur de l’homme, elles seront le garde-fou de la civilisation".
Tiziano Terzani n’a de cesse de revenir sur l’importance capitale de la connaissance de l’Histoire pour comprendre le fonctionnement du monde et les événements actuels et ne pas se laisser endormir par les discours politiques et l’approximation de plus en plus fréquente des événements du monde relaté dans la presse.
Après la polémique qui l’a opposé à Oriana Fallaci en 2002, et qui a vu Terzani défendre avec ardeur le dialogue des cultures en vue de parvenir à la paix entre Nord et Sud, entre orient et occident, son œuvre est devenue un véritable phénomène de société en Italie.
Le journaliste et écrivain italien est mort à 65 ans, en Orsigna dans la province de Pistoia en Juillet 2004. Il a demandé que sur sa tombe soit inscrit sous son seul nom, le mot "voyageur".
Le Prix Terzani, créé en sa mémoire, récompense depuis 2004 l’auteur d’une œuvre (essai, reportage littéraire ou roman) qui traite des relations interculturelles, du choc ou dialogue des cultures, en particulier entre orient et occident.

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Seule sur le Transsibérien, Mille et une vies de Moscou à Vladivostok, Géraldine Dunbar (Transboreal-2010)

une train mythique.......

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