Aimantée par les royaumes de Borée, Astrid Wendlandt est allée explorer la fin du monde connu, le Grand Nord sibérien, en quête des derniers Nénetses, nomades éleveurs de rennes.
Les Nénetses sont les plus grands éleveurs de rennes au monde et figurent parmi les derniers peuples du Grand Nord à avoir conservé leur mode de vie ancestral. Le renne leur procure nourriture et peaux et leur permet de circuler dans l’immense toundra arctique d’Arkhangelsk à Norilsk, où la moitié d’entre eux survivent encore dans la toundra où la température peut atteindre –65 °C.
Les Nénetses, le deuxième plus grand peuple autochtone de Russie après les Iakoutes, sont au nombre de 38 000 (en comparaison, le Canada compte 45 000 Inuit).
Leurs terres de tradition se situent dans la péninsule de Yamal, au cœur du District autonome yamal-nénetse qui contient 90 % des réserves en gaz de la Russie.
Contrairement à d’autres autochtones de Sibérie tels les Tchouktches, les Dolganes ou les Nganassanes, les Nénetses ont résisté à la colonisation russe et à la montée de l’industrie vers le Nord. Pour combien de temps encore ? Gazprom, le bras droit du Kremlin, quadrille la toundra de pipelines, de pistes goudronnées et de chemins de fer qui bloquent les routes de migration du renne. Les Nénetses doivent aller toujours plus loin pour vivre en paix. Ils sont aussi harcelés par des pasteurs baptistes, financés par des églises américaines. Enfin, une autre menace, lourde de conséquences, pèse aussi : l’exode des femmes vers les villes.
Chaque jour qui passe est un exploit dans la toundra. L’homme trouve sa fierté à s’occuper des rennes, à chasser et à pêcher. En ville, un homme nénetse est inutile, il s’ennuie et boit. Les femmes, elles, rêvent d’une vie citadine où elles n’auraient plus besoin de faire la lessive dans la rivière gelée, de couper du bois pour se chauffer, de confectionner des habits en peau de renne pour leur famille. C’est pourquoi nombre d’entre elles veulent gagner l’école, voire l’université pour tenter d’échapper à leur condition. Leur exode crée un préoccupant déficit de femmes dans les campements de la toundra.
Cependant, les Nénetses, otages des géants du gaz et du pétrole, en proie au prosélytisme des baptistes, à l’exode des leurs et aux affres du réchauffement climatique, restent optimistes. Ils ont survécu à tous les aléas du passé et savent qu’ils relèveront ces nouveaux défis.

Née à Paris en 1973, Astrid Wendlandt est franco-canadienne. Elle a passé sa vie entre la capitale et Montréal avant de migrer en Russie à l’âge de 21 ans.
Armée d’une double licence de russe et de sciences politiques de l’université McGill de Montréal, et de son expérience en tant que rédactrice du journal de l’université, elle a travaillé trois ans à Moscou comme journaliste indépendante puis pour le quotidien anglophone The Moscow Times.
En 1997, elle est partie à Boston faire une maîtrise de droit et de diplomatie internationale à la Fletcher School of Law and Diplomacy, administrée par Tufts University et Harvard University, où elle s’est concentrée sur les relations entre l’Europe, la Russie et la finance internationale.
De 1999 à 2004, elle a travaillé au Financial Times de Londres en tant que journaliste politique et économique et, en 2001, comme correspondante à Moscou pendant huit mois.
Depuis juillet 2004, elle est journaliste pour l’Agence Reuters à Paris, spécialisée dans le secteur des médias, télécoms et technologies de l’information.
Passionnée par la Russie, elle consacre tous ses loisirs à l’Arctique et passe depuis 2005 un mois par an chez les Nénetses, éleveurs de rennes du nord de l’Oural. En vue de l’écriture de son livre, elle a examiné l’impact de l’explosion de l’industrie du gaz sur leur vie quotidienne. Elle se penche aussi sur d’autres menaces : le réchauffement climatique, les évangélistes baptistes, les braconniers russes et autres envahisseurs.


Astrid Wendlandt
envoyé par les cinq continents.