Sur une terre étrangère de Jhumpa Lahiri (laffont-2009)
Par Alain et Christine Londner, mardi 26 janvier 2010 à 16:09.
La question de la double culture préoccupe Jhumpa Lahiri, la romancière à deux visages, l'éternelle frontalière, ballottée entre la nostalgie de ses origines indiennes et les réalités de sa patrie d'adoption.
Née à Londres en 1967 de parents bengalis, aujourd'hui installée à New-York, elle a grandi à Rhodes Island, dans une Amérique où elle a dû assumer sa différence avant d'entrer en fanfare sur la scène littéraire: en 2000, elle a reçu le Prix Pulitzer pour un recueil de nouvelles éblouissantes, L'interprète des maladies (Folio-2003). Elle peignait en clair-obscur les tourments des indiens de la diaspora, dont les rêves meurtris se consument comme des bâtons d'encens.
Suivra un premier roman, Un nom pour un autre (10x18-2010), plébiscité tant par le public que par la critique et adapté au cinéma en 2006 par la réalisatrice Mira Nair.
Avec Sur une terre étrangère, auréolé du Prix Frank-O’Connor, récompense internationale la plus prestigieuse dans le domaine de la nouvelle, Jhumpa Lahiri choisit cette fois de s’attacher aux pas des enfants des premiers expatriés indiens en terre américaine, dont elle retraçait le parcours dans L’Interprète des maladies.
Avec un art du récit et une finesse psychologique incomparables, la nouvelliste décrit les affres de cette seconde génération de migrants, en quête d’un monde perdu, confrontée en permanence au décalage entre deux civilisations et au regard de l’autre posé sur soi. Exil et solitude, déracinement et assimilation, mystères de l’identité se trouvent à nouveau au coeur des préoccupations des héros de son troisième livre.
Sur une terre étrangère se compose de 8 nouvelles, divisée en deux sections.
La première section contient cinq courtes histoires distinctes:
Dans la première nouvelle qui donne son titre au livre, une fille d'origine indienne, Ruma, se félicite de la visite surprise de son père, avec une certaine appréhension, dans sa nouvelle maison de Seattle. Ruma est mariée à un américain du nom d'Adam, et ils ont un jeune fils nommé Akash. À tous égards, la jeune famille est un modèle de mariage mixte et, dans le cas de Ruma, d'assimilation culturelle complète. Néanmoins, la visite de son père impose à Ruma de trouver la force pour affronter les inévitables fissures qui apparaissent entre les première et deuxième générations de familles immigrées.
Les quatre autres histoires dans la première section ont des thèmes similaires.
La seconde partie du livre contient trois histoires entrelacées faisant intervenir deux personnages, une femme et un homme, Hema et Kaushik, à différents stades de leur vie.
La première histoire est racontée du point de vue d'Hema, la deuxième, trois années plus tard, du pont de vue de Kaushik, et la troisième, une vingtaine d'années plus tard, des deux points de vue.
Là encore l'histoire, très belle et très maîtrisée, est sans doute la plus réussie du recueil. Le dialogue indirect, entre ces deux personnages, tourne autour des interrogations et problèmes de cette seconde génération indienne née ou non aux États-Unis avec tout ce que cela impose de compromis, de renoncement, d'adaptation à une nouvelle culture tout en préservant celle, bengali, des parents ou grands-parents.
Jhumpa Lahiri mêle son expérience à la description pointilleuse- et férocement ironique- de ce pays où elle est parvenue à s'imposer, malgré les vents contraires. Américaine? Indienne? Peu importe: elle est désormais une grande dame de la littérature et une nouvelliste de premier plan.
Née à Londres et descendante d'une famille originaire du Bengale, Jhumpa Lahiri avait 3 ans quand ses parents se sont installés aux Etats-Unis.
Bien qu'ayant grandi aux États-Unis, elle a toujours fait de longs séjours en Inde, en essayant de ne pas perdre de vue, tant dans la littérature que dans la vie, l'identité de sa famille d'origine.
Diplômée en littérature anglaise à la Colombia University de New York, elle a complété ses études avec deux masters d'écriture créative. En 1999, trois de ses nouvelles sont publiées sur la revue "The New Yorker", suscitant aussitôt un grand enthousiasme pour son écriture simple et douce et l'été suivant, elle entre dans la liste des vingt meilleurs jeunes écrivains d'Amérique. Les thèmes de ses livres tournent toujours autour du problème de l'identité et de l'appartenance à une communauté géographique bien précise : "plus je grandis et plus je me rends compte que j'ai assimilé de mes parents la sensation d'être perpétuellement en exil".
En 1999, elle débute avec un recueil de nouvelles : "L'interprète des maladies", avec lequel elle remporte de nombreux prix internationaux : le Pen/Hemingway (1999) et le prestigieux Prix Pulitzer (2000).
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