Mémoire de Chine de Xinran (Picquier-2010)
Par Alain et Christine Londner, dans Lire et découvrir -# 314 - Fil RSS

Mémoire de Chine est la confession d'une génération dont l'histoire n'a jamais été racontée. Grands-parents et arrière-grands-parents décrivent avec leurs propres mots - pour la première et peut-être la dernière fois - les transformations qui ont définitivement changé la Chine au cours du siècle passé.
Ce livre est à la fois un voyage à travers le temps et l'espace, et un mémorial dressé à ceux qui ont vécu guerres, insurrections, persécution, invasions, révolutions, famines, modernisation, occidentalisation, et qui ont survécu pour entrer dans le XXIe siècle.
Xinran a parcouru toute la Chine, des métropoles aux provinces les plus reculées. Elle a rencontré une génération chez qui l'idée de culpabilité collective est très profondément ancrée, et pour qui la liberté d'expression est un étrange et dangereux concept. Ils ont parlé de leurs vies, leurs espoirs, leurs peurs et leurs luttes, de ce qu'ils ont vu et ressenti à propos de tous les événements auxquels ils ont assisté.
En donnant voix à une génération oubliée, ce livre révèle l'histoire secrète de la Chine et de son peuple. Comme le dit Xinran, il a pour but "d'aider notre futur à comprendre notre passé".
Xinran est née en 1958 dans une famille fortunée qui sera persécutée pendant la Révolution Culturelle. Elle et son frère sont enlevés, par les Gardes rouges, à leurs parents jugés "réactionnaires" et envoyés dans un orphelinat militaire réservé aux enfants de "chiens à la solde de l’impérialisme", leur maison est brûlée et leurs parents sont emprisonnés pendant sept ans.
À partir de 1983, la Chine a besoin de personnes, pour développer la télévision et la radio, capables de diriger des émissions de débat éducatives tout en s’assurant que les sujets "interdits" sont évités.
On confie à Xinran la production de ces émissions. Mais elle devient, rapidement en 1989, l’animatrice d’une émission de radio, "Mots sur la brise nocturne", diffusée quotidiennement entre 22h00 et minuit où pour la première fois des femmes sont incitées, en direct, à parler de leurs problèmes personnel, familiaux et même sexuels.
Le succès est considérable jusqu'en 1995 malgré l'heure tardive de l'émission ; Xinran voyage alors en Chine et au Tibet, poursuit ses enquêtes mais décide de partir à Londres en 1997.
Après quelques mois de petits boulots, elle obtient d'enseigner à l'Université de Londres et de faire venir son fils âgé de dix ans. Elle rédige alors "Chinoises" (Philippe Picquier-2003) un document stupéfiant sur la condition des femmes en Chine, encouragée par un agent littéraire connu, Toby Eary, qui représentait notamment l'écrivain à succès Amy Tan. Le couple se mariera en 2002.
Le succès de "Chinoises" est mérité : une grande variété de témoignages qui abordent les différents aspects de la vie des femmes y compris la sexualité, le récit d'existences saccagées au nom de l'idéologie ou des traditions, un ton de sympathie sans trop de sentimentalisme, une naïveté qu'on lui a reproché mais qui montre aussi que comme les intellectuels qui suivent la génération "rééduquée" à la campagne, elle connaissait mal la vie de la Chine rurale.
En 2004, elle publie "Funérailles Célestes" (Philippe Picquier), un livre né aussi d'une rencontre avec une Chinoise, qui passa trente ans dans des régions désolées du Tibet à la recherche de son mari médecin militaire, disparu lors des opérations chinoises au Tibet en 1958. Un livre bien différent sur un choc de cultures, dans des conditions de vie extrêmes.
On a critiqué Xinran pour certaines approximations et pour une approche un peu suffisante (postface de Claude B. Levenson). Mais ce regard est celui d'une majorité de Chinois vis-à-vis du Tibet ou des "minorités nationales" en Chine. Au moins Xinran fait-elle preuve d'admiration pour son héroïne et son parcours exceptionnel.
Pendant deux ans (2003-2005), Xinran écrit des chroniques régulières pour le grand quotidien britannique The Guardian ; Elle les publie dans un livre, qui n'est malheureusement pas traduit, "Ce que les Chinois ne mangent pas". C'est un bon document qui détaille les efforts de l'auteur pour dissiper les malentendus, souligner les préjugés européens ou chinois et tenter de combler l'ignorance satisfaite des Européens vis à vis de la Chine et de sa culture.
Elle tient, également, le rôle de conseiller aux relations avec la Chine pour de grandes corporations comme la BBC.
Depuis la publication de son premier livre, un best-seller international, Xinran est connue dans le monde entier.
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