Ça n’existe pas l’Amérique ! Lorsque Henry Miller écrit cette phrase, qui sonne comme une boutade, il ne raye pas d’un coup de plume un pays de presque six millions de kilomètres carrés et de plus de trois cents millions d’habitants, il suggère plus simplement qu’il y a plusieurs Amériques, faites de nombreuses et différentes histoires de migrations et de conquêtes.
Reprenant à son compte cette affirmation en forme de provocation, Dominique Falkner la vérifie en quelque sorte sur le terrain, au cours d’un long voyage dans l’Amérique profonde, qui le mène de la région des Grands Lacs jusqu’aux confins du Montana, à quelques lieues de l’océan Pacifique.
Sous prétexte de retrouver un oncle émigré en 1961, il met le cap à l’Ouest, empruntant tous les moyens de transport terrestres, de la voiture aux cars Greyhounds, faisant de l’auto-stop au milieu de nulle part, dormant dans des motels sans charme ou dans des forêts, avec la ferme volonté de prendre son temps, de voir le pays et de rencontrer sa habitants.
Que rapporte-t-il de cette errance initiatique ? De ces rencontres, nombreuses, avec les automobilistes qui l’accueillent dans leur voiture pour quelques kilomètres, avec des serveuses exténuées dans des coins paumés, de vieux solitaires qui ont choisi de poser leur sac, des étudiants, qui, comme lui, font la route sans but précis, si ce n’est d’aller vers l’Ouest, toujours plus à l’Ouest, remettant leurs pas dans ceux, mythiques, des grands anciens. Peut-être avec l’idée qu’en effet l’Amérique est multiple, et qu’il ne sert à rien de vouloir la comprendre sans prendre in situ la mesure de son immensité.
Les Etats-Unis défilent, parfois surprenants, parfois conformes aux clichés, et on les regarde avec un émerveillement d'enfant.
C’est lors de ces conversations volées, dans des voitures, des bars, des motels ou des maisons qui s’ouvrent pour une nuit, mais aussi dans la contemplation de ces paysages grandioses, sauvages, intacts, qu’il entrevoit la complexité de l’Amérique. Il ne peut alors, qu’entremêler son récit de voyage avec ceux, plus anciens, des pionniers, premiers découvreurs du pays à travers de longs extraits des journaux de ceux-ci.

Né en 1963 à Paris, Dominique Falkner vit aux États Unis depuis 1986. Il habite aujourd’hui à Key West.