Les Tibétains, Photographies de Marc Riboud et texte d’André Velter (Imprimerie Nationale-2009)
Par Alain et Christine Londner, lundi 26 octobre 2009 à 18:26.

Qu’y a-t-il de si singulier, d’unique, d’irremplaçable dans ce qui perdure en dépit de tout aux environs de Shigatsé, du Mont Kailash ou des rives du Koukonor ?
Sans porter sur le Pays des Neiges un regard de dévot, on perçoit cependant, comme Marc Riboud au premier coup d’oeil, que cette gigantesque contrée ne s’apparente à aucune autre. Soumise depuis plus de cinquante ans à une colonisation féroce, elle résiste aux tentatives d’assimilation, aux entreprises d’extermination comme à la récente et insidieuse politique de submersion ethnique.
Quelques millions de Tibétains défient, sans arme et sans véritable soutien international, la nation la plus peuplée et désormais la plus industrieuse de la planète. Leur défi tient d’ailleurs à peu de choses et reste incompréhensible à ceux qui les régentent : ils continuent d’exister, ils s’acharnent à être les héritiers d’une autre histoire, d’une autre tradition, d’un autre art de penser, de vivre et de mourir.
À l’évidence, ils sont toujours et encore Tibétains et n’entendent pas devenir Chinois.
Cette identité irréductible obéit d’abord à la nature du sol et à la topographie des lieux. Ceux qui ont pris pied dans une telle immensité, qu’ils y aient été conduits par transhumances successives ou par exodes obligés, ont dû s’accorder à ces terres extrêmes et s’inventer des coutumes, des croyances, des rites capables de conjurer les peurs, de maîtriser les parages, d’harmoniser les jours et les heures.
Quand Marc Riboud parcourt le pays de Guésar, de Padmasambhava, de Milarépa, de Tenzing Gyatso, le quatorzième Dalaï Lama, c’est cette fidélité inentamée qui transparaît dans les images qu’il réalise. L’époque n’est plus à la répression aveugle et pas encore au déferlement par millions de civils chinois. La suite de ses photos compose, délicatement et hors de tout pathos, le portrait sensible d’un peuple.
Portrait pris et offert en ce moment indécis, en ce suspens d’après la grande terreur, d’avant la grande invasion. Portrait aux cent portraits, avec rues, sentiers, paysages, bivouacs, horizons, mais toujours proche, d’humanité respectée, de vie recueillie, dévoilée, célébrée.
Marc Riboud est né en 1923 à Lyon.
En 1953, sur l’invitation d’Henri Cartier-Bresson et de Robert Capa, il rentre à Magnum. Ce dernier l'envoie à Londres “pour voir les filles et apprendre l'anglais”. Il n'apprend pas l'anglais mais photographie intensément.
En 1955, via le Moyen-Orient et l'Afghanistan, il se rend par la route en Inde, où il reste un an et d'où il gagne la Chine pour un premier séjour en 1957. Entre 1968 et 1969, il effectue des reportages au Sud ainsi qu’au Nord Vietnam, où il est l’un des rares photographes à pouvoir entrer. Depuis les années 80, il est régulièrement retourné en Orient et en Extrême-Orient et a exposé à Paris, Londres, New York, Beijing, Hong-Kong, Bilbao.
Marc Riboud a publié de nombreux livres, dont les plus connus sont Les trois bannières de la Chine (Robert Laffont), Journal (Denoël), Huang Shan, Les Montagnes célestes (Arthaud), Angkor, Sérénité bouddhique (Imprimerie Nationale), Quarante ans de photographie en Chine (Nathan), Demain Shanghai (Delpire).
La rétrospective publiée en 2004 chez Flammarion et, exposée à la Maison Européenne de la Photographie de Paris, accueillit 100 000 visiteurs. De nombreux musées à travers l’Europe mais aussi aux Etats-Unis et au Japon ont exposé son travail.
Il a reçu plusieurs récompenses.
André Velter, né le 1er février 1945, partage son activité entre les voyages au long cours (Afghanistan, Inde, Népal, Tibet) et la mise en résonance des poésies du monde entier.
Sur France Culture, il a créé Poésie sur Parole (1987-2008). Il a également animé Agora (de 1995 à 1998), Poésie Studio (de 1997 à 1999) et les Poétiques, enregistrées chaque mois en public au Théâtre du Rond-Point, avec Claude Guerre (de 1995 à 1999).
Les chroniques littéraires d'André Velter dans Le Monde s'attachent surtout à l'Orient.
Il dirige, chez Gallimard, la collection Poésie/Gallimard.
Toute son œuvre poétique est vouée au souffle, à la révolte, à l'amour sauvage, à la jubilation physique et mentale. Résolument attaché à la "voix haute", il tente d'inventer une oralité nouvelle, créant régulièrement avec comédiens et musiciens de vastes polyphonies..
Il a reçu le "Goncourt / Poésie" en 1996. Il est l'auteur d'essais (avec Marie-José Lamothe) : Le Livre de l'outil, Les Outils du corps, Les Bazars de Kaboul, Ladakh-Himalaya. Et de nombreux ouvrages de poésie, avec entres autre : Passage en force, Ouvrir le chant (Le Castor Astral), l'Enfer et les fleurs (Fata Morgana), Du Gange à Zanzibar, Le septième sommet, L'amour extrême, Une autre altitude (ces trois derniers titres étant dédiés à Chantal Mauduit), La vie en dansant, Au Cabaret de l'éphémère, Midi à toutes les portes et Tant de soleils dans le sang (Alphabet de l'espace).
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