La légende de la géographie de Gilles Lapouge (Albin Michel-2009) et La maison des lettres, conversations avec Christophe Mercier (Phébus-2009)
Par Alain et Christine Londner, dans Lire et découvrir -# 248 - Fil RSS
"La carte nous conte un récit féerique, une fable ou un mythe, un graal ou une odyssée. Même sur l'écran G.P.S, c'est dans des terres de légende que la carte nous invite à entrer." écrit Gilles Lapouge.
L’histoire de l’homme est inséparable de la planète qu’il habite, des mers, des continents et des climats. Loin d’être une science exacte ou même une discipline, la géographie est avant tout de l’Histoire, et aussi du rêve, de l’imagination, de l’utopie, de l’imagination, de la fable, de la mythologie, de la tromperie, du vagabondage, de la philosophie, du roman, avec un peu de géologie et de mathématiques.
De Ptolémée et d’Hérodote à Vidal de la Blache et à Google Earth qui survole le toit de nos maisons, Gilles Lapouge raconte la prodigieuse aventure de la géographie, au gré des millénaires et des civilisations. La géographie, une passion qui sous-tend une grande partie de son oeuvre.
Lui-même vagabond endurci et écolier buissonnier amoureux de cartes et d’estampes, il s’est très tôt passionné pour ces savants, voyageurs navigateurs et autres traceurs de frontières parce que justement, ils ne savaient ce qu’ils cherchaient, ni où ils allaient, mélangeant routes et vents, et se perdant dans leurs songes.
Un essai éblouissant d’intelligence, de culture et surtout de non-conformisme dans la pensée et la manière de l’exprimer.
Dans les entretiens avec Christophe Mercier, Gilles Lapouge se dévoile véritablement, pour la première fois, parle de son enfance en Algérie, de sa famille tant aimée, de ses amitiés. Il raconte Paris après la guerre, le Brésil des années cinquante, la presse, la télévision et la radio. Il évoque chacun de ses livres.
Il explique sa façon de voyager, et pourquoi il ne se considère pas comme un voyageur tel que le sont ses amis du festival de Saint-Malo. Et, surtout, il parle de ce qui a été la passion de toute son existence – d’où le titre "La maison des lettres" : la littérature, consacrant de longs passages à ses grandes admirations : Stendhal, Rimbaud, Dickens, Knut Hamsun ou Jean Giono.
Gilles Lapouge est né à Dignes et a passé son enfance en Algérie, à Dellys puis Oran.
Après une licence d’histoire géographie obtenue en France, il est de retour en Algérie où il travaille comme journaliste. En 1950, il part pour le Brésil et devient grand reporter pour O Estado de Sao Paulo. Gilles Lapouge, qui "n’aime ni les pays chauds, ni les palmiers, ni les plages" restera leur correspondant pour l’Europe durant plus de quarante ans.
De retour en France il collabore au Monde, au Figaro littéraire et à Combat aux côtés d’Albert Camus. Dans les années 60, il fait la connaissance de Nicolas Bouvier et publie son premier roman.
En 1975 il crée “Apostrophes” avec Bernard Pivot.
Un peu par hasard, il découvre l’Inde (remplaçant au pied levé Jacques Lacarrière, grippé) et la Finlande. Et choisit de visiter l’Islande, en plein hiver, sans vraiment parler anglais... et encore moins islandais.
À vrai dire, il y a chez Gilles Lapouge comme une fatalité dans le voyage, une envie de se laisser porter par les flux du monde, d’accueillir la surprise et l’inattendu avec bienveillance et malice.
Écrivain, journaliste, producteur à France Culture de l’émission "En étrange pays" et pilier historique du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, Gilles Lapouge est un flâneur au style inimitable qui envisage le voyage comme un égarement, un passage dans une autre dimension.
Auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles, il se passionne pour les sujets et thèmes les plus divers. Il vient de recevoir le Prix de la Société des gens de lettres pour l’ensemble de son oeuvre.
L’encre du Voyageur a été récompensé du Prix Femina Essai en 2007. Ce livre nous conviait à une flânerie planétaire rappelant que, dans un monde qui court sans savoir où, on ne perd jamais son temps à perdre du temps.
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