À Danda, près de Bombay, Rachel est la dernière représentante d’une communauté juive établie depuis deux mille ans:
les Bene Israël.
Pendant des années, Rachel a vécu seule dans sa maison au bord de la mer. Son mari, Aaron, n'est plus, ses enfants ont émigré en Israël ainsi que les Bene Israël qui vivaient à proximité. C'est cette solitude qui l'aide à la régularité de sa routine.
Elle repose sur deux piliers: la synagogue de son village et la préparation des recettes traditionnelles judéo-indiennes.
Bien que ses enfants soient en Israël, elle veut rester dans ce pays où son mari est enterré. Son identité juive lui est précieuse, même si Israël est pour elle une terre inconnue. Elle parle marathi, porte des saris traditionnels et est parfois présentée par ses voisins comme une brahmane.
Elle chante même, à l'occasion, un bhajan à l'enfant Moïse flottant dans le bassin du Nil, adapté d'un bhajan sur Krishna.
La synagogue, où elle a été mariée, est désormais à sa charge et, chaque vendredi, au début du sabbat juif, elle ouvre son cadenas rouillé, balaye et nettoie ce lieu, en espérant qu'il deviendra, de nouveau, le théâtre de rassemblements communautaires.
Aujourd'hui, la synagogue n'est plus qu'un monument, pire une relique, maintenue en vie par la foi de Rachel.
Lorsque des promoteurs cherchent à acheter la synagogue et ses terrains alentour pour un projet immobilier, Rachel décide de se battre, de façon plutôt inattendue, pour protéger ce monument de sa foi et le seul lien qui la relie à l'héritage juif de ses ancêtres.
Secondée par un ancien ami de sa fille, devenu avocat, elle empêchera que disparaisse ce qui fait le sel de sa vie.
La meilleure partie du livre est, cependant, la recette traditionnelle qui ouvre chaque chapitre du roman: : curry masala, poulet kesari, patates tilkout, tchaï, etc…qui, à la fois, fait resurgir les saveurs du passé et joue un rôle primordial dans le déroulement du roman.
Ce qui n'est pas sans rappeler un autre roman, best-seller de notre librairie depuis sa parution:
la colère des aubergines de Bulbul Sharma (Picquier-2002) où les recettes étaient l'un des personnages essentiels du roman.
Esther David détaille la recette et nous donne, par des petites notes, la signification culinaire et religieuse de chaque élément accompagnant celle-ci. Les recettes sont, en quelque sorte, un merveilleux exemple de la façon dont les Bene Israël ont intégré les épices et traditions culinaires de leur pays d'adoption, tout en conservant leur propre identité.
Le livre de Rachel est ainsi à la fois la découverte d'une cuisine judéo-indienne savoureuse, le portrait d'une femme sans compromis et la chronique d'une communauté unique.
Il est aussi un excellent manuel de cuisine qui vous fera passer des mots au fourneau!
D'ailleurs
le livre de Rachel a reçu le
Prix Eugénie Brazier, prix du roman et essai gourmand 2009.
Esther David est née en 1945 à Ahmedabad. Elle vient de la communauté juive Bene Israël, en Inde. Elle a grandi à Ahmedabad, où son père, Joshua a fondé le Zoo d'Ahmedabad.
Sculpteuse, peintre et historienne de l’art, elle enseigne ces deux disciplines depuis 1966 dans des écoles de mode et d’architecture.
Elle collabore à
The Times of India. Elle commence à écrire dans les années 90 et publie son premier roman
The walled city (
La ville en ses murs, Picquier, 1998), suivi par un second recueil de nouvelles
By the Sabarmati, puis un roman
The book of Esther (Penguin India, 2002).
Elle écrit en anglais et en gujarati, en mettant souvent l'accent sur l'histoire et la culture de la communauté juive en Inde, cherchant à s'approprier la part juive de son identité, et cette quête, ce questionnement émaillent son oeuvre littéraire.
Elle travaille actuellement pour le développement de l'art dans les zones défavorisées en Gujarat. Elle a un fils et une fille et elle est mariée à un architecte français.