Depuis plus de 20 ans maintenant, Chitra Banerjee Divakaruni raconte des histoires de femmes indiennes. Ses femmes sont désespérées, merveilleuses, complexes, lyriques, mémorables et même magiques. On se rappelle encore de La Maîtresse des épices et de La Reine des rêves.
C.B Divakaruni revient avec le Palais des Illusions à un monde fantastique, peuplé par des rois, des reines, des sorciers et des méchants.
Le roman nous ramène à l'époque de l'épopée indienne Le Mahabharata.
Le Mahabharata est une ancienne épopée, semblable à l'Iliade ou l'Odyssée d'Homère. Il s'agit d'une très célèbre histoire. Tous les indiens, même ceux qui ne savent ni lire ni écrire, connaissent l'histoire de cette grande guerre, car celle-ci est transmise oralement de génération en génération: "Un de mes défis était d'être fidèle à l'histoire originale tout en modifiant l'orientation et l'importance des actions et des personnages, de proposer différents axes, et de créer des moments intimes afin de donner une tout autre compréhension du caractère de Panchaali." précise C.B Divakaruni, qui par l'intermédiaire de sa narratrice, Draupadi ou Panchaali, l'épouse des légendaires cinq frères Pandavas, nous donne une rare interprétation féministe d'un récit épique.
Le Palais des Illusions conte donc l’histoire de Panchaali, née dans le feu céleste et vouée à un destin hors du commun dès sa venue au monde. Alors qu’elle était encore petite fille dans le palais de son père, le sage Vyasa lui a prédit son avenir : elle épousera les cinq plus grands héros de son temps et sera la maîtresse du plus magique des palais, mais elle déclenchera aussi une terrible guerre qui mettra fin au "Troisième Age de l’Homme".
Elle connaîtra la gloire, la solitude, l’infortune et le bonheur. Panchaali, fière et rebelle, suivra-t-elle le chemin que les dieux ont tracé pour elle ? Pour les défier, elle ne peut compter que sur ses propres forces, l’amitié qui la lie au mystérieux Krishna, et son attirance secrète pour Karna, le plus dangereux ennemi de ses cinq époux: " Bien que Panchaali soit mariée à cinq frères à la fois, et qu'elle prenne soin de chacun d'entre eux, elle est secrètement amoureuse d'un sixième homme, le grand et mystérieux roi-guerrier Karna. L'amour est très important dans le Mahabharata. Mais l'idée de l'amour que je voulais explorer est vaste et ne se limite pas à l'amour romantique, bien que certainement l'amour romantique est très important pour Panchaali, qu'elle tente d'atteindre avec son mari. L'amour pour son frère est très important également. Et en fin de compte le plus important est l'amour spirituel qu'elle découvre à la fin de sa vie".
Panchaali est une ardente voix féminine dans un monde de guerriers et de dieux: " Je voulais faire voir Panchaali aux lecteurs d'une manière différente: tempérée, très fière, têtue, machiavélique".
Mais si le Palais des illusions est un intime portrait féminin à la fois contemporain et intemporel, C.B Divakaruni installe au cœur de son intrigue épique une guerre civile sanglante entre frères: "Une des raisons pour lesquelles j'ai été attiré à nouveau par l'histoire du Mahabharata est que, malheureusement, nous continuons de vivre dans un monde déchiré par la guerre. La guerre est particulièrement difficile pour les mères: voir la vie qui est sortie de votre propre corps, mutilée ou être détruite, c'est dévastateur. Mais les femmes ne sont pas les seules victimes. Rappelez-vous, Panchaali souffre dans un sens, mais son mari ne souffre pas moins. Yudhisthir plonge dans une longue dépression quand il considère ce qui s'est passé sur la terre et dans la société à la suite du carnage qu'il a contribué à faire. Dans ce roman que je voulais mettre l'accent sur l'immense coût de la guerre, et combien il est facile de commencer une guerre et difficile d'y mettre fin. Dans le Mahabharata, comme dans la plupart des épopées, l'attitude à l'égard de la guerre est complexe. La mienne est plus simple. Comme le Mahatma Gandhi, un homme, que j'admire beaucoup, je crois en la non-violence comme la meilleure méthode de la résistance".
Ce roman foisonnant d’intrigues, de ruses, de magie et de passion est le roman d’une femme au cœur de l’Histoire, celle de l’Inde des anciennes légendes et des dieux tout-puissants qui se mêlent aux mortels.
C'est aussi, comme l'annonce le titre, le roman des illusions:"Panchaali a beaucoup d'illusions quant à elle ainsi que les autres personnages de l'histoire. Est-ce que les hommes ont des idées illusoires sur l'héroïsme et la guerre? Est-ce que Panchaali estime que son amour romantique relève d'une illusion? Je veux que les lecteurs tirent leurs propres conclusions et, je l'espère, examinent certaines de leurs propres illusions. En fin de compte le roman et la philosophie indienne suggèrent que tout ce monde est une illusion, et qu'ils invitent le lecteur à contempler le vrai, l'immuable, l'étonnante essence des choses".

Née en Inde, à Calcutta, Chitra Banerjee Divakaruni quitte son pays natal à l’âge de 19 ans pour y suivre des études d'anglais aux Etats-Unis.
Elle a poursuivi ses études jusqu'à l'obtention d'une maîtrise de l'Université d'Etat de Wright à Dayton, Ohio, et d'un doctorat de l'Université de Californie, Berkeley en 1985, deux ans avant la publication d'un premier recueil de poèmes "Dark Like the River".
Elle ressent le besoin d'écrire alors qu'elle est amenée à s'interroger sur ses origines indiennes et sa culture.
Sa production littéraire interroge la question du biculturalisme, de l'adaptation d'une culture à une autre, en s'appuyant sur sa propre expérience d'immigrée, tout en tâchant de renouer avec ses racines indiennes par la poésie.
Parallèlement à sa carrière d'écrivain, Chitra Banerjee Divakaruni enseigne à l'université de Houston, au Texas dans le cadre d'un programme de "Creative Writing".
Elle siège au conseil d'administration de Maitri dans la baie de San Francisco et au conseil d'administration de Daya, à Houston. Ces deux associations sont des organismes qui aident les femmes, originaires de l'Asie du Sud-Est, qui se trouvent dans des situations de violence familiale. Elle est également au conseil d'administration de Pratham, un organisme qui aide à éduquer les enfants (en particulier ceux qui vivent dans des taudis urbains) en Inde.
Récompensée à de multiples reprises pour ses romans et poèmes (le National Book Award et le Prix PEN Faulkner), elle est désormais un auteur reconnu dont l’œuvre a été traduite en treize langues.
Deux de ses livres, La maîtresse des épices et la sœur de mon cœur, ont été adaptés au cinéma ou à la télévision.
Divakaruni vit à Houston avec son mari Murthy, ses deux fils Anand et Abhay et Juno, le chien de la famille.