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Autobiographie d'une travailleuse du sexe de Nalini Jameela (Actes Sud-2008)

Un témoignage d'une grande pudeur

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Sous l'œil de Krishna de Sunny Singh (Ed. Philippe Picquier-2008)


 

Krishnakali, dite Krishna, est étudiante en cinéma à New York. Descendante d'une noble dynastie guerrière du Rajasthan, la jeune femme fut la première naissance féminine de la famille après une malédiction de cinq cents ans.
Une rajpoute est à l'origine de la malédiction : Mira est devenue veuve très jeune, mais elle n'a pas respecté les conventions sociales qui veulent que, dans sa belle-famille, les veuves respectent le rite de la "sati" (immolation de la veuve sur le bûcher funéraire de son mari). Et pour qu'aucune autre femme n'ait à endurer les traditions, elle a lancé un sort pour empêcher la naissance de filles chez les descendants de ses frères. Krishna est née des siècles plus tard après les prières de sa grand-mère, sa Dadiji.
C'est elle qui l'a élevée et bercée depuis l'enfance de contes et d'histoires sur ses origines: des histoires, mélanges de réalité et de mythologie, de ces femmes rajpoutes qui, au moment des grandes invasions musulmanes et mogholes, ont préféré mourir plutôt que de tomber aux mains des envahisseurs ou qui attendaient le retour des cadavres de leurs maris pour se suicider.
Plusieurs mois après le décès de Dadiji, Krishna rentre dans son Inde natale pour obéir à un voeu de sa grand-mère chérie. Elle accepte de filmer Damayanti, avocate et femme de tête qui se prépare néanmoins, à la mort de son mari, à se faire "sati".
Le mari de Damayanti est mourant et elle a décidé de l'accompagner dans l'au-delà. Mais dans l'Inde d'aujourd'hui, le rite de la "sati" est un crime.
Qu’est-ce qui pousse une femme moderne, brillante, cultivée, riche, indépendante, à se jeter dans un bûcher à la mort de son mari? C’est la question posée par Krishna tout au long de ce roman. Car ce sacrifice va embraser toutes ses certitudes.
Et pendant qu'elle filme cette femme dont le mari se meurt. Krishna s’étonne, se révolte, se passionne, pleure, évoque d’autres femmes qui, elles, ont refusé de céder sous le poids de la tradition; voit passer celles qui manifestent contre «la barbarie».
Dans les derniers chapitres, la tension monte puisque Damayanti reste inflexible. Elle a fait un choix et rien ni personne, y compris la loi, ne peut la détourner du but qu'elle s'est fixé. Et en filmant dans un verger la scène finale du sacrifice par le feu, Krishna prendra conscience de son propre destin.
Le regard de la romancière se déplace sans arrêt entre deux mondes parallèles: New York, la passion pour cette ville, le sentiment de l’exil, l’échec des relations amoureuses (Krishna vient de rompre avec son petit ami); le Rajasthan, la conscience de l’appartenance à une ancienne lignée de guerriers, la redécouverte des liens avec un grand-père juge et un oncle renonçant, la force spirituelle, la fierté et la douleur.
Sous l’œil de Krishna est un beau roman sur la recherche de l’identité, sur la préservation d'une culture à l'originalité profonde et à sa force inaliénable dans un monde qui tend à l'uniformisation des systèmes de pensées.

Sunny Singh est née en Inde à Varanasi. Après avoir suivi brillamment des études, d’abord de Littérature anglaise et américaine aux Etats-Unis, puis d’Espagnol à New-Dehli et à Barcelone, elle s’installe, en 2005, à Londres où elle enseigne l'écriture créative à la London Metropolitan University.
Après avoir été successivement journaliste, professeur et cadre supérieur au Mexique, au Chili et en Afrique du Sud, elle décide de se consacrer à l’écriture et après trois livres et plusieurs projets en cours, elle continue de croire que c’était le bon choix. Elle écrit aussi des pièces de théâtre.
Sunny Singh s’implique aussi dans plusieurs associations : le club Masala à Barcelone pour la promotion de la culture de l’Asie du sud ; la Fondation Jhalak qui récolte des fonds pour les soins cardiaques des enfants démunis en Inde.
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Babiji de Abha Dawesar (Héloise d'Ormesson-2007)

Une écrivain indienne que nous adorons!

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Boston Blues de Jean-François Duval (Phébus-2000)

 
Journaliste au long cours, c'est vers le monde et vers les autres que nous emmène ce reporter Genevois à travers ce livre, croisement réussi entre le récit autobiographique et le roman.
Le récit commence dans un bar de Boston où le narrateur (double probable de l'auteur) retrouve, chaque soir, un personnage discret et silencieux, mais qui sait écouter et à qui il va se confier.
Tout l'art de Jean-François Duval réside, alors, dans sa façon de raconter des histoires, de tracer des portraits, par petites touches, des rencontres qu'il fera.
Rencontres aux quatre coins du monde, féminines pour la plupart comme Lhamo, la petite tibétaine, exilée à Dharamsala et qui rêve d'avoir un prénom chrétien et qui pour cela cherche à se faire baptiser; comme Nava, rencontrée à la frontière Libano-Israélienne au moment du retrait de Tsahal et qui prend notre voyageur pour un poète, comme Liza et Alena qui feront découvrir Kazan, capitale du Tatarstan, à cet hôte de passage, acteur, malgré lui d'une soirée festive en compagnie de mafieux notoires. Sans oublier ce portrait truculent de Freddie Bowles, un anglais rencontré dans le bar d'un grand hôtel de Katmandou, inventeur d'un cocktail renommé "le Nepalese Punch" dont il pense qu'il lui survivra pour la postérité.
Jean-François Duval a la plume vagabonde, plume qu'il manie avec talent pour faire l'éloge, à travers ces histoires, de l'inattendu, vécu comme une disponibilité à l'autre: "Pour d'autres, aux semelles de vent, il n'est de découvertes qu'en dehors des chemins tout tracés, en des pays où l'on arrive jamais. Accordons-nous des détours, quittons le sentier, perdons-nous dans la forêt. Oui, apprenons à nous perdre. Rien n'offre d'intérêt sinon ce qui est hors de soi, inattendu".
Mais ce livre est aussi, au-delà du récit, un appel à une certaine façon de voyager, en étant disponible à l'aventure qui pourrait se présenter, au hasard et surtout en étant ouvert au Monde mais à une seule condition, voyager seul, meilleur moyen de favoriser la rencontre: "On ne prend un tout petit peu la mesure de la vie- de ce qu'est vraiment la vie- que quand on écarquille les yeux".
Une dernière chose encore, le livre a reçu le prix littéraire de la Société Genevoise des Écrivains, prix attribué à un autre grand écrivain suisse, Nicolas Bouvier lors de la sortie de l'Usage du Monde, c'était en 1963.
Une filiation dont J.F Duval est le digne héritier littéraire: "J'ai tenté de mettre en valeur ces instants, imperceptibles de notre quotidien qui en font le prix et qui peuvent contribuer peut-être à le réenchanter".
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Le fantôme d'Anil de Michael Ondaatje (Points Seuil-2001)

Sri Lanka, royaume des merveilles et des atrocités

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La consolation des voyages de Jean-Luc Coatalem (Le Livre de Poche-2006)

 

Jean-Luc Coatalem, 42 ans, est écrivain-voyageur et journaliste à "Géo".
Enfant en Polynésie, adolescent à Madagascar, puis parisien, il a toujours aimé les voyages, fussent-ils immobiles. Devenu journaliste, il a aussi sillonné le monde, happé par un désir de voir autant que par une furieuse envie de s'échapper, de tout recommencer.
Ce récit, qui peut se lire comme une autobiographie amusée et attendrie, oscillant entre humour et poésie, propose, au-delà d'un éloge du déplacement et de la découverte, une quête des lieux où se mêlent le réel et l'imaginaire: le Pékin mystérieux de Victor Segalen, les Marquises sublimées de Stevenson, l'Île de Robinson, la Bretagne immémorable et l'improbable rocher de Pitcairn, l'histoire d'une graine magique ou d'un aïeul subjugué par l'Indochine, la Patagonie de Chatwin, autant de pistes et de traces que remonte notre écrivain.
Le texte peut aussi se parcourir comme un carnet de voyage personnel.
Enfin son récit peut se feuilleter comme un hommage à tous ses illustres devanciers dont la lecture des œuvres a dû conforter sa vocation.
J.L Coatalem est un voyageur très littéraire, toujours un bouquin dans son sac. Un bourlingueur qui ouvre grand les yeux, s'émerveille et tente de faire partager son émotion.
De plus le texte joue admirablement avec les illusions, les chausses-trappes, les feintes et les déceptions du déplacement ou le leurre du voyage: "Où est donc le vrai voyage? Où commence le bout du monde? Où aller pour se perdre?". Des questions qui ont dû tarauder nombres de voyageurs!
Jean-Luc Coatalem a le génie de la description, un goût prononcé pour les mots et la modestie de tous les grands voyageurs. Avec ce récit, il signe un surprenant anti-guide de voyage.
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Les funérailles célestes de Xinran (Philippe Picquier-2005)

Quand la Chine découvre le Tibet

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Le sel du désert de Odette Du Puigaudeau (Phébus/libretto-2005)

 

Publié au printemps 1940, le sel du désert évoque l'aventure des dernières caravanes de sel.
Réédité après un demi-siècle d'absence, il prend place dans l'œuvre d'Odette du Puigaudeau (1894-1991) juste après "Pieds nus à travers la Mauritanie" disponible chez le même éditeur.
En Janvier 1937, O.du Puigaudeau et son amie Marion Senones dont le voyage en pleine Mauritanie a fait quelques bruits, se voient confier une mission par le Muséum d'histoire naturelle et par quelques administrations coloniales de l'époque: étudier l'histoire et l'économie présente du commerce du sel entre le sud du Maghreb et les grands marchés de Tombouctou et de Gao sur le fleuve Niger.
Ainsi vont-elles être amenées à rejoindre l'Azalaï: "l'Azalaï est l'énorme exode fait de cent caravanes, d'un millier d'hommes, de plusieurs milliers de chameaux qui, en Novembre, se groupent à Arouan, cheminent 12 jours sans points d'eau, sans pâturages, vers Taoudéni, sous la protection des pelotons méharistes du Soudan, échangent aux mines des monceaux de vivres contre des milliers de barres de sel gemme et rapportent ce sel aux négociants de Tombouctou et de Gao".
Parcourant donc le Sahara à dos de chameau, bête dont le caractère est "plaintif, ronchonnot mais plein de cœur", en compagnie d'un serviteur noir plein de prévenance, Khouirou et d'un guépard au nom de Rachid, nos deux aventurières nous plongent dans le monde des tribus du désert: "de tous cotés s'affaire en hâte une foule de Beidan, Kel-Araouan, Tadjakant, Berabich de l'Est ou de l'Ouest, Ousray, Tormoz, drapés de tous les bleus, des plus noirs au plus clairs, de tous les blancs, des plus purs au mieux verdis. La course et le vent déploient leurs voiles sur fond d'or pale".
Elles racontent la beauté des paysages traversés, les rencontres croisées en chemin, les nuits de bivouac à la belle étoile, la sécheresse et les vents de sable, la présence française, autant d'évènements qui jalonnent la vie d'une caravane: "Et sur son carnet, comme un livre de bord, le voyageur, éclairé d'une chandelle plantée dans le sable à l'abri d'une caisse, fixe chaque soir les incidents minuscules marquant la succession des jours monotones et vides".
En tout elles auront parcouru 6.500 Km à chameau et à pied en deux traversées du Sahara en 1934 et 1937-38, rapportant 2.000 photographies et une abondante documentation sur les costumes, les arts, les travaux, les légendes, les superstitions et les fables des nomades sahariens.
Ce livre, qui avait fasciné, en son temps, le jeune Théodore Monod, reste une évocation formidable de la vie des dernières caravanes de sel apportant la vie au cœur des sables.
Un des classiques absolus de la littérature du désert.
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La fin est mon commencement: un père raconte à son fils le grand voyage de la vie de Tiziano Terzani (Ed. des Arènes, Ed.Intervalles-2008)

Récit d'un grand écrivain-voyageur italien

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L'étrangère aux yeux bleus de Youri Rytkhéou (Actes sud/Babel-2002)

 
La Tchoukotka, zone hautement stratégique qui fait face à l'Alaska américain, est située à l'extrême Nord-Est du continent asiatique. Baignée par l'océan glacial arctique au nord et l'océan pacifique à l'est, cette vaste contrée de toundra, entrecoupée de montagnes peu élevées et d'innombrables lacs et cours d'eau, est le siège du peuple Tchouktche.
Cette ethnie (une dizaine de milliers de personnes) d'éleveurs de rennes et chasseurs de mammifères marins va se trouver confrontée au pouvoir soviétique qui n'a de cesse d'achever la collectivisation de l'ensemble du pays, y compris aux confins de la Sibérie.
C'est dans ce contexte historique, nous sommes en 1947, qu'une étudiante en ethnographie, au caractère trempé, Anna Odintsova, russe d'origine, vient réaliser son rêve: "Je ne veux pas renouveler l'exploit scientifique de Margaret Mead. Je veux la dépasser et m'assimiler au peuple que j'étudie, chose qu'elle n'a pas réussi à faire. J'irai assurément plus loin qu'elle, je décrirai la vie d'un peuple primitif de l'intérieur et non du dehors". Rêve qu'elle doit finaliser par une thèse de doctorat.
Par chance, dès son arrivée à Ouelen, petit village au bord du détroit de Béring, elle rencontre un jeune Tchouktche qu'elle épouse très rapidement afin de partir vivre avec lui au sein de sa tribu: "J'ai mûri le plan de prendre un jeune Tchouktche pour mari afin de pénétrer avec lui en pleine toundra dans les profondeurs d'une communauté authentique".
Sous le regard impressionné des nomades, Anna s'adapte très rapidement, accepte toutes leurs traditions, leurs règles et même leur rudesse. Devenue vrai femme de la toundra, elle en oubliera ses projets carriéristes pour découvrir le chamanisme, une nature préservée et l'amour d'un peuple extraordinaire: "Elle savait comment célébrer les principaux rites inhérents à la vie des nomades de la toundra de la naissance à la mort, créer et déclamer des incantations. Elle savait tailler et coudre n'importe quel vêtement, traiter les peaux, corder les fils en tendon de renne, dresser la yaranga, atteler les rennes, préparer une carcasse".
Deux ans plus tard , l'Histoire la rattrapera: les envoyés de Staline persécutent les nomades et il faudra tenter de fuir.
Ce roman superbe et tragique est un véritable plaidoyer pour un peuple à jamais perdu, désintégré et humilié. C'est, surtout, le livre d'un écrivain Tchouktche aux prises avec sa mémoire.

Youri Rytkhèou appartient à l'ethnie Tchouktche, cousine des Inuits, vivant au bord du détroit de Béring. Épris de lecture, il se lance très tôt dans l'écriture avec une oeuvre toute entière consacrée à l'histoire de son peuple, dont "Unna" (2000), "L' Étrangère aux yeux bleus" (2001), "La Bible tchouktche" (2003), et "Le miroir de l'oubli" (2004), tous édités chez Actes Sud.
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L'Ile aux moines danseurs de Nadine Delpech (éditions Alphée-2006)

 

Huit cents kilomètres carrés de sable posés au beau milieu du Brahmapoutre. Située en Assam, au nord-est de l’Inde, Majuli est l'une des plus grandes îles fluviales du monde.
Elle est le refuge du Sattriya, danse sacrée interprétée par les Bhakat, ces moines à la fois artistes et paysans, à la longue chevelure antique.
Sous la houlette de Sri Bhabananda, obéissant aux injonctions des tambours khol et des cymbales tal, les moines, fardés et vêtus de leurs plus beaux atours, deviennent les incarnations gracieuses des divinités peuplant le Mahâbhârata et le Râmâyana. Le sattriya est teinté d’une simplicité virtuose qui symbolise notamment les actions de Krishna, dieu-héros au charme irrésistible.
Cette danse théâtralisée tire son nom des sattra, ces monastères hindouistes uniques en Inde, ouverts à la population et garants de l’héritage culturel et artistique de l’Assam. Ce mouvement spirituel krishnaïte, inconnu en Occident, compte environ 2000 moines.
Revenant, sac au dos, sur cette île qu'elle a découverte, il y a une dizaine d'années, Nadine Delpech partage le quotidien du satra d'Uttar Kamalabari. Nous faisant découvrir tout ce qui rythme les journées des moines hindous : spiritualité, travaux des champs, petits boulots dans les villages voisins, enseignement délivré aux enfants adoptés par la communauté, répétitions des spectacles. Libres de quitter le satra à tout moment, les moines vont pieds nus et continuent de suivre à la lettre les règles ancestrales de purification à brocs d’eau glacée.
Leur mode de vie est établi sur les principes de la famille : les adultes s’efforcent d’éduquer les plus jeunes, tout en prenant soin du "père" qui les a eux-mêmes adoptés.
Le livre est, à la fois, un récit de voyage initiatique, le récit d'une étonnante aventure sur une île où vivent 1.000 moines: des hommes superbes voués à l'art de la danse et qu'il est impossible de toucher, des moinillons remplis d'affection pour les plus vieux, si plein de bontés.
Pour la voyageuse commence alors une plongée savoureuse dans le monde du sensible, du mystique, de la beauté, de l'art.
C'est aussi le récit d'une histoire d'amour cachée avec Gopal, le séduisant moine danseur à la longue chevelure.
C'est également un document inédit sur une congrégation religieuse hindouiste inconnue en occident.
C'est aussi un témoignage précieux sur un peuple en sursis, exposé aux crues dévastatrices du Brahmapoutre: Tout à Majuli semble immuable, même si téléphones portables et postes de télévision ont désormais, ici aussi, fait leur apparition. Mais une menace bien plus lourde que la modernité menace cette île du bout du monde, celle des fureurs du Brahmapoutre. Grignotant la terre, les eaux du fleuve ont mangé en cinquante ans un tiers de la surface de l’île. Quatre-vingts villages et 45 monastères ont déjà été rayés de la carte.
En cours d'étude, son inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco au titre des biens culturels pourra peut-être la sauver par l'attribution de fonds publics et l'envoi d'ingénieurs spécialisés.
Et c'est enfin le regard généreux d'une femme sur l'univers intime de ces religieux qui, avec délicatesse et sensibilité, nous fait partager la vie et les secrets de ces hommes à la féminité hors du commun.

Nadine Delpech voyage depuis près de deux décennies loin des sentiers battus et avec lenteur.
Discrète, aventurière sur les chemins de l'ailleurs, pleine de bonté et de chaleur, Nadine a parcouru l'Asie en compagnie de ses deux enfants avant de se consacrer pleinement à faire connaître les moines danseurs de Majuli.
Elle a fait paraître deux autres récits: "Deux enfants sur le toit du Monde" en 1997 et "Deux enfants sur le Mékong" en 2000, occasion, pour nous de la recevoir à chaque fois pour de très belles rencontres et de beaux souvenirs. Nadine Delpech et Mathias Coulange ont fondé l’association : Préserver Majuli
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Le seul amant de Éric Deschodt et Jean-Claude Lattès (Points Seuil-2008)

Une fresque historique foisonnante

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Le centaure de l'arctique de Yves Gauthier (Actes Sud-2001)

Une aventure hors du commun...

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Qiu Xiaolong-dernières nouveautés

L'organisation des J.O à Pékin ou plutôt devrais-je dire l'opération de propagande de la plus grande dictature du Monde, sous la bienveillance du C.I.O (chaque jour en apporte la preuve indéniable), m'amène à vous proposer, en lieu et place de la cérémonie d'ouverture, d'éteindre votre télévision et de lire les deux nouveaux livres de Qiu Xiaolong, un roman et un recueil de nouvelles. Ils témoignent, en ces circonstances, de la force de la littérature à dire, rapporter, témoigner ou dénoncer ce qui se passe derrière le miroir aux alouettes!.

La danseuse de Mao de Qiu Xiaolong (Ed. Liana Levi-2008)

 

Le président Mao aimait beaucoup danser. À chacun de ses déplacements à Shanghai, il goûtait tout spécialement la compagnie de Shang Yunguan, la "reine de l'écran des années cinquante". Shang s'est suicidée au début de la révolution culturelle. Sa fille Quian est morte dans un accident, quelques années plus tard, laissant une fille nommée Jiao.
Or cette Jiao inquiète beaucoup les autorités chinoises. Elle a quitté son modeste emploi pour emménager dans un appartement luxueux sans que l'on puisse déterminer l'origine de sa soudaine fortune. Elle suit assidûment les cours d'un vieux peintre, M. Xie, qui a réussi, malgré les confiscations de jadis et la pression immobilière, à conserver à Shanghai une antique demeure dans laquelle il entasse toutes sortes de vieilleries et où il reçoit des gens nostalgiques des années 30 pour des bals.
On craint en haut lieu que cette Jiao ne détienne quelque document compromettant sur la vie sexuelle de Mao, transmis par sa grand-mère, qu'elle s'emploierait à monnayer. Ou bien qu'elle veuille écrire un livre pour salir l'image du Grand Timonier.
L’image du leader étant déjà assez écornée par les mémoires de son médecin et autres biographies non autorisées, le secrétaire du Parti Li veut absolument étouffer l’affaire.
Si l'on ajoute le fait que Jiang Qing, la dernière femme de Mao, était elle-même, à l'origine, actrice de cinéma, et que, sous couvert des agissements de la "bande des quatre", elle ait pu chercher à se venger d'une rivale, on comprend l'importance d'une affaire qui risque de faire scandale, alors que les autorités chinoises entendent soigner leur image sur le plan international.
Dans son sixième roman traduit en français, Qiu Xiaolong s'attaque de front au sujet qui constitue la trame de tous ses livres : les traumatismes de la révolution culturelle, dont il a lui-même été victime et se confronte directement à la figure de Mao, dont l’ombre planait sur ses livres précédents.
L’inspecteur Chen, chargé de l’enquête, infiltre les réseaux des nostalgiques des années 30 et prend tous les risques, allant même jusqu’à fouiller l’ancienne chambre de Mao dans la Cité Interdite. En fait, le principal souci de Chen n'est pas de découvrir la vérité mais de trouver la vérité officielle, celle qui pourra satisfaire les autorités sans compromettre sa propre carrière. La première difficulté étant dès lors de rester intègre dans un système gangrené par la corruption, où les nouveaux riches étalent un luxe tapageur, où les intérêts mafieux des Triades recoupent souvent ceux du personnel politique.
Dans ce qui est probablement son roman le plus documenté, c'est l'occasion, pour le lecteur, de découvrir tout d'abord l'exégèse de l'oeuvre du poète-grand timonier, ensuite un aperçu de la poésie et de la littérature chinoise classique: Le rêve du pavillon rouge, la chronique des trois royaumes ou la pérégrination vers l'ouest, et enfin de savourer les tirades confucianistes lancées à tous propos: Quand le vrai est faux, le faux est vrai, là où il n'y a rien, il y a tout ou encore on ne peut rien tirer d'élégant d'un morceau de bois pourri.
Le camarade inspecteur principal Chen est une création particulièrement originale dans la fiction policière. Poète par vocation mais policier par nécessité, il passe pour l'intellectuel de service au sein de la brigade de Shanghai chargée des affaires politiques. Dans cette ville, que la propagande chinoise présente en toute simplicité comme "la métropole reconnue internationalement comme la plus passionnante du monde", Qiu Xiaolong promène son héros lettré des quartiers anciens,en voie de démolition, jusqu'aux quartiers des "Monsieur Gros sous" et des gargotes en restaurants chics (il est non seulement poète mais aussi épicurien).
Il dévoile surtout, les contradictions d'une société qui, sous couvert d'une idéologie communiste toujours réaffirmée, se livre avec frénésie aux débordements les plus sauvages de l'économie de marché où l’argent est devenu le seul standard de la réussite.

Cité de la poussière rouge (Ed. Liana Levi-2008)

 

Shanghai, cité de la Poussière Rouge. Cette cité ne fait pas référence à un grand ensemble mais aux micro quartiers caractéristiques du développement urbain de Shanghai à compter de la fin du XIXème siècle.
Ils s'appuient sur des allées, les longtang, desservant des rangs de maisons dont le modèle le plus répandu est emprunté à l'habitat traditionnel chinois. C'est le shikumen, du nom du porche en pierre qui le dessert. Ses bâtiments sont agencés autour d'une cour.
Le rouge symbolise la passion humaine, la révolution, le sacrifice ou la vanité.
C'est donc dans cet ensemble composé de maisons que les habitants aiment se réunir dans l’une des allées pour leur "conversation du soir". Lors de ces rencontres se tissent les histoires qui composent ce recueil.
Les narrateurs, qui appartiennent à différentes catégories sociales (mélange de petits commerçants, travailleurs ordinaires, retraités, hommes de lettres désargentés, chômeurs), s'expriment dans diverses tonalités, et leurs récits se rattachent de près ou de loin à la cité.
Toutes les nouvelles sont donc reliées entre elles. L'unité du recueil ne repose pas seulement sur celle du lieu, mais aussi sur l'interpénétration des récits et sur le déroulement chronologique.
L’ensemble couvre plus de cinquante ans, de la prise de pouvoir du Parti communiste en 1949 jusqu'à l’actuel "socialisme à la chinoise", en passant par "la révolution et la construction socialistes" sous Mao, le désastre de la Révolution Culturelle, puis la réforme économique de Deng Xiaoping.
Chaque nouvelle s’inscrit dans les événements politiques et sociaux, et un extrait du "bulletin d’information de la Poussière Rouge", un affichage de quartier qui résume les événements de l'année, et qui précède la nouvelle, fournit le cadre historique et politique essentiel.
On retrouve encore dans ces nouvelles de Qiu Xiaolong les qualités essentielles de ses romans: leur rythme, la place prise par les allusions poétiques et les citations d’érudits chinois, les analyses sans concession de la tradition confucéenne et du Maoïsme, l’humanité des personnages et la peinture réaliste de la ville de Shanghai.
Il existe beaucoup de livres sur la Chine, mais la plupart se penchent sur une période courte de l’histoire. Cité de la Poussière Rouge adopte une vue panoramique sur l'histoire moderne des formations et des transformations sociales en Chine. Une double approche, historique et littéraire qui fait de cette cité un microcosme à l’image du pays.
Ce livre est le fruit d’un travail d’écriture parallèle que Xiu Xiaolong mène depuis des années, un ambitieux projet historico-littéraire qui paraît au moment où tous les regards se tournent vers la Chine.

Qiu Xiaolong, que nous avons eu l'honneur de recevoir l'année dernière durant un week-end chaleureux, est né à Shanghai. Son amour pour la littérature anglaise et la poésie lui vient à l'adolescence, lorsqu'une bronchite le cloue au lit. Son père, professeur, est victime des Gardes Rouges durant la Révolution culturelle des années 1960.
En 1988, une bourse de la Ford Foundation permet à Qiu Xiaolong de partir aux Etats-Unis pour y poursuivre des études à la Washington University de St-Louis, dans le Missouri, et, suite aux répressions de la Place Tienanmen en 1989, il décide de s'installer définitivement aux Etats-Unis. En 1996, il obtient son doctorat en anglais avec une thèse sur T. S. Eliot.
Ses livres, écrits en anglais, dont le personnage principal récurrent est l'inspecteur Chen Cao, cadre du Parti et membre de l'Union des écrivains, dépeignent la Chine des années 1990-2000, les mutations socio-économiques de sa population urbaine et les bouleversements de la Chine moderne.
Son premier roman Mort d'une héroïne rouge (2001) est suivi de Visa pour Shanghai (2003), Encres de Chine (2005), Le Très Corruptible Mandarin (2006). En 2007 paraît De soie et de sang. Tous sortis à l'origine chez Liana Lévi sont disponibles en Points Seuil. Qiu Xiaolong enseigne par ailleurs la littérature à la Washington University de St-Louis.

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