L'inspecteur Sartaj Singh, 40 ans, turban vissé sur le crâne, est un petit inspecteur de police d'un commissariat de quartier. Il est de plus au bout du rouleau. Mais il va soudain pouvoir redorer son blason lorsqu'un appel anonyme lui signale l'adresse du bunker de béton où se planque le redoutable Ganesh Gaitonde, roi de la pègre de Bombay. Avec son équipe, Sartaj encercle aussitôt les lieux, fait défoncer la porte par un bulldozer et découvre que le caïd vient de se tirer une balle dans la tête, après avoir assassiné la mystérieuse compagne qui se cachait à ses côtés.
Pourquoi Gaitonde, cet "éternel survivant", s'est-il laissé piéger? Pourquoi a-t-il mis fin à ses jours? Quelle menace pesait sur lui? Et quel rôle a joué dans cette affaire le terrible Suleiman Isa, le chef musulman d'un gang rival?
Autant d'énigmes que devra élucider l'inspecteur Sartaj Singh, tandis que le lecteur, parallèlement, découvre les carnets intimes écrits par Gaitonde. On y apprend comment cet enfant de la misère est sorti de la fange pour devenir un virtuose de la cavale, avant de diriger les trafics d'armes et de drogue, mais aussi le monde très prospère des jeux, du cinéma et de l'immobilier.
Mêlant reportage et thriller politique, Le Seigneur de Bombay fait peur. Et éblouit par le foisonnement de sa prose, aussi luxuriante que la ville qui l'inspire: "Je voulais écrire une sorte d’anti-thriller. a expliqué Vikram Chandra lors d’une interview. J’étais intéressé par une histoire ayant la structure classique du duel policier/gangster. Mais je voulais aller plus loin que ce modèle. La forme du livre est telle que ses nombreuses couches d’histoires et d’événements agissent sur le destin des personnages, mais que ces derniers n’ont jamais une vision complète du tableau."
Pour venir à bout de ce roman. qui ressemble à un gigantesque mandala de 1.000 pages, Vikram Chandra a écumé pendant huit ans les bas-fonds de la grouillante Bombay: une enquête à hauts risques, afin de démêler un inextricable écheveau où les mafias et les cartels du crime croisent tous les milieux, politiques et économiques, médiatiques et religieux. "En Inde, explique Chandra, il n'existe hélas pas de vrai remède contre la corruption, car elle est désormais entrée dans les moeurs." Et l'enquête de Vikram Chandra est implacable, précise, vertigineuse.
Le Seigneur de Bombay fait cascader les intrigues et rebondir le suspense en montrant que les mafias, dans cette jungle, fonctionnent comme des entreprises tentaculaires dont les trois piliers sont les racketteurs, les tireurs d'élite et les agents de liaison chargés de soudoyer la justice.
Sa fresque déploie une vaste palette de figures toutes captivantes, gangsters, prostituées, stars de cinéma ou familles ordinaires, le tout tressé en une trame narrative qui vous agrippe et ne vous lâche plus.
Les bons, les méchants et les monstres sont tous là, d'un bout à l'autre du livre, mais Vikram Chandra écrit leur histoire à tous avec tant d'affection et un tel égard qu'il est impossible de ne pas les aimer.
Ce roman est un mélange parfait d'intimisme et de démesure.

Né à New-Delhi en 1961, écrivain, scénariste et journaliste, Vikram Chandra a grandi dans le légendaire Rajasthan.
Au début des années 1980, il quitte l'Inde pour faire des études de littérature puis de cinéma aux U.S.A.
En 1995, son premier roman Red Earth and Pouring rain est récompensé par le Prix du Commonwealth.
En 1997, la capitale économique de l'Inde lui inspire son second livre, un recueil de nouvelles intitulé Love and Langing in Bombay. Il appartient dès lors au groupe des grands narrateurs indiens de langue anglaise.
Le Seigneur de Bombay (Sacred Games) lui apporte la consécration et le Hutch Crossword Book Award 2006 (le Goncourt Indien).
Vikram Chandra partage aujourd'hui son temps entre Bombay et Berkeley où il enseigne la littérature à l'Université of California.