Un nouveau monde d'Amit Chaudhuri (Philippe Picquier-2007)
Amit Chaudhuri était l'invité des rencontres littéraires de "Bombaysers de lille" en Octobre 2006 et faisait partie des 30 invités d'honneur au 27e Salon du livre 2007, qui mettait les Lettres indiennes à l'honneur.
Né à Calcutta en 1962, Amit Chaudhuri a passé son enfance à Bombay, avant d’étudier à Londres, à Oxford et enfin au St. John’s College (Littérature et poésie de langue anglaise) de Cambridge, en tant que boursier de la fondation Harper Wood.
Le prix Betty Trask et le
Commonwealth Writers Prize du meilleur premier roman 1992 lui ont été décernés pour
Une étrange et sublime adresse, ainsi que plusieurs autres par la suite, dont
le prix de la Sahitya Akademi pour le roman de langue anglaise en 2002 (A New World). Il écrit des articles et des critiques littéraires dans divers journaux et magazines, parmi lesquels
London Review of Books,
Times Literary Supplement et
Granta. Il a également produit une anthologie de littérature indienne en anglais et composé un recueil de poésies.
Ses première oeuvres traduites aux éditions Philippe Picquier forment un cycle:
Dans
Une étrange et sublime adresse (2004), un jeune Bengali de Bombay retournait passer ses vacances dans sa famille, à Calcutta. Il en partageait la vie et les plaisirs, et aussi une espèce de torpeur mélancolique, ne s'animant que pour faire le portrait des amis, des relations, des voisins, toute une classe moyenne laborieuse et bavarde, dans l'air du temps de l'Inde d'aujourd'hui.
Dans
Râga d'après-midi (2005), le narrateur a grandi et se retrouve étudiant à Oxford. Il y découvre le mode de vie à l'occidentale, les rapports différents (sentimentaux surtout) entre les êtres. Et il se souvient de son enfance à Bombay, quand sa mère et son vieux professeur (défunt) lui apprenaient la musique.
Freedom Song (2006), clôt le cycle : le héros se retrouve à Calcutta, de nouveau en famille. Il évoque ses souvenirs d'une jeunesse qui lui paraît déjà lointaine. Mais il se trouve aussi confronté aux problèmes de l'Inde : difficultés économiques, conflits interreligieux.
Dans ce nouveau roman
Un nouveau monde, Amit Chaudhuri trace le portrait d'un enseignant d’économie dans une université américaine du Middle West, récemment séparé de sa femme, Jayojit, qui revient à Calcutta pour quelques semaines de vacances avec son fils. Ils partagent l’appartement de ses parents pendant que sur la ville pèse une étouffante chaleur d’été précédant la mousson.
Jayojit panse ses blessures amoureuses en se replongeant dans le monde de son enfance, bavarde avec le voisinage, erre dans la ville endormie sous le soleil de plomb. Le monde extérieur ne livre que ses rumeurs jusqu’à ce que la vie, enfin, reprenne son élan et son cours, la mousson venue.
Le portrait des parents de Jayojit, symbole de la classe moyenne indienne, est fort réussi ainsi que celui de cette ville de Calcutta et de ses habitants à propos desquels on sent poindre, de la part de l'auteur, une certaine ironie et dans le même instant beaucoup de tendresse.
L'écriture de Chaudhuri est extrêmement sensuelle et musicale, ce qui n'est pas un hasard. Comme l'illustre Rabindranath Tagore (un Bengali lui aussi, prix Nobel de littérature en 1913), l'écrivain est également un musicien qui, dans ses concerts, essaie de réaliser une fusion entre la musique indienne traditionnelle et certains courants occidentaux, le jazz, le blues, voire le rock.
Calcutta de Sarnath Banerjee (Ed.Denoël Graphic-2007)
La ville de Calcutta, qui sera après la chute de Delhi, à la fin de la dynastie des Moghols, le nouveau centre de la puissance politique et intellectuelle de l’Inde, a donné son nom à un étonnant roman graphique, un genre actuellement très prisé du lectorat indien. Son jeune auteur
Sarnath Banerjee s’est fait connaître, il y a trois ans, avec
Corridor, chez Denoël également, le premier graphic novel indien, de tous les temps.
Le succès inattendu de ce roman expérimental qui raconte la vie et les mœurs de petites gens à Delhi, a conduit Banerjee a se lancer dans une entreprise plus ambitieuse : donner à voir et à lire sa ville. Une cité cosmopolite où l’auteur s’enorgueillit d’avoir grandi:
Je veux que les gens découvrent ma Calcutta. La vraie. Pas la Calcutta-cliché, symbolisée par Mère Teresa. Ma Calcutta est toujours celle qui brillait quand elle était, avec Londres, la plus grande cité de l’Empire colonial britannique, comparable à Alexandrie ou Hong-Kong. C’est une ville cosmopolite, avec des Européens, des juifs, des Arméniens, des chinois. J’y ai grandi, entouré de vieilles boutiques débordant de livres anciens entassés depuis des dizaines d’années, provenant de toute la culture mondiale. Cela m’a ouvert l’esprit.
Mêlant les influences d’Hergé et de Tardi avec ma manière graphique des comics américains et des mangas japonais, sans oublier l’imagerie de la mythologie indienne, Banerjee met en scène une sombre histoire d’héritage dont les protagonistes vivent à cheval entre Londres, Calcutta et Paris.
L’intrigue a aussi des ramifications avec le Calcutta colonial. Ainsi on y rencontre des personnages hors du commun : un juif errant négociant en aphrodisiaques et amateur de turpitudes de boudoir, un jeune métis londonien au corps de Viking, des barbus excentriques et un mystérieux Digital Dutta, versé dans la nouvelle critique barthienne sans avoir vraiment jamais quitté les rivages de son Bengale natal.
C’est grâce à ce télescopage hilarant et ironique de cultures officielles et officieuses que Banerjee réussit à nous livrer le secret de sa ville.
On voit enfin Calcutta telle qu’elle est, plurielle, babylonesque, à mille lieues des stéréotypes véhiculés par les Dominique Lapierre et les religieuses de la congrégation des Missionnaires de la Charité !
Original et prometteur, Sarnath Banerjee est l'un des rares jeunes auteurs indien reconnu, de bande dessinée. Avant de lancer sa carrière, Sarnath Banerjee quitte sa profession de biochimiste et devient provisoirement réalisateur de documentaires, soaps indiens, films dramatiques, puis monteur et producteur. Puis il étudie l'art et la communication au Goldsmith College de Londres.
Revenu en Inde, il trace des storyboards et illustre des romans pour différents écrivains avant de proposer ses compétences en bande dessinée, spécialisée dans le roman graphique, discipline totalement nouvelle. Mais dans son pays, la chose n'est guère aisée et Sarnath Banerjee rencontre plus souvent des portes qui se ferment et des sourires condescendants. À deux pas d'abandonner, il est sauvé par la
bourse Macarthur, qui lui permet de faire aboutir son projet : arpenter sous les formes graphiques tous les mythes sexuels indiens... vaste sujet !
Trois ans plus tard, en 2004, paraît
Corridor dans son pays. Succès et nouvelle parution en Europe cette fois. En 2006, Sarnath Banerjee est même invité au Angoulême. On le retrouve également en 2007 au Salon du livre, où il contribue à la diffusion de la culture indienne sous toutes ses formes littéraires.
Bengal Hot de Sarah Dars (Ed.Philippe Picquier-2007)
Quatre personnes meurent en même temps. Hôte de la famille d'éditeurs ainsi éprouvée, le brahmane Doc, envoûté par le charme vénéneux de Calcutta, séduit par l’humour des intellectuels du cru, et troublé par le magnétisme des femmes bengalis, laisserait volontiers les policiers démêler seuls cette affaire. Or, différentes étrangetés l'incitent à s'intéresser quand même au mystère de "l'épouvantable nuit".
Sarah Dars quitte pour la première fois le sud de l'Inde pour nous faire découvrir la ville de Calcutta. Toujours aussi brillante dans l'art de décrire les villes où se passent ses intrigues, Sarah Dars continue, à travers les aventures de son personnage, à nous faire visiter l'Inde et sa culture et principalement les villes indiennes pour lesquelles elle a une tendresse particulière.
Peut-être l'un des meilleurs de la série par l'originalité des personnages traités, par une description de la ville de Calcutta loin des images, négatives ou réductionnistes, colportées par certains auteurs français et par le personnage du brahmane Doc, érudit, coquin et délicat.
Sarah Dars fait des études de Lettres puis de langues et civilisations orientales (grec, russe, mongol), suivies d'un séjour en ex-Union soviétique et en Mongolie. À son retour, elle publie au Seuil La Petite Planète Mongolie (1979). Elle part pour le Koweit comme professeur de français et voyage en Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan et Inde.
Après la découverte de l'Inde, elle ne cesse de sillonner le pays en tous sens. Peu à peu, les séjours touristiques alternent avec des séjours d'étude (sanskrit, philosophie, religion, mythologie).
Un certain goût pour la littérature policière et un goût certain pour l'Inde et les Indiens lui inspirent le personnage de Doc, un brahmane médecin et détective malgré lui. À ce jour, sont parus aux Editions Philippe Picquier sept romans policiers avec Doc comme héros.