
Quatre amis, Sibylle D'Orgeval (réalisatrice), Bertrand de Miollis (illustrateur),
Thomas Goisque (photographe) et
Sylvain Tesson, ont quitté Irkoutsk au début du mois de Mars 2005 pour accomplir une circumambulation du lac Baïkal, par voie de glace, en longeant au plus près ses 2.000 kilomètres de rives couvertes de taïga.
Ils pilotaient des side-cars russes de marque Oural, un modèle soviétique des années 1940. Chaque jour ils ont roulé sur la laque vive balayée par les rafales du sama, vent descendu des montagnes. Un camion d'intendance de marque Waz les accompagnait, chargé de pièces détachées et de bouteilles de Mouton-Cadet. Le vin permettait d'adoucir la morsure du froid et de briser la glace lors des rencontres avec les Russes qui vivent dans des cabanes au bord du lac.
Puis lors de l'été 2007, Sylvain et Thomas entame une nouvelle circumambulation, en barque à moteur cette fois, chargée de 250 litres d'essence et de 20 litres de vodka Standard.
Ce qui intéressait nos voyageurs, au-delà de l'expédition motorisée, était de rencontrer des habitants des isbas et des villages en bordure du lac Baïkal. Pour cela ils ont exploré en chaque saison toutes les facettes de ce lieu magique : à pied, en bateau ou en side-car, ils ont arpenté les forêts qui bordent ses rives, sillonné ses eaux limpides, roulé sur la glace étincelante qui le couvre en hiver.
Séduits par la chaleur du peuple des cabanes, ils témoignent du retour des Russes à la vie des bois, du renouveau de l’Église orthodoxe et des croyances animistes, mais aussi de la nostalgie qu’éprouvent certains riverains envers la période soviétique.
Parmi eux, quelques-uns ont décidé de leur plein gré de quitter les villes pour s'installer dans la nature. C'est le recours aux forêts à la mode slave, un phénomène qui s'amplifie dans la Russie nouvelle. Ces ermites post-modernes ont choisi de tourner le dos à la laideur du siècle et se sont reclus derrière le rideau de la taïga, persuadés que la solution aux malheurs du monde n'est pas d'essayer d'en changer le cours par l'idéologie mais de réussir à le fuir le plus esthétiquement possible. Ce ne sont pas les derniers trappeurs, ce sont les nouveaux Dersou Ouzala.
Photographe indépendant depuis 1995,
Thomas Goisque n’a eu de cesse de collaborer avec
le Figaro Magazine, notamment en 2002 dans le cadre de l’ambitieux projet
"Portes d’Afrique", mais aussi à de multiples reprises en Asie du Sud-Est, comme en Irak et au Chili.
Dans le cadre de ces sujets, Thomas Goisque a souvent retrouvé Sylvain Tesson, qu’il a photographié dans
les pas des évadés du Goulag ou
le long de l’oléoduc transcaucasien, ou bien voyagé en compagnie de l’illustrateur Bertrand de Miollis, qu’il avait connu à bord de la jonque Sao Mai.
On peut ainsi être un homme du large, prêt à partir à tout instant à l’autre bout du monde, et un homme du port, fidèle à ses amis et à ses proches.
Né à Paris en 1972,
Sylvain Tesson découvre l’aventure lors d’une randonnée à VTT en Islande puis d’une expédition spéléologique à Bornéo en 1991. Depuis, il a accompli un tour du monde à vélo avec Alexandre Poussin alors qu’ils terminaient leurs études de géographie (
On a roulé sur la terre-Pocket). En 1997, ensemble, ils ont traversé à pied l’Himalaya, du Bhoutan au Tadjikistan, en six mois (
La Marche dans le ciel-Pocket et
Himalaya,visions de marcheurs des cîmes-Transboréal).
Depuis, Sylvain Tesson a parcouru l’Asie centrale à cheval, d’Almaty à la mer d’Aral, en compagnie de Priscilla Telmon (
La chevauchée des steppes-Laffont et
Carnets des steppes-Glénat), et a participé à une tentative d’inventaire du patrimoine archéologique afghan à l’automne 2001 (
Paris-Kaboul-Hoebeke).
Parti de Yakoutie en juin 2003, Sylvain Tesson a rallié à pied, à cheval et à vélo le golfe du Bengale sur les traces du Polonais Slavomir Rawicz qui, en 1941, se serait évadé d’un camp du Goulag soviétique (
L'axe du loup-Pocket et
Sous l'étoile de la liberté-Arthaud).
Un temps co-présentateur de l’émission « Montagnes » sur France 3, Sylvain Tesson a donné des centaines de conférences sur l’Himalaya et l’Asie centrale, et est l’auteur d’innombrables articles dans Paris-Match, Trek Magazine, Cheval Magazine, Animan, Le Figaro, Le Figaro Magazine, Grands Reportages et GEO.
Outre ses voyages, il pratique l’escalade, y compris des monuments de Paris et d’autres villes d’Europe.
À l’été 2006, il est reparti, pour longer à pied l’oléoduc transcaucasien (
Éloge de l'énergie vagabonde-Éditions des Équateurs et
L'or noir des steppes-Arthaud).
Il est, également l'auteur de deux recueils de nouvelles (
Nouvelles de l'Est et
Les jardins d'Allah-Phébus), d'un essai (
Petit traité sur l'immensité du monde- Pocket) et tout dernièrement d'un recueil d'
aphorismes aux Éditions des Équateurs.